Quatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes

Lionel Shriver, Quatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes, Belfond, 2021

— Par François Lechat

A ma connaissance, Lionel Shriver n’a jamais fait aussi bien que son premier roman, Il faut qu’on parle de Kevin, qui était saisissant. Mais son dernier est très réussi, et ferait figure de révélation si on ne connaissait pas déjà l’autrice.

Le thème principal, rarement traité, est on ne peut plus contemporain : le culte de la performance sportive qui obsède les Américains et qui tend à se répandre aussi en Europe. Lionel Shriver l’aborde sous l’angle d’un couple vieillissant qui évolue à fronts renversés. Serenata doit cesser son jogging quotidien tandis que Remington, son mari casanier, se lance dans le marathon puis le triathlon, ce qui donne lieu à des analyses à froid teintées d’humour et à des escarmouches conjugales qui ne manquent pas de piquant.

Mais Lionel Shriver élargit la focale en montrant quelle folie collective s’est emparée des États-Unis. Avec la finesse d’une sociologue, elle suggère que ce culte de la performance permet de s’abandonner à une nouvelle forme d’obéissance, celle que l’on doit à un coach qui traite ses clients comme des enfants. C’est d’autant plus réussi que le mari de Serenata se détache de sa femme à force de ne plus penser qu’au sport, mais en souffre et l’aime toujours : c’est aussi du ciment et de l’usure du couple qu’il est question ici. Et d’encore au moins deux autres thèmes, l’effrayant confort intellectuel apporté par une Église rétrograde et illuminée, ainsi que la vogue du wokisme, cette hyper-vigilance des minorités à l’égard du plus petit indice de discrimination. C’est d’ailleurs parce que Remington en a fait les frais qu’il s’est lancé à corps perdu dans le marathon : il lui fallait se purifier d’une accusation injuste évoquée par petites touches au début du roman, puis décrite par le menu au cours d’un chapitre aussi drôle que glaçant.

Beaucoup de thèmes, donc, pour un seul livre. Mais qui n’empêchent ni l’humour, ni l’empathie, ni la fluidité. Le dernier Lionel Shriver montre qu’on peut faire un excellent roman avec beaucoup d’intelligence.

Catégorie : Littérature anglophone (U.S.A.). Traduction : Catherine Gibert.

Liens : chez l’éditeur.

Feu

Maria Pourchet, Feu, Fayard, 2021

— Par François Lechat

Encore une histoire d’adultère, dont on devine qu’elle sera tumultueuse, et peut-être vouée à l’échec ? Oui, encore une. Mais pas tout à fait comme les autres.

D’abord parce qu’un des deux personnages est un peu inhabituel. Face à Laure, 40 ans, enseignante à l’université et dûment mariée, Clément, célibataire de 50 ans, n’a pas le profil attendu. Il gagne des fortunes dans le monde de la finance, il a un seul amour, son chien, et il jette sur son métier et sur le monde un regard désabusé qui séduit Laure. De quoi les accorder ou les désaccorder ?

Ensuite parce que Maria Pourchet écrit au scalpel, dans un style très dense et cynique, qui invoque à coups de formules saisissantes toute la lignée des femmes bafouées. On devine une colère froide, mais qui n’empêche pas de laisser monter ce feu qui va s’emparer des personnages. L’ambiance est tendue, genre ring de boxe, surtout que Laure est interpellée à la deuxième personne par une narratrice en surplomb tandis que Clément, lui, se raconte en s’adressant à son chien, victime d’une grave maladie. La ponctuation et les ellipses renforcent le sentiment de tension et font de ce roman une sorte de manifeste sur notre époque. Trop différents, les hommes et les femmes sont-ils voués à se manquer ?

Catégorie : Littérature française.
Liens : chez l’éditeur.

Petits secrets, grands mensonges

Liane Moriarty, Petits secrets, grands mensonges, Albin Michel, 2016 (disponible en Livre de Poche)

— Par François Lechat

Quelque part au bord de l’océan, en Australie, toute une petite communauté gravite autour de l’école locale, qui a connu un drame surprenant : quelqu’un est mort lors de la fête annuelle de l’établissement.

