L’éternel fiancé

Agnès Desarthe, L’éternel fiancé, L’Olivier, 2021

— Par François Lechat

D’Agnès Desarthe, j’avais beaucoup aimé Une partie de chasse et Ce coeur changeant. Son dernier roman, longtemps pressenti pour le Goncourt et loué par la critique, possède les mêmes qualités : scènes inattendues, style travaillé, intelligence des sentiments. Et un sens aigu de la formule qui fait mouche.

Mais, tout en se situant bien au-dessus de la production courante, son Éternel fiancé m’a un peu déçu, et parfois ennuyé. Pour une raison simple : de bout en bout ou presque, cela sent la littérature, la belle, la grande, celle que l’on aime mais qui manque parfois de simplicité ou de naturel. Les personnages sont trop excentriques, typés, appuyés, et les situations trop soigneusement choisies pour leur pittoresque. On admire le brio de l’autrice, on se délecte de pages remarquables, mais souvent cela sent la scène « à faire », et la bonne volonté culturelle. Les thèmes sont nobles mais fluctuants, et la place prise par la musique achève d’embourgeoiser ce récit extrêmement soigné. Je suppose que les inconditionnels de Desarthe ont adoré, mais il manque ici un peu de nerf, de grinçant et de simplicité.

Catégorie : Littérature française.

Liens : L’éternel fiancé chez l’éditeur ; la critique de Ce coeur changeant par François Lechat.

Ce coeur changeant

Agnès Desarthe, Ce cœur changeant, Editions de l’Olivier, 2015

Par François Lechat.

Difficile de présenter ce livre dont l’habileté et la richesse défient la critique… Fondamentalement, c’est l’histoire de deux êtres dominés, qui subissent les événements dans la candeur et la stupéfaction. Il y a l’héroïne, Rose, qui connaîtra au début du 20e siècle, à Paris, une descente aux enfers interrompue par hasard. Et il y a son père, René, militaire français qui a épousé une Danoise et ne s’en est jamais remis. Il faut dire que René, comme sa fille, est mal armé pour affronter l’existence : il lit Spinoza et admire les stoïciens, mais son cerveau lui joue des tours et l’empêche de raisonner convenablement. Comme le dit sa fille : c’est un homme qui, s’il devait construire une maison, commencerait par le toit. Rose, elle, pense de manière plus juste, mais elle pense moins : c’est une femme qui n’a ni le savoir ni l’arrogance des hommes de l’époque. Mais il ne faut pas s’y tromper : quand on la résume, l’histoire de Rose semble devoir sombrer dans le misérabilisme, et pourtant, c’est l’inverse qui se produit. Dans ce qui aurait pu prendre l’allure d’un roman social, Agnès Desarthe insuffle de la poésie, de l’humour à froid, de l’érotisme (allusif mais torride), du romanesque, de la fantaisie, du suspense… Rose et René nous touchent par leur innocence, leur infinie bonne volonté et leur envie de vivre ; et autour d’eux gravitent des personnages hauts en couleur, aux noms improbables et qui fourmillent d’inventions. On peut se sentir un peu dépassé, par moment, par la richesse d’expression de ce roman haut de gamme, mais il ne faut pas passer à côté : c’est de la grande littérature.

Catégorie : Littérature française.

Liens : sur l’auteur, sur le livre ; l’article de François Lechat sur L’éternel fiancé (2022).

Un Site WordPress.com.

Retour en haut ↑