La vraie vie

Adeline Dieudonné, La vraie vie, L’Iconoclaste, 2018

Par Brigitte Niquet.

Il faut avoir le cœur et les autres organes bien accrochés pour lire jusqu’au bout La vraie vie et surtout pour admettre comme prémices que « le vert paradis des amours enfantines » cher à Baudelaire puisse être « ça », une descente aux enfers dont  les deux jeunes protagonistes, malmenés par le destin autant que par les adultes qui les entourent, ne réussissent que par miracle à sortir presque indemnes physiquement. Il leur restera à rebâtir leur vie, autant que faire se peut, sur un champ de ruines.

Il faut avoir le cœur bien accroché donc, et pourtant l’écriture, presque constamment métaphorique, est si talentueuse et les personnages si attachants qu’on n’imagine même pas d’abandonner le livre en cours de lecture. Au contraire, c’est un page turner, aussi addictif que le meilleur des thrillers, susceptible de vous faire passer une nuit blanche pour savoir comment l’héroïne, après avoir naïvement misé sur une machine à remonter le temps capable d’effacer le passé et permettant ainsi de le réécrire autrement, va parvenir à arracher son petit frère Gilles à la hyène qui ricane, qui lui dévore le cerveau et le transforme en tortionnaire d’animaux dont les cadavres jonchent son chemin. Si Nietzsche a raison et si « ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts », ces deux enfants-là deviendront des surhommes. Dans le cas de la soeur aînée (qui n’a pas de prénom), il s’agira plutôt, évidemment, d’une « sur-femme », si l’on peut se permettre ce néologisme, mais sa personnalité hors du commun transcende les genres.

Un livre très dense, très beau, très brutal, un livre qui dérange, un chef-d’œuvre dans son genre. Âmes sensibles s’abstenir.

Catégorie : Littérature francophone (Belgique).

Liens : chez l’éditeur.

3 commentaires sur “La vraie vie

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  1. Magnifique livre, tellement bien écrit. Mais qu’il est dur, d’une telle violence. Et jusqu’à quel point ses pauvres enfants pourront-ils réellement s’en sortir ? L’amour fraternel suffira-t-il ?

  2. Je partage les éloges qui ont accueilli ce livre. Mais je suis étonné, et un peu gêné, que l’on insiste tant sur sa noirceur. Certes, l’histoire est assez rude, et on en sort secoué. Mais l’auteur conserve une vraie retenue, ne verse jamais dans le gore ou le sadisme, et aurait pu faire bien pire : on lit tous les jours des choses plus choquantes, écrites de manière plus brutale. Ce serait d’autant plus dommage de faire peur aux lecteurs que ce qui domine, dans ce court récit, est la qualité de l’écriture, habile, sensible, poétique. Les uppercuts que décoche l’auteure par moment n’empêchent pas que l’on se sente bien, à la lire : elle nous amène en littérature et nulle part ailleurs.

  3. Oui la grande qualité de ce petit roman est de savoir contourner les écueils de beaucoup de récits évoquant l’enfance maltraitée : certes l’univers de cette « famille » est triste et gris, mais on n’est pas dans la grande précarité sociale. Effectivement l’auteur ne se complait pas non plus en détails « gore » en cultivant excessivement l’horreur (qu’il décrit cependant), pas plus qu’il ne verse dans la facilité de la corde sentimentale si facile à faire vibrer dans ce genre de récit. Car l’héroïne, elle, ne s’apitoie pas. Dotée d’une intelligence et d’une détermination exceptionnelles, elle affronte avec un mélange de naïveté et de lucidité un père violent qui ne pense l’univers qu’en terme de chasseurs et de proies et elle met tout en œuvre pour sauver son petit frère du ghetto où il s’est enfermé.
    Elle tient bon parce qu’elle s’est donné une mission à laquelle elle ne dérogera pas quoi qu’il en coûte. A ce titre elle est une véritable héroïne.
    Ce roman est un roman d’apprentissage dont l’écriture est remarquable.

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