La maison vide

Littérature française
Par François Lechat

Je n’ai pas l’habitude d’acheter les prix Goncourt, qui font l’objet d’un battage médiatique assez irritant. Mais j’ai fait une exception pour le Goncourt 2025, tant la critique était unanime. Et le propos de ce roman avait tout pour me plaire, à en juger par ce que l’on en disait.

C’est effectivement un grand Goncourt, un très beau livre. Il repose sur un procédé habile : nous plonger, avec l’auteur, dans une maison qui a bercé son enfance et qui contient des lettres et d’autres souvenirs propices à faire renaître le passé. Surtout qu’en plus de ces traces matérielles, l’auteur se rappelle les anecdotes transmises de génération en génération et qui lui permettent de reprendre le fil de l’histoire familiale à partir de la fin du 19e siècle, dans un coin bien précis de la province française.

Bien entendu, ces traces et ces anecdotes sont partielles et parfois incertaines. Mais Mauvignier, qui présente son livre comme un roman (c’est marqué sur la couverture), a décidé de combler les vides et d’imaginer, de la manière la plus réaliste possible, ce qui a pu se passer. Et tant qu’à faire, il brode, il insiste, il met en scène, il suppute, il fouille tous les épisodes marquants et les présente avec un luxe de détails, et d’analyse psychologique ou sociale, qui restitue la couleur et les émotions du passé. Dépassant la nostalgie au profit d’une dissection impitoyable des rapports de domination (entre les classes sociales et entre les sexes), l’auteur offre un tableau saisissant, et fidèle, d’un siècle d’histoire de France, avec des chapitres très réussis qui tournent autour des personnages féminins, les plus importants en fin de compte. Le tout dans un style vaguement proustien, fait de longues phrases complexes, sur un ton à la fois châtié et familier qui installe une musique entêtante, originale.

Pour autant, j’ai deux réserves. Ces quelque 740 pages sont parfois longuettes, trop bavardes, et mettent du temps à nous accrocher, à créer une tension. Et la syntaxe de l’auteur déconcerte quand il insère brutalement des tournures orales ou fautives dans des envolées très écrites. Mais l’ensemble est impressionnant, et j’ai coché de nombreux passages d’une remarquable justesse.

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Laurent Mauvignier
La maison vide

Les Editions de Minuit
2025

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