Liane Moriarty dévoile le plus tard possible l’identité de la victime et les conditions de son décès. Tout en distillant par petits bouts, et sur le ton de l’humour, une partie des témoignages recueillis par la police, elle reconstitue les mois qui ont précédé le drame. Nous découvrons ainsi une fameuse palette de petits et de grands bourgeois en tout genre, attachants ou ridicules, méprisants ou empathiques, sincères ou retors. Et, pour la plupart d’entre eux, englués dans des secrets ou des mensonges qui donnent son titre et sa couleur au livre.

J’avoue que je n’attendais rien d’autre de ce roman qu’un divertissement léger, générateur du plaisir un peu coupable de regarder par le trou de la serrure. Mais outre qu’on accroche immédiatement et que le style comme les dialogues sont très enlevés, la psychologie des personnages s’avère, au fil du récit, plus fine qu’on ne pouvait s’y attendre. Ce n’est pas de la grande littérature, plutôt un scénario idéal pour une série télévisée au long cours (570 pages, tout de même). Mais c’est amusant, parfois touchant, très réaliste et, au total, drôlement réussi dans son genre. Avec une belle brochette de personnages féminins, ainsi que d’enfants qui ne sont pas seulement là pour le décor.

Catégorie : Policiers et thrillers (Australie). Traduction : Béatrice Taupeau.

Liens : chez l’éditeur.

Celle qui brûle

Paula Hawkins, Celle qui brûle, Sonatine, 2021

— Par François Lechat

J’avais beaucoup aimé La fille du train, succès planétaire qui a révélé Paula Hawkins. J’en garde le souvenir d’un thriller à suspense, d’une héroïne complexe et attachante et d’images hallucinatoires dont on ne savait pas si elle étaient dues à l’alcool, à un dérèglement psychique ou à la réalité.

A bien des égards, on retrouve les mêmes ingrédients dans Celle qui brûle, nouveau thriller qui confirme l’intérêt de l’auteur pour des personnages féminins cabossés par la vie. Il y en a même trois, ici, toutes les trois en colère et toutes liées, d’une manière ou d’une autre, à un étrange assassinat.

S’il m’a diverti, car il ménage un réel suspense et un beau coup de théâtre, ce dernier livre m’a pourtant un peu déçu. En y réfléchissant, je crois qu’il est trop prévisible. La construction est complexe, avec trois focalisations parallèles, mais on a vite compris la manière dont le récit allait progresser. Et l’insertion, entre différents chapitres, d’extraits d’un texte en italiques dont l’auteur n’est pas dévoilé tombe à plat, car on comprend trop vite le lien entre ce texte adjacent et le récit principal. Paula Hawkins brosse fort bien ses personnages, réussit ses dialogues et maîtrise son tableau. Mais il manque à son dernier roman un brin de folie ou d’authenticité, quelque chose de vivant qui briserait cette trop belle construction.

Catégorie : Policiers et thrillers (Grande-Bretagne). Traduction : Corinne Daniellot et Pierre Szczeciner.

Liens : chez l’éditeur ; interview France Inter.

La fille du train

Paula Hawkins, La fille du train, Sonatine, 2015 (existe en Pocket)

— Stylo-trottoir de Catherine Chahnazarian (19 juin 2015)

Tout à l’heure, j’étais dans le train Paris-Lille et il y avait une fille qui lisait La fille du train ! Alors je lui ai demandé, à la fille du train, si c’était bien, La fille du train, et elle m’a répondu :
– Hum ?
– Excusez-moi de vous déranger. Je vous demandais si c’était bien, votre livre.
– J’adore !!! qu’elle m’a répondu en y replongeant immédiatement et en refermant les écoutilles.

— L’avis de François Lechat (15 août 2015)

Je confirme : c’est passionnant, addictif, un suspense très bien fichu, très bien construit. Sans ambition particulière, du pur divertissement, mais très fin au plan psychologique. A ne pas manquer si l’on aime voir comment les femmes se confrontent aux hommes et à leurs propres démons.

Catégorie : Policiers et thrillers (Grande-Bretagne). Traduction : Corinne Daniellot.

Liens : en Pocket.

