Kérozène

Adeline Dieudonné, Kérozène, L’Iconoclaste, 2021

— Par François Lechat

Difficile de ne pas comparer le deuxième roman d’Adeline Dieudonné à son premier, La vraie vie, succès éclatant qui l’avait révélée : même éditeur, même format, même type de couverture. Mais avec une différence de taille. La vraie vie composait un récit linéaire, empreint d’humour sombre mais aussi de tension, dans lequel une atmosphère épaisse dominait d’un bout à l’autre et qui nous menait à un final pathétique. Kérozène, lui, est presque un recueil de nouvelles, articulant une quinzaine de personnages (dont un cadavre et un cheval…) autour d’une station d’essence qui les voit se croiser accidentellement, mais qui ne suffit pas à nouer des liens profonds entre eux. Adeline Dieudonné nous propose plutôt une série de mini-récits, remarquablement croqués, assez déjantés pour la plupart, très contemporains et traités d’une plume acide et enlevée. C’est toujours plaisant, et parfois remarquable. Mais nettement moins ambitieux et marquant que son premier roman, à mon humble avis.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur ; et retrouvez nos critiques d’Adeline Dieudonné à la page D du classement par auteurs.

La vraie vie

Adeline Dieudonné, La vraie vie, L’Iconoclaste, 2018

Par Brigitte Niquet.

Il faut avoir le cœur et les autres organes bien accrochés pour lire jusqu’au bout La vraie vie et surtout pour admettre comme prémices que « le vert paradis des amours enfantines » cher à Baudelaire puisse être « ça », une descente aux enfers dont  les deux jeunes protagonistes, malmenés par le destin autant que par les adultes qui les entourent, ne réussissent que par miracle à sortir presque indemnes physiquement. Il leur restera à rebâtir leur vie, autant que faire se peut, sur un champ de ruines.

Il faut avoir le cœur bien accroché donc, et pourtant l’écriture, presque constamment métaphorique, est si talentueuse et les personnages si attachants qu’on n’imagine même pas d’abandonner le livre en cours de lecture. Au contraire, c’est un page turner, aussi addictif que le meilleur des thrillers, susceptible de vous faire passer une nuit blanche pour savoir comment l’héroïne, après avoir naïvement misé sur une machine à remonter le temps capable d’effacer le passé et permettant ainsi de le réécrire autrement, va parvenir à arracher son petit frère Gilles à la hyène qui ricane, qui lui dévore le cerveau et le transforme en tortionnaire d’animaux dont les cadavres jonchent son chemin. Si Nietzsche a raison et si « ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts », ces deux enfants-là deviendront des surhommes. Dans le cas de la soeur aînée (qui n’a pas de prénom), il s’agira plutôt, évidemment, d’une « sur-femme », si l’on peut se permettre ce néologisme, mais sa personnalité hors du commun transcende les genres.

Un livre très dense, très beau, très brutal, un livre qui dérange, un chef-d’œuvre dans son genre. Âmes sensibles s’abstenir.

Catégorie : Littérature francophone (Belgique).

Liens : chez l’éditeur.

Un site WordPress.com.

Retour en haut ↑