J’ai lu tout Jean Anouilh

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Série « J’ai lu tout… »
Théâtre – Hommages
Par Catherine Chahnazarian

J’ai dû tomber par hasard sur un de ses titres amusants, décalés, prometteurs. Il me semble que ce devait être le Poche proposant Adèle ou La marguerite et La valse des toréadors. Je devais avoir… quinze ans ? Dès que j’ai eu fini celui-là, j’en ai acheté un autre, puis un autre, puis un autre… J’ai vite décidé que je les lirais tous – sans m’intéresser à la vie de l’auteur : ses pièces me suffisaient. Sa langue me ravissait, la variété des genres, et des éléments que j’aurais sans doute eu du mal à expliquer à l’époque : une certaine vue de l’humain, pleine d’une tendre ironie ; une légèreté masquant à peine une gravité réaliste ; une dynamique dans les échanges, un sens exquis du dialogue ; d’originales revisites des mythes et de l’histoire ; un don aussi exceptionnel pour la comédie que pour le drame et la tragédie – dont il sait faire en sorte qu’on n’en sorte pas lessivé.

Adolescente, choisissant les livres au hasard (comment résister à un titre tel que L’hurluberlu ou le réactionnaire amoureux ?), j’ai été ballottée d’une pièce à l’autre avec un émerveillement désordonné : amusée et ricanant avec Anouilh devant L’invitation au château, surprise par le sujet de Becket ou l’honneur de Dieu, touchée par Antigone, assez fière d’être capable d’entrer dans la subtilité de La répétition ou l’amour puni, obligée de me documenter pour lire Pauvre Bitos ou le dîner de têtes… Puis j’ai compris que l’auteur classait lui-même ses pièces en « roses » ou « noires », puis « brillantes », « grinçantes », « costumées », « baroques », « secrètes » et même « farceuses ».

On réduit aujourd’hui Anouilh à son Antigone, évidemment inspirée de Sophocle et merveilleuse définition du tragique, jouée pour la première fois en 1944, au sujet de laquelle les commentateurs se rangent paraît-il en deux camps – ce qui me semble prouver que l’auteur n’a pas été compris. Mais son œuvre est prolifique et nombre de ses pièces résistent très bien au temps. Celles qui revisitent les mythes ou l’histoire méritent d’être relues (Médée, Œdipe ou le roi boiteux, L’alouette, Pauvre Bitos ou le dîner de tête, Becket ou l’honneur de Dieu, La foire d’empoigne…) mais ce serait dommage de s’y arrêter. Cécile ou L’école des pères pourrait en faire réfléchir plus d’un ; Le voyageur sans bagage, qui fut un grand succès, est une réflexion sur l’identité et le rapport d’un individu à son passé, des familles à leurs membres, de la société à la normalité. Etc.

Né en 1910, Anouilh a connu deux guerres mondiales et son nom est associé à ceux de grands auteurs, comédiens, metteurs en scène, décorateurs et compositeurs qui ont marqué le XXe siècle. Très musicale et crue à la fois, son écriture est difficile à caractériser. Il y a toujours, dans les pièces d’Anouilh, à la fois du réalisme, de l’ironie ou du burlesque, et de la poésie.

Je tenais à faire une citation et c’était très cruel de devoir faire un choix, mais voici un extrait du premier tableau du Voyageur sans bagage.

LA DUCHESSE [s’adressant à un Poilu rentré amnésique de la guerre] – Ainsi, vous êtes un de ces cas troublants de la psychiatrie ; une des énigmes les plus angoissantes de la grande guerre – et, si je traduis bien votre grossier langage, cela vous fait rire ? Vous êtes, comme l’a dit très justement un journaliste de talent, le soldat inconnu vivant – et cela vous fait rire ? Vous êtes donc incapable de respect, Gaston ?
GASTON – Mais puisque c’est moi …
LA DUCHESSE – Il n’importe ! Au nom de ce que vous représentez, vous devriez vous interdire de rire de vous-même. Et j’ai l’air de dire une boutade, mais elle exprime le fond de ma pensée : quand vous vous rencontrez dans une glace, vous devriez vous tirer le chapeau, Gaston.
(…)
GASTON – Et si j’avais déjà tué trois hommes ?
LA DUCHESSE – Vos yeux disent que non.
GASTON – Vous avez de la chance qu’ils vous honorent de leurs confidences. Moi, je les regarde quelquefois jusqu’à m’étourdir pour y chercher un peu de tout ce qu’ils ont vu et qu’ils ne veulent pas rendre. Je n’y vois rien.

*

Les oeuvres d’Anouilh sont disponibles aux Éditions de la Table ronde et, pour certaines, en Folio.