La civilisation féodale. De l’an mil à la colonisation de l’Amérique

Jérôme Baschet, La civilisation féodale. De l’an mil à la colonisation de l’Amérique, 4e édition augmentée d’une postface inédite, Champs Flammarion, 2018

— Par François Lechat

Pour les amoureux du Moyen Age, voici une (longue !) synthèse qui fait autorité, et qui bouleverse bien des idées reçues. Avec trois points forts que je tiens à souligner, parmi tant d’autres. Une belle démonstration qui nous convainc que la découverte de l’Amérique par Colomb n’ouvre pas les Temps Modernes mais constitue un geste typiquement médiéval. Une remarquable reconstitution de l’organisation des pouvoirs au Moyen Age, qui articule finement le féodalisme et la domination de l’Église, le caractère local de l’autorité (le château, le seigneur, l’église, l’évêque) et l’ambition universelle du catholicisme. Et une réflexion profonde sur les catégories religieuses de l’époque (bien/mal, sacré/profane, divin/humain, âme/corps…) et leur capacité à encadrer les pratiques et les mentalités.

L’auteur a été salué aussi bien par L’Obs, à gauche, que par Éléments, la revue de la droite identitaire dirigée par Alain de Benoist, et il le mérite. Mais on aura compris qu’il s’adresse à des non-spécialistes qu’une certaine abstraction ne rebute pas. Avec ce petit « plus » inattendu : ce livre est issu d’un cours donné à l’université autonome du Chiapas, au Mexique, et esquisse des contrepoints entre l’Europe médiévale et l’Amérique coloniale.

Catégorie : Essais, Histoire…

Liens : chez l’éditeur.

Trio

William Boyd, Trio, Seuil, 2021

— Par François Lechat

En trois grandes parties sobrement intitulées « Duplicité », « Évasion » et « Capitulation », William Boyd confronte ses héros aux conséquences de leurs secrets. Il est évidemment question d’adultère, mais pas seulement : si les héros ne sont qu’au nombre de trois, d’où le titre du roman, ils se débattent avec des secrets très différents entre eux. C’est un des points forts de ce roman : multiplier les situations et les motifs de fragilité tout en faisant graviter tous les personnages autour d’un point focal, le tournage d’un film dans la station balnéaire de Brighton pendant l’été 1968. Les méandres et les métiers du cinéma s’invitent donc dans l’intrigue avec tout ce qu’ils ont de savoureux, apportant une perpétuelle légèreté à ce qui aurait pu être traité sur le ton du drame. Et l’on apprécie aussi, évidemment, l’atmosphère british de l’ensemble, toujours dépaysante, comme la qualité des dialogues et celle de la construction du récit, qui est à la fois fluide et complexe. Une réussite, donc, à tel point qu’on peut avoir l’impression d’une certaine superficialité, qui n’est que le revers de l’élégance.

Catégorie : Littérature anglophone (Grande-Bretagne). Traduction : Isabelle Perrin.

Liens : chez l’éditeur.

Artmedia. Une histoire du cinéma français

Dominique Besnehard et Nedjma Van Egmond, Artmedia. Une histoire du cinéma français, Editions de l’Observatoire, 2021

— Par François Lechat

Tous les amateurs de cinéma français connaissent Dominique Besnehard, célèbre directeur de casting qui a longtemps travaillé pour l’agence Artmedia, qui lui a donné l’idée et les bases de la série « Dix pour cent ».

Ce n’est pas sa vie, mais celle de cette agence que Dominique Besnehard raconte ici, en couvrant un demi-siècle de cinéma sous l’angle du rôle joué par les agents d’artistes – agents d’acteurs, mais aussi de scénaristes et de cinéastes. Son livre, co-écrit avec une journaliste, s’adresse donc aux amoureux du cinéma français, et en particulier des décennies 1960 à 2000. On y découvre une machine économique étonnante, avec quelques liaisons dangereuses comme le monde du cinéma les affectionne. Et on y retrouve bien entendu une foule de noms célèbres qu’on connaît un peu mieux au terme de la lecture, en particulier les actrices et acteurs les plus fameux : c’est léger et plaisant, tout en étant apparemment bien documenté.

Ne vous attendez pas à un morceau de littérature, ce n’est pas l’ambition du livre. Mais profitez-en pour rafraîchir vos souvenirs et rêver un peu…

Catégorie : Essais, Histoire.

