Born to run

Biographies et autobiographies (USA)
Par Daniel Kunstler

J’ai un aveu à faire : je suis un amateur inconditionnel de la musique de Bruce Springsteen et du personnage, et je pardonne à ceux qui douteraient de l’objectivité de mon commentaire sur Born to Run, une autobiographie lyrique comme ses chansons, avec des pointes d’humour en sus. Et comme pas mal de ses chansons, des passages de ce livre ont pu me réduire en larmes. 

Bruce, surnommé The Boss – une blague de ses collaborateurs –, a passé son enfance à Freehold Borough dans une région du New Jersey où la vie, à l’époque de la jeunesse de Bruce, était aussi monotone que le paysage, avec néanmoins l’avantage d’une population ethniquement très variée, antidote du racisme. Son père à qui, adulte, il pardonnera, était une présence menaçante et misanthrope, souffrant d’une dépression clinique dont Bruce a hérité. Il décrit sa mère comme débordante d’amour, et à sa façon de l’exprimer, je le crois. Les soucis économiques (qui reviennent dans ses chansons) pèsent sur le ménage ; Bruce dort dans une chambre sans chauffage. Encore adolescent, sa famille, sous l’emprise du père, l’abandonne et décampe en Californie.

Pour échapper à la monotonie de son entourage, il fait les quatre cent coups et finit par se réfugier dans le rock and roll, et par moments dans le folk. Dès ses débuts de musicien, son empathie lumineuse pour les gens ordinaires et l’espèce humaine en général produit une œuvre qui finira par résonner magnifiquement avec son public. À mon sens, c’est cette empathie – omniprésente dans les pages de ce livre – et l’énergie qu’il y consacre qui font son succès, encore plus que sa voix et sa guitare, des outils plus que des fins en soi. 

Je ne cherche pas à trouver des convergences inexistantes. Néanmoins, Springsteen n’est pas sans me rappeler Jacques Brel. Certes, Brel ne figure pas au palmarès du rock, mais les esprits se rapprochent : le refus de l’oubli, le cœur sur la main, la sympathie pour les plus modestes, l’idéalisme. Et il y a chez tous les deux une progression théâtrale dans leurs chansons et prestations.

Cette autobiographie reflète la franchise inébranlable de son auteur. Il n’hésite pas à évoquer des épisodes dont il n’est pas fier, ses faiblesses personnelles et les démons psychologiques qui l’habitent.

Lisez ce livre ; mieux encore écoutez les chansons, par exemple celle-ci : Bruce Springsteen & The E Street Band – The Promised Land (Live In Barcelona).

Le monde et les aspirations de Springsteen, comme dirait Brel, c’est mon Amérique à moi.

*

Bruce Springsteen
Born to run

Éditions Albin Michel
2016

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