J’ai lu tout Antoine de Saint-Exupéry

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Série « J’ai lu tout… »
Littérature française – Hommages
Par François Lechat

À l’adolescence, j’ai lu tous les livres de Saint-Exupéry, y compris les posthumes déjà publiés à cette époque. Et c’était, je crois, un bon âge pour découvrir cet auteur que je n’ose pas relire aujourd’hui de peur d’être déçu.

J’ai relu à plusieurs reprises Le Petit Prince, cependant. Mais je n’en dirai rien ici, puisque tout le monde l’a lu et que chacun s’en fait une idée personnelle, qui varie selon les âges.

J’ai aussi lu le quatuor des romans d’aviation, publiés de 1929 à 1942 : Courrier sud, Vol de nuit, Terre des hommes, Pilote de guerre. Des titres courts, qui claquent et qui font rêver. Des aventures pleines de danger, datant d’une époque où l’aviation était synonyme de risque de mort. Un métier improbable, voler pour acheminer du courrier ou pour défendre son pays, que Saint-Exupéry donne à sentir en multipliant les détails techniques et l’évocation des périls surmontés.

Mais on devinait aussi, dès Vol de nuit, que ce qui l’intéressait était la condition humaine plutôt que les récits d’aventure, et c’est ce qui me plaisait. D’où ma prédilection pour Terre des hommes, dont le style est plus grave, limite pompeux, en phase avec les valeurs chères à l’auteur. C’est dans ce livre qu’on trouve la fameuse phrase : « Ce que j’ai fait, je te le jure, jamais aucune bête ne l’aurait fait » (Guillaumet à Saint-Ex après avoir marché des jours et nuits dans la cordillère des Andes, en plein hiver, après le crash de son avion). Et c’est là que Saint-Exupéry célèbre le mieux l’humanité, à travers un Bédouin qui sauve des Blancs dans le désert, et là aussi qu’il montre de manière saisissante comment la Terre se donne du haut d’un avion, à partir d’un lieu et d’un métier qui font voir le monde autrement.

Le reste de l’œuvre est moins connu, et posthume, si l’on excepte la Lettre à un otage. On y trouve surtout des textes courts, repris dans différents recueils, qui exposent la vision morale de l’auteur, centrée sur la dignité de l’homme. Quand je relis les passages que j’avais cochés à l’époque, je suis frappé par le caractère héroïque qui s’en dégage, l’aspiration à vivre tête haute, chargé d’une mission, voué à répondre à des appels qui nous dépassent. Certes, tout n’est pas de la même veine : les Lettres de jeunesse à une amie inventée, écrites de 1923 à 1931, sont plus légères, intimes, anecdotiques ; et les Carnets brassent tous les genres et tous les styles, réflexions, aphorismes, colères, visions politiques… Je me rappelle notamment une descente en flammes de la pièce de Pirandello, Six personnages en quête d’auteur, qui selon Saint-Ex ne propose qu’une « métaphysique de concierge »…

Mais l’essentiel, parmi les posthumes, est Citadelle, que j’ai lu, celui-ci, à plusieurs reprises. Plus de 500 pages, inachevées et en désordre, d’anecdotes, de réflexions, de paraboles…, prêtées à un chef de tribu dans le désert, qui prend sur lui le destin de sa communauté et médite à perte de vue sur les voies du bonheur et la vraie justice. C’est ringard, magnifique, obscur, à la limite du fascisme, parfaitement dépassé et trop imprégné de religiosité pour notre regard contemporain. Mais il y a des pépites, et une évidente noblesse d’âme comme dans ce passage :

« Ils trouvent les choses, disait mon père, comme les porcs trouvent les truffes. Car il est des choses à trouver. Mais elles ne te servent de rien car tu vis, toi, du sens des choses. Mais ils ne trouvent pas le sens des choses parce qu’il n’est point à trouver mais à créer. »

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Antoine de Saint-Exupéry chez Gallimard : biographie, livres.

La princesse au petit moi

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Policiers et thrillers
Par Catherine Chahnazarian

Genre : policier léger aux personnages décalés mais attachants, intrigue suffisamment complexe mais sans complications inutiles, tonalité amusante ou amusée, avec une touche de burlesque, la certitude que ça finira bien avec un doute, néanmoins, qui maintient la curiosité et une légère inquiétude. C’est une mode, et je ne m’en plains pas. C’est agréable, facile, divertissant et bien dans notre époque.

D’ailleurs Rufin est bien dans notre époque. Il évoque ici quelque chose qui ne relève malheureusement que du fait divers quand cela arrive à un quidam mais qui prend des proportions de scandale national lorsqu’il s’agit d’une princesse.