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L’été sans retour

Giuseppe Santoliquido, L’été sans retour, Gallimard, 2021

— Par François Lechat

Pour son premier roman dans la collection Blanche de Gallimard, Giuseppe Santoliquido, fils d’immigrés italiens installés en Belgique, relève le défi d’un classicisme à toute épreuve. Décor nostalgique, un petit village perdu des Pouilles. Jeu sur deux époques, celle d’une disparition inquiétante qui a provoqué un battage médiatique indécent, et celle du retour du narrateur sur les lieux de son enfance. Entrecroisement de thèmes à forte densité humaine, dont le double déchaînement des rancœurs ancestrales et des réseaux sociaux, ainsi que tous les drames qui peuvent frapper une famille ou une petite communauté, y compris le drame de la différence. Et une écriture très soignée, poétique ou méditative par moment, qui fait du narrateur un observateur humble et touchant, doté d’une belle sagesse. Le genre de roman à lire pendant les soirs d’été, dans un jardin de préférence.

Catégorie : Littérature francophone (Belgique).

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Cemetery Road

Greg Iles, Cemetery Road, Actes Sud, 2021

— Par François Lechat

750 pages grand format qui démarrent à l’aise : l’auteur prend le temps de déplier les scènes les plus marquantes. Mais il crée peu à peu un sentiment d’impasse, tant il place son narrateur dans une situation inextricable, concentrée sur quelques journées infernales. Une plongée dans les turpitudes du Sud américain, dans une petite ville qui jouxte le Mississippi et qui est aux mains d’une clique d’hommes d’affaires sans scrupules, héritiers d’une longue tradition raciste et affairiste. Avec des enjeux très contemporains, dont la liberté de la presse, la réhabilitation des cultures précoloniales et l’alliance des Américains et des Chinois autour de l’argent.

Cela aurait pu donner un livre manichéen, le chevalier blanc contre les méchants, mais c’est tout l’inverse. Chaque personnage est complexe, le héros n’en est pas un et certains salauds se comportent en héros, les femmes sont les égales des hommes et tout le monde est amené à douter ou à vaciller. Un thriller aussi intelligent qu’efficace, un rien écrasant, mais surtout tendu, prenant et touchant.

Catégorie : Policiers et thrillers (U.S.A.). Traduction : Thierry Arson.

Liens : chez l’éditeur.

Billy Wilder et moi

Jonathan Coe, Billy Wilder et moi, Gallimard, 2021

— Par François Lechat

Il y a donc au moins deux Jonathan Coe. Celui du Cœur de l’Angleterre et d’autres romans choraux qui tissent une intrigue complexe autour de personnages croqués sur le vif, par touches incisives et allusives ancrées dans la vie tumultueuse de vraies gens. Et il y a celui de Billy Wilder et moi, roman à l’écriture classique, au tempo paisible, centré sur une figure majeure du cinéma mondial et sur des thèmes plus graves tels que la Shoah, l’effondrement de l’Europe, le passage du temps, l’emprise des financiers sur la culture, le déclin dû à l’âge et au choc des générations, les affres de la création… Mais ces thèmes s’inscrivent dans un récit plaisant car focalisé sur le cinéma et, en particulier, sur le tournage de l’avant-dernier film de Billy Wilder, Fedora, ce qui nous permet de côtoyer Marthe Keller, William Holden, Henry Fonda ou encore Al Pacino, ce qui n’arrive pas tous les jours. Sur cette trame inattendue Jonathan Coe fait toujours preuve d’humanité et de finesse, mais il s’adresse à un public disons… plus posé.

Catégorie : Littérature anglophone (Grande-Bretagne). Traduction : Marguerite Capelle.

Liens : chez l’éditeur.

Un jour viendra

Giulia Caminito, Un jour viendra, Gallmeister, 2021

— Par François Lechat

Attention, chef-d’œuvre ! – un chef-d’œuvre à ne pas manquer si vous aimez la littérature, l’histoire et la pâte humaine. Je vous cite d’abord la première phrase, pour vous mettre en appétit : « On l’appelait l’enfant mie de pain parce qu’il était le fils du boulanger et qu’il était faible, il n’avait pas de croûte, laissé à l’air libre il moisirait… »

Tout le roman est écrit sur ce ton, avec une grande liberté stylistique mise au service de l’évocation et de l’émotion. Et c’est d’autant plus efficace que les thèmes lourds de sens ne manquent pas. Intimistes, d’une part : la famille, le secret, la fratrie, la filiation, la honte, le mensonge, le désir, la folie, l’envie, le viol… Et de grand angle, d’autre part : la Grande Guerre, la religion, l’exploitation, l’anarchisme, la grippe espagnole… (deux chapitres saisissants sur 14-18 et sur l’épidémie qui a suivi). Avec, pour le public francophone, un double dépaysement : temporel, comme on l’a compris, mais aussi spatial, et même civilisationnel, le récit étant centré sur un village pauvre et reculé des Marches italiennes. J’ajoute qu’on y trouve une abbesse venue du Soudan et un prêtre pathétique de faiblesse, au sein d’une galerie de personnages qui, aussi secondaires soient-ils parfois, sont formidablement croqués.