Vous ne connaissez pas encore Aurel le Consul ? Vous allez découvrir un enquêteur assez incapable (« calamiteux » est le terme qu’emploie l’auteur) mais qui nous ressemble. Ne mentez pas ! Au moins un peu. Il… Non, je vous laisse le découvrir, ainsi que les autres personnages de ce roman : un prince corseté dans son éducation et son rôle, une réfugiée syrienne qui en a vu d’autres, des domestiques fidèles, des Corses auxquels on n’a pas envie de se frotter…

Et comme Rufin manie la langue avec aisance, c’est un plaisir de le lire. Un exemple :

Elle conduisit ses hôtes jusqu’à un immense salon dans lequel s’ébattait un joyeux troupeau de fauteuils et de guéridons Louis XV, capturés chez des antiquaires et faux pour la plupart.

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Jean-Christophe Rufin
La princesse au petit moi
Éditions Flammarion
2021

Disponible en Folio (même couverture).

Dans la série « Les énigmes d’Aurel le consul », Anne-Marie Debarbieux avait déjà chroniqué Les trois femmes du consul à découvrir ici.

Billy Summers

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Policiers et thrillers (U.S.A.)
Une brève de Pierre Chahnazarian

Un Stephen King sans surnaturel ! L’histoire d’un tueur à gage qui ne tue que les méchants… Une histoire de mafia… C’est spécial. Vraiment pas mal. Un bon polar.

3,5/5

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Stephen King
Billy Summers
Traduction : Jean Esch
Éditions Albin Michel
2022

Disponible au Livre de Poche

J’ai lu tout Fred Vargas

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Série « J’ai lu tout… »
Policiers et thrillers – Hommages
Par Florence Montségur

D’abord, il y a eu Ceux qui vont mourir te saluent. C’était pas mal, comme titre ! Et ces deux personnages d’aujourd’hui qui s’appellent Tibère et Néron, c’était trouvé ! Puis comme l’intrigue se tenait, le style aussi, on a mordu à l’hameçon.

Alors Vargas nous a régalés avec Debout les morts, L’homme aux cercles bleus, Un peu plus loin sur la droite, Sans feu ni lieu, L’homme à l’envers, Pars vite et reviens tard, tous des titres qui assumaient la catégorie « polar » sans décevoir, en lui donnant plutôt du charme. Car il y a du charme dans l’écriture de Vargas. Dans les deux sens du terme.

Adamsberg se laissait descendre vers la Seine, suivant le vol des mouettes qu’il voyait tourner au loin. Le fleuve de Paris, si puant soit-il certains jours, était son refuge flottant, le lieu où il pouvait le mieux laisser filer ses pensées. Il les libérait comme on lâche un vol d’oiseaux, et elles s’éparpillaient dans le ciel, jouaient en se laissant soulever par le vent, inconscientes et écervelées. Si paradoxal que cela paraisse, produire des pensées écervelées était l’activité prioritaire d’Adamsberg.[1]

Alors, il n’a plus été nécessaire de jouer avec les titres – et ce sont mes romans préférés – : Dans les bois éternels, Un lieu incertain, L’armée furieuse, Temps glaciaires, Quand sort la recluse

Enquêtes et enquêteurs sortant de l’ordinaire, intrigues à nœuds et surtout – surtout ! – ficelles invisibles. Du mystère, de la poésie, des métaphores, beaucoup de dialogues – sans jamais une fausse note – et une bonne bande de flics bien campés, aux caractères très distincts.

[Estalère], tous ses collègues considéraient plus ou moins qu’[il] ne tenait pas la route, voire qu’il était un crétin complet. (…) [Il] suivait Adamsberg pas à pas comme un voyageur fixant sa boussole, dénué de tout sens critique, et idolâtrait simultanément le lieutenant Retancourt. L’antagonisme entre les manières d’être de l’un et de l’autre le plongeait dans de grandes perplexités, Adamsberg allant au long de sentiers sinueux tandis que Retancourt avançait en ligne droite vers l’objectif, selon le mécanisme réaliste d’un buffle visant le point d’eau. Si bien que le jeune brigadier s’arrêtait souvent à la fourche des chemins, incapable de se décider sur la marche à suivre.[2]

Vargas nous fait voyager dans des ambiances extraordinaires qui semblent à la fois d’hier et d’aujourd’hui. Paris, la Bretagne, l’Islande, des croyances, des légendes, l’Histoire… Mais, si j’aime et souligne l’intriguant de ses intrigues, leur force et leur complexité font des romans de Fred Vargas des policiers à part entière !

Que dire de plus pour lui rendre hommage et vous donner envie de la lire ou de la relire ? Qu’ il y a chez Vargas des trouvailles merveilleuses :

Danglard, tremblant de colère, s’était éloigné à grands pas, aussi vite que le lui permettait sa démarche bien particulière, basée sur deux grandes jambes qui semblaient aussi peu fiables que deux cierges partiellement fondus.[3]


[1] Dans les bois éternels, J’ai Lu, p. 262. [2] L’armée furieuse, J’ai Lu, p. 112-113. [3] L’armée furieuse, J’ai lu, p. 117.

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Fred Vargas n’écrit pas que des romans policiers, comme vous pourrez le découvrir sur la page que les éditions Flammarion lui consacrent. Et elle est publiée en J’ai lu.
Sur Les yeux dans les livres retrouvez les articles qui lui sont consacrés à la lettre V du classement alphabétique.

Le dernier thriller norvégien

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Policiers et thrillers
Par Catherine Chahnazarian et plus

C’est mon frère qui me l’a passé, en me disant : « Ça, c’est complètement fou ! » et il riait en me le tendant.

Dans cette parodie mordante de polar nordique, un éditeur français venu à Copenhague pour négocier les droits du dernier roman d’un auteur à succès se retrouve dans le roman en question. Évidemment, c’est désagréable… Surtout qu’il y a un tueur en série qui sévit à ce moment dans la région.

PIERRE — Il ne sait jamais si ce qu’il vit est la réalité ou s’il est dans la fiction ! Tu vas voir, c’est très marrant. »

C’est effectivement avec un humour délicieux que plusieurs niveaux s’imbriquent : l’histoire qui nous est racontée, le livre dans l’histoire (et vous verrez que la frontière est bien plus floue que dans une mise en abîme classique), le fait que c’est un livre et la critique de ce livre, donc un certain regard sur sa lecture et son écriture. Mais c’est gai et facile à lire, hein ! (Et méditatif si on le souhaite.)

Je conseille le livre à François Lechat, convaincue que ça devrait lui plaire :

CATHERINE — Mais c’est bien un roman policier nordique (dans un roman français) : des personnages (réels ou fictionnels, ou réels mais pris au piège dans une fiction ?) recherchent un tueur en série très cruel dans un décor très froid. Puis des rebondissements purement narratifs, et d’autres – disons – plus méthodologiques, empêchent que l’on puisse se dire ‘’OK, j’ai compris le truc’’ et que l’on s’ennuie. »

Après quelques jours, François me répond :

FRANÇOIS —  Effectivement, c’est très amusant, car les personnages sont comme des marionnettes qui ne se contrôlent plus ; et subtil, car l’auteur nous laisse forger nos objections pour y répondre le moment venu. Il nous confronte aussi à nos plaisirs inavoués en tant que lecteurs (l’irruption de gros mots ou de fantasmes sexuels) et dézingue les courants philosophiques à la mode. Tout en donnant à réfléchir sur ce que devient la littérature quand le livre n’est plus qu’un produit (il ne parle pas de l’IA, mais on la devine).

C’est un cocktail très réussi de suspense et de troisième degré. »

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Luc Chomarat
Le dernier thriller norvégien

La Manufacture de livres
2019

Lien : http://www.luc-chomarat.com/

Un soir d’été

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Littérature française
Par Anne-Marie Debarbieux

L’auteur raconte ici une histoire qu’il a vécue pendant sa jeunesse. Il s’agit donc moins d’un roman que d’un récit personnel.

Une bande de jeunes, un été, dans les années 80, passe des vacances tranquilles sur l’île de Ré. Ils sont six, certains se connaissaient déjà, d’autres non.  Ils sont joyeux, insouciants, et n’ont d’autre but que de passer l’été en profitant des plaisirs simples et de leur âge dans une station balnéaire particulièrement agréable. Évidemment des affinités se créent ou non, mais les vacances ne sont qu’une parenthèse. On reste à la surface des choses. Et sur une île, donc un peu hors du monde.

Un jour le charme est rompu : l’un des six disparaît sans explication. Le paradis se disloque. L’unité est rompue.

Je ne fais pas partie des lecteurs que ce livre a enthousiasmés. Il se lit facilement et agréablement, il témoigne d’une époque, celle de l’insouciance des années 80, d’un lieu exceptionnel, l’île de Ré, il sous-entend que le farniente et la magie d’un lieu unissent quelques individus qui n’ont parfois pas beaucoup de points communs. Mais cela ne suffit pas à donner de l’épaisseur à ce livre. Je l’ai lu, sans déplaisir mais sans coup de cœur.

Comme une lecture de vacances vite oubliée en somme.