Je me répète : si vous aimez la littérature, l’histoire et la pâte humaine, ne manquez pas ce roman exigeant mais d’une rare qualité. Encore une phrase prise au hasard pour vous en convaincre : « Au mariage de sa sœur Agata qui avait épousé un paysan comme de rigueur, elle avait vu sa future belle-mère la dévorer des yeux, comme on convoite un objet pour l’enfermer ensuite à la cave. »

Catégorie : Littérature italienne. Traduction : Laura Brignon.

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Entre la source et l’estuaire

Grégoire Domenach, Entre la source et l’estuaire, Le Dilettante, 2021

— Par François Lechat

Sous ce titre et cette couverture qui semblent annoncer un traité de navigation ou un document sur les écluses, se cache une brûlante histoire d’amour. Elle n’occupe pas tout le roman, car le narrateur la reçoit d’un de ses protagonistes, et Grégoire Domenach situe avec précision leur rencontre dans un petit port le long du Doubs, en Franche-Comté. Avec ces deux passionnés de bateau, l’ensemble du récit s’ancre dans une nature paisible, hors du temps, évoquée d’une plume sensible, faussement simple. Mais l’intrigue amoureuse qui nous est racontée, elle, est passionnée et plutôt perverse, arrangement sexuel censé convenir à tout le monde mais qui, comme dans une tragédie, ne manquera pas de déraper. Étrange mode de composition, qui joue sur un contraste très efficace entre un cadre serein et des passions violentes. Une réussite, surtout pour un premier roman, et si l’on ne craint pas d’un peu musarder en chemin.

Catégorie : Littérature française.

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Affamée

Raven Leilani, Affamée, Le cherche midi, 2021

— Par François Lechat

Contrairement aux apparences, elle n’est pas vraiment affamée de sexe, la narratrice afro-américaine de ce premier roman qui a secoué les États-Unis. Elle est surtout jeune, à la limite de la pauvreté, et enragée de devoir se battre pour conquérir sa place dans la société alors que d’autres, mieux nés et à la peau plus claire, lui passent systématiquement devant. Alors quand elle rencontre, non plus un de ses collègues amateurs de coups d’un soir mais un Blanc installé et plus âgé, elle s’attache et s’accroche. Même lorsqu’il lui propose, non pas un banal adultère, mais de venir s’installer avec sa femme et sa fille dans leur maison. Commence alors un étrange ballet, d’autant plus étrange que la fille préadolescente est Noire et adoptée. La complicité entre les dominés (les femmes, les Noirs, les précaires) va-t-elle l’emporter, ou les rapports de race, de classe et de genre sont-ils trop complexes et viciés pour ménager une issue aussi heureuse ? C’est un des enjeux de ce roman pas banal, à la fois subtil et rugueux, et dont l’héroïne, folle de peinture, se fie à ses pinceaux pour comprendre ce qui lui arrive.

Catégorie : Littérature anglophone (U.S.A.). Traduction : Nathalie Bru.

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Conversations entre amis

Sally Rooney, Conversations entre amis, “Points”, 2021

— Par François Lechat

On parle beaucoup, dans ce roman très contemporain qui met aux prises quatre personnages des milieux artistiques de Dublin : deux anciennes amantes et un couple hétéro pas totalement accordé, ce qui ouvre beaucoup de possibilités amoureuses et de questionnements existentiels. Sally Rooney a choisi d’en suivre le fil sur le mode de la légèreté, au risque, pendant un certain temps, de donner une impression de déjà vu, même si ses personnages sont attachants et bien campés. L’intrigue accroche tout du long, mais prend vraiment son envol dans le dernier tiers, quand la narratrice (une des deux anciennes amantes) commence à être en butte à des problèmes qui s’emboîtent et menacent de la faire sombrer, la rendant peu à peu pathétique et extrêmement touchante. C’est une réussite, de ce point de vue, car le lecteur est pris à un jeu que rien ne laissait présager et qui l’arrache à son confort.

Catégorie : Littérature anglophone (Irlande). Traduit de l’anglais par Laetitia Devaux.

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