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Philippe Besson
Un soir d’été
Éditions Julliard
2024

J’ai lu tout Jean Giono

1943
La mise en ligne de cette photo a été
aimablement autorisée par l’association
des Amis de Jean Giono.

Série « J’ai lu tout… »
Littérature françaiseHommages
Par Catherine Chahnazarian

Prenons par exemple Les grands chemins (1951). Ça commence avec un homme qui ne paie pas de mine et qui va on ne sait où. On dirait qu’il cherche un village où s’établir. Durablement ? C’est énigmatique. Pas trop près de la route, en tout cas ; un coin perdu ferait l’affaire. Que fait cet homme dans la vie ? « Cent métiers, cent misères ». On comprendra que « les grands chemins », c’est sa liberté, la liberté et ces cent expériences de vie que l’on fait tous. L’homme apprécie la nature automnale qu’il traverse : « J’aime cette saison. Elle est tendre. La grive chante dans les taillis. Ce qu’elle dit est exactement en rapport avec les feuilles mortes dorées et le petit vent froid. C’est un oiseau modeste mais qui connaît son affaire ». Quand il arrive à une maison, « il y a un chien, mais c’est un labri à poils ras. Il aboie par acquit de conscience ; en vérité il plaisante ». Le pays ? « Des bois sur des montagnes ».

Prenons Rondeur des jours (1943). « Ce que je veux vous apporter, c’est de l’eau claire. A peine ça. Mon ami le fontainier m’a dit : « La vie, c’est de l’eau. Mollis le creux de la main, tu la gardes. Serre le poing, tu la perds. » Je le vois. Il était devant moi avec sa pauvre main d’homme des fontaines, sa main usée d’eau, une main déjà toute lyrique rien que dans cet affûtage de l’eau, une main pointue, aimable, molle et de peau fine comme une main d’amoureux. » (*)

Voilà tout Giono : une manière de voir et de sentir bien à lui, un poète et un conteur hors normes. Et on dirait qu’il fallait la Provence et les Alpes pour façonner sa plume tant ses images sont fortes, tant les émotions qu’il fait naître sont liées à ce pays qu’il nous donne à voir, à ces hommes qui l’habitent et dont il nous dit la rudesse, les souffrances, l’amitié, la liberté ou l’aliénation, et la mortalité. Et puis finalement, ce pays, c’est le monde ; ces personnages, ce sont les hommes.

J’aime mon métier, écrivait Giono dans Noé (1961). Il permet une certaine activité cérébrale et un contact intéressant avec la nature humaine. J’ai ma vision du monde ; je suis le premier (parfois le seul) à me servir de cette vision, au lieu de me servir d’une vision commune. Ma sensibilité dépouille la réalité quotidienne de tous ses masques ; et la voilà, telle qu’elle est : magique. Je suis un réaliste. Il faut se servir de cette micheline comme Rabelais se servait d’une baleine. Le reste est vanité, orgueil ; et solitude : la vision commune est solitude.

Plus ou moins lyriques, toujours poétiques, les romans de Giono font rêver, ils font aimer la nature, ils décrivent les croyances, les métiers, les conditions de vie d’autrefois, ils font réfléchir. Mais Giono est aussi l’auteur d’essais, de chroniques, de scénarii de films…

Mes préférés ? Colline (1929), un roman très terroir, le premier, celui par lequel Giono devient Giono ; et Le hussard sur le toit (1951), qui est pour moi un roman d’aventure. Mais tous m’ont marquée.

Ma phrase préférée : « Le présent est toujours une chose fort simple et sans aucun pathétique » (Noé).

À la fin des années 1970, avec ma mère, on était allées en Provence sur les sites des Giono qu’on avait lus. Souvenir inoubliable : en roulant vers Roquebrune sur des routes minuscules au milieu de nulle part, tout à coup, derrière un tournant, c’étaient des genêts en fleurs à perte de vue – du jaune, du jaune et encore du jaune ! – et, sur un petit sommet, le village : trois maisons de pierre. Rien d’autre.

*

Vous trouverez les Giono chez Grasset et surtout chez Gallimard.

Découvrez l’excellente chronique de Colline par Jacques Dupont,
et celle d’Anne-Marie Debarbieux sur Un roi sans divertissement
(j’y ai ajouté un itinéraire de découverte du Trièves) !

(*) Les rencontres de cet été organisées par l’association des Amis de Jean Giono ont justement pour thème l’eau vive.

L’échappée belle

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Littérature française
Par Florence Montségur

Un roman psychologique sur l’emprise et les violences morales dans le couple. Bien conçu et avançant de manière implacable, comme le séducteur qui refermera sur Elsa ses bras possessifs. Un sujet contemporain, traité avec toute l’empathie dont l’autrice est capable. Trop descriptif, mais montrant bien l’aveuglement de l’amour puis la négation du problème, les détours que font les pensées pour ne pas regarder la vérité en face et pour éviter de prendre la décision qui s’impose. Ce roman laissera peut-être dubitatifs ceux qui se sentent forts et lucides. Ils auront peut-être du mal à y croire en raison d’un point de départ un peu caricatrural. Mais, hélas, ces choses arrivent. Ingrid Chauvin a voulu montrer comment on peut parfois perdre la raison et la maîtrise de sa vie, et combien il est alors difficile de s’en sortir, tant le sentiment de perdre la face peut être puissant.

A essayer si le sujet vous intéresse ou si vous connaissez quelqu’un qui…

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Ingrid Chauvin
L’échappée belle
Éditions Michel Lafon
2023

Existe en Michel Lafon Poche.

Des vies à découvert

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Littérature étrangère (U.S.A.)
Par Marie-Hélène Moreau

Willa Knox est journaliste. Son mari Iano est professeur à l’université. Dans un monde raisonnable, on pourrait imaginer que leur situation est enviable. Elle ne l’est pas car Willa est en freelance et Iano a vu sa titularisation remise en cause à la fermeture de sa précédente université. Dans l’Amérique de cette fin des années 2010, ils peinent à s’en sortir, d’autant qu’ils ont la charge d’un grand-père grabataire, d’une fille en lutte contre le système et d’un fils récemment papa dont la compagne vient de se suicider. Bref, rien ne va plus, à l’image de leur maison qui, comme tout le reste semble-t-il, menace de s’effondrer.

Fin du 19ème siècle. Thatcher Greenwood, enseignant, emménage avec sa jeune épouse, la mère et la sœur de celle-ci, dans une maison décatie héritée d’une tante de sa femme. Professeur acquis aux théories modernes de Darwin, il va s’opposer à nombre d’obscurantistes locaux… et à sa propre épouse, tandis que la maison se délite peu à peu sans qu’il ait les moyens d’y remédier.

Barbara Kingsolver, écrivaine progressiste portée sur les sujets de société et l’écologie, est particulièrement sensible aux injustices sociales. Dans ce livre passionnant qui voit monter l’ascension d’un certain Trump, elle entremêle avec finesse ces deux histoires dont les points communs ressortent peu à peu en filigrane. Porté par un style extrêmement fluide (l’autrice a reçu un prix Pulitzer pour un autre de ses romans), le livre est tour à tour émouvant et drôle tout en abordant les thèmes majeurs de notre époque. Passionnant.

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Barbara Kingslover
Des vies à découvert

Traduction : Carine Chichereau
Éditions Rivages poche
2021

J’ai lu tout Gilbert Cesbron

1947 (studio Harcourt)

Série « J’ai lu tout… »
Littérature française – Hommages
Par Anne-Marie Debarbieux

Je crois pouvoir dire que j’ai lu tout Gilbert Cesbron, depuis ses premiers romans, ses essais, ses pièces de théâtre,  jusqu’à son œuvre testamentaire La regarder en face parue en 1982, peu avant sa mort. J’écoutais également ses chroniques sur Radio Luxembourg car il fut, avant d’être écrivain, un homme de radio.

Je l’ai découvert en 1966, comme beaucoup d’ados de l’époque, avec Chiens perdus sans collier, une belle histoire d’enfants orphelins, paru en 1954. A la même époque, j’ai dévoré sur la même lancée Notre prison est un royaume, Les saints vont en enfer, Il est plus tard que tu ne penses.

Se défendant d’être un « écrivain catholique », une étiquette qu’il détestait, Cesbron préférait se définir comme  « un chrétien qui écrit des livres ». Touchant un large public, il n’atteignit guère les sphères universitaires qui le considéraient avec une certaine condescendance. Mais pour moi il a été un écrivain de référence tant au niveau de l’écriture que des thèmes de société qui constituaient l’intrigue de ses romans. J’admirais les titres de ses ouvrages : Les Saints vont en enfer (thème des prêtres ouvriers et du travail dans les mines du Nord) , Une abeille contre la vitre (évoquant une femme au corps sculptural mais au visage ingrat), Je suis mal dans ta peau (thème du choc des cultures).

Cesbron était de ces auteurs dont on aime collectionner les « belles phrases » : « On n’est jamais si bien asservi que par soi-même », « J’achève avec des idées simples. Mais la simplicité est-elle le contraire de la profondeur ? »

Cesbron, par son humanité, ses engagements, sa belle écriture, a sans doute contribué à forger mes goûts et ma personnalité. Il m’a fait beaucoup réfléchir. Parmi d’autres bien sûr, comme Van der Meersch par exemple (et je rejoins tout à fait l’article de Sylvaine) auquel on pourrait sur certains points l’apparenter.  

Plus tard j’ai découvert et exploré Camus qui reste aujourd’hui ma référence.

Mais je n’ai jamais oublié Cesbron.

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Gilbert Cesbron est publié chez Robert Laffont.

J’ai lu tout Erik Larson

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Série « J’ai lu tout… »
Policiers et thrillers (U.S.A.) – Hommages

Par Pierre Chahnazarian

D’Erik Larson, on peut tout lire.

Ce sont toutes des histoires vraies, écrites d’une manière… palpitante ! Tout est passionant. Ce sont des thrillers – alors qu’on connaît l’histoire d’avance ! Que ce soit La Splendeur et l’Infâmie (2021), sur Churchill ; Dans le jardin de la bête (2012), sur la montée du nazisme ; Lusitania 1915, la dernière traversée (2016), sur ce célèbre naufrage… Qui va lire un bouquin sur le naufrage du Lusitania ? Eh bien, c’est palpitant !

Il y a souvent deux fils narratifs qui se rejoignent, comme dans Le Diable dans la ville blanche (2011), où l’on suit, d’une part, l’architecte de l’exposition universelle de Chicago (1893) et, d’autre part, H. H. Holmes, un serial-killer américain ; ou comme dans Les passagers de la foudre (2014), une histoire de poursuite en pleine mer dans laquelle on suit, d’une part, un médecin qui a tué sa femme et, d’autre part, Guglielmo Marconi, l’inventeur du télégraphe.

Larson fait des recherches très approfondies, ses romans sont pleins de détails précis, ce qui fait qu’il nous raconte toutes ces histoires « preuves à l’appui ». Et cette démarche ne rend pas les livres austères, au contraire : l’intrigue policière est toujours réussie.

Pour moi, ce sont tous des chefs-d’œuvre.

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Erik Larson est publié en français au Cherche Midi. Ses romans sont réédités au Livre de Poche.

Le dernier paru est Une histoire vraie (2022). Vous souhaitez le chroniquer ? Envoyez votre article à les-yeux-dans-les-livres@orange.fr.

Un Animal Sauvage

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Littérature francophone (Suisse)
Par Pierre Chahnazarian

Joël Dicker est décidément habile. Il écrit bien et on a envie de tourner les pages de son dernier roman comme c’était le cas pour les précédents. Mais les thèmes et contextes sont assez différents. Ici, il y aura des vols et une affaire d’espionnage intime. Les personnages principaux sont deux couples, de classe sociale différente mais amis. Les deux hommes tiennent ensemble la buvette du club de foot.

Comme à son habitude, Dicker joue avec la ligne du temps : il y a des flash-back, le temps se compte tantôt en minutes, tantôt en jours… C’est efficace. C’est un bon polar. Même si j’ai trouvé que certains personnages ne sont pas très réalistes (ils sont un peu exagérés), et qu’il y a une partie invraissemblable – je n’en dis rien car ce serait dévoiler ce qui ne doit pas l’être.

Très addictif même si ce n’est pas un chef-d’oeuvre.

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Joël Dicker
Un Animal Sauvage
Éditions Rosie & Wolfe
2024

Découvrez nos autres critiques de Joël Dicker dans le classement alphabétique par auteur.

De trop grosses ficelles

Lucia

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Policiers et thrillers (France)
Par Julien Raynaud

Bernard Minier est notamment connu pour avoir écrit le thriller Glacé en 2011, qui a fait l’objet d’une adaptation en série par Gaumont. Cette enquête pyrénéenne diabolique obéissait à tous les codes du genre, mais abordait une thématique peu agréable qu’on ne peut divulguer sans briser le suspense. Dans Lucia, sorti en 2022, l’auteur récidive avec la même thématique en toile de fond, toujours aussi dérangeante, ce qui devient sinon une obsession du moins une facilité. L’enquête menée par la policière Lucia en Espagne fournit quelques éléments intéressants, mais qui ne sont pas à la hauteur de la scène d’ouverture. Quant à l’explication finale, laborieuse, elle est expédiée par l’auteur, qui avait manifestement envie d’en découdre. Si l’on ajoute à cela un titre tout à fait raté et une couverture Pocket sans lien véritable avec l’histoire, c’est quand même la déception qui l’emporte.

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Un oeil dans la nuit

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Policiers et thrillers
Par François Lechat

C’est mon premier Bernard Minier, et ce sera sans doute le dernier. Pas parce que l’intrigue m’aurait déçu : elle en vaut une autre en nous plongeant, au fil de meurtres sadiques, dans le monde des films d’horreur, et surtout dans celui du maître du genre, un certain Morbus Delacroix. Comme il se doit, le coupable ne sera pas celui qu’on imaginait. Contrat rempli, donc, mais avec quelle maladresse… Pourquoi nous annoncer systématiquement que l’on va bientôt avoir peur ? Pourquoi suggérer d’avance le lien entre deux personnages importants, au lieu de nous réserver la surprise ? Pourquoi mettre en majuscules les phrases censées nous frapper ? Pourquoi ces longues descriptions de l’état psychologique des personnages, alors qu’il se comprend chaque fois de lui-même ? Pourquoi ces dialogues ou ces monologues servant de rappel, et qui sont parfaitement inutiles ? Il y a une belle scène de suicide, assez corsée, et des idées horrifiques, mais l’ensemble est écrit comme si les lecteurs avaient 14 ans.

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Bernard Minier
Lucia et Un oeil dans la nuit
publiés chez XO Éditions
2022 et 2023

Lucia est disponible en Pocket, Un oeil dans la nuit le sera bientôt.

J’ai lu tout Maxence Van der Meersch

1936

Série « J’ai lu tout… »
Littérature française – Hommages
Par Sylvaine Micheaux

Quand Catherine nous a proposé de parler d’un auteur dont on a tout lu ou presque, j’avais l’embarras du choix, tant à une période je pouvais être monomaniaque d’un écrivain aimé : Zola, Bazin, Troyat, Giono, Gide, etc. Mais l’actualité de ces dernières semaines m’a désigné un tout autre auteur, je vous expliquerai pourquoi.

Maxence Van der Meersch (1907-1951), auteur un peu retombé dans l’oubli, que certains ne connaissent peut-être même pas, bien qu’il ait été lauréat des prix Goncourt et de l’Académie française et que son nom soit encore sur le fronton de nombreux établissements scolaires du Nord, est né à Roubaix et a ciblé dans ses romans le Nord et ses gens simples, offrant une peinture humaniste de la région de l’entre-deux guerres, sans le côté misérabiliste d’un Germinal.

Je l’ai découvert avec La Maison dans la dune (1932), son premier roman. Nous sommes sur la côte de la mer du Nord où s’affrontent, parfois mortellement, contrebandiers de tabac et douaniers. Une belle histoire, violente, passionnée, dans l’atmosphère brumeuse de la côte dunkerquoise. L’auteur décrivait avec beauté ma région et j’ai tout de suite aimé car, adolescente, je découvrais ma région d’une manière positive à travers ses livres.

Puis suivent, dans mes lectures, Invasion 14 (1935) sur la Première Guerre mondiale, L’Empreinte du Dieu (1936) sur la fuite d’une jeune femme mariée à un homme violent, qui a reçu le prix Goncourt, Pêcheurs d’hommes (1940) sur la JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne) – il était un catholique convaincu –, etc.

Corps et âmes (1945), pavé de 700 pages, prix de l’Académie française, ne se passe pas dans le Nord mais en Anjou, dans le milieu médical. Livre fort qui décrit l’ambition, la dureté et le carriérisme  des chefs de service hospitaliers, mais aussi le quotidien des médecins de famille, souvent tiraillés à l’époque entre l’interdiction de parler de contraception et la détresse de patientes, enceintes tous les ans d’un nouvel enfant alors qu’elles n’avaient déjà pas les moyens de nourrir les premiers ; de l’horreur de ces femmes qui arrivaient aux urgences avec une septicémie ou qui mouraient dans d’atroces souffrances du tétanos, transmis par les aiguilles à tricoter rouillées des faiseuses d’anges. La toute jeune femme que j’étais a été émue et choquée par ces récits alors que pour ma génération, en 1967 on venait enfin de légaliser la contraception et, en 1974, d’autoriser l’IVG. Le scellement dans la Constitution française de l’IVG a été le point de départ de mon choix de cet auteur, Maxence Van der Meersch.

Mais le roman que j’ai préféré, si je devais n’en choisir qu’un, est Quand les sirènes se taisent (1933) qui se situe à Roubaix, en 1930, pendant la grève des ouvriers du textile : grève âpre, dure pour ces ouvriers tassés dans les courées, groupements d’habitations insalubres des travailleurs. Quand je l’ai lu, j’en ai discuté avec ma grand-mère qui avait été ouvrière du textile dans ces années-là (même si en 1930 elle n’y travaillait plus, élevant ses trois enfants, et bien qu’elle n’a jamais vécu en courée) : ce  furent des échanges merveilleux me plongeant dans la jeunesse et les souvenirs de ma Mémé. Des moments jamais oubliés.

Ce qui me fait souvent aimer un auteur et ses romans, c’est quand il mêle avec une belle écriture une histoire passionnante et l’Histoire. Et j’ai aimé Maxence Van der Meersch, décédé bien trop jeune de la tuberculose, aussi pour cela.

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C’est chez Albin Michel que vous pourrez retrouver les romans de Maxence Van der Meersch.

En l’absence de photo de l’auteur sur le site de l’éditeur, la photo de Maxence Ven der Meersch affichée ci-dessus est reprise de la page Wikipedia qui lui est consacrée.

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