Le dîner

Littérature américaine
Stylo-trottoir de Catherine Chahnazarian

Elle tient une boutique de vêtements et d’objets de seconde main. À certaines heures, c’est si calme que, sans un livre, elle s’ennuierait ferme. Elle a essayé La femme de ménage, qu’elle a trouvé « pas mal, sans plus, mais juste bien pour lire assise à la caisse de la boutique en attendant le client ». Et là, elle lit Le dîner, de Freida McFadden.

– C’est un livre un peu spécial. On doit faire des choix. Par exemple, si vous acceptez l’invitation, vous devez lire tel chapitre ; si vous refuser, vous devez lire tel autre. Au début, ça m’énervait. Mais maintenant ça m’amuse plutôt. En tout cas, dès que quelqu’un entre, je pose mon livre sans que ça m’ennuie de devoir le laisser, vous voyez ? Avant j’essayais de lire des romans policiers plus… [Je suggère « complexes »] Complexes. Mais j’en voulais aux clients qui me dérangeaient dans mon livre ! C’est pour ça que maintenant je lis ceci. Mais c’est vraiment bizarre. Je ne suis pas sûre d’aimer la méthode… [Elle me montre le renvoi, à la fin d’un chapitre, vers les pages correspondant au choix du lecteur.]

Et après ça, que lira-t-elle ?

– On m’a offert un roman de ce médecin légiste…
– Philippe Boxho ?
– C’est ça. Je vais essayer…
– Ça devrait aller, pour lire à la caisse de la boutique.

Tout est question de goût mais aussi de circonstances.

Et ça m’a rappelé quelqu’un qui m’avait un jour lancé (c’était très injuste, d’ailleurs, car complètement faux à l’époque, mais maintenant c’est vrai) :  « Vous vous prenez pour une intellectuelle, mais je sais bien que vous regardez TF1 ! »

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Nos critiques de Freida McFadden et Philippe Boxho. Nos stylos-trottoirs.

La femme de ménage

Mini-série Best-sellers
Littérature américaine
Par Daniel Kunstler

À la lecture d’un polar ou d’un mystère, je ne m’attends normalement pas à y découvrir de grandes qualités littéraires, comme si le prix de la détente imposait leur abandon. Mais en y réfléchissant, bon nombre d’auteurs de romans policiers ont la plume pointue et évocatrice. Izzo, Kate Atkinson, Simenon, Grisham, John Le Carré, Stieg Larsson, et j’en passe. Malheureusement, si ce livre est emblématique de ses autres romans, Freida McFadden ne figure pas parmi eux. 

Comme pure distraction, La Femme de ménage est efficace. En lisant, on a effectivement envie de connaître la suite ; cela doit compter pour quelque chose. Mais à vrai dire, si un long trajet en avion n’avait pas prétexté une lecture sans effort, j’aurais eu l’impression d’avoir perdu mon temps.

Le livre nous présente quatre personnages principaux. Millie Calloway est une reprise de justice en liberté conditionnelle. Son casier judiciaire la prive d’emploi, jusqu’à ce que la maîtresse de maison d’une vaste villa de la banlieue new-yorkaise, Nina Winchester, l’engage comme bonne à tout faire. Nina est volatile, oscillant entre la bienveillance et la cruauté. Andrew, le mari, exhibe une affection ostentatoire, et donc suspecte, pour son épouse. Enfin, il y a le jardinier, Enzo qui feint ne pas parler anglais, mais prévient Millie du grand danger qu’elle court… en italien. L’indice du péril n’est autre que la chambre de bonne, un espace étriqué dans le grenier qui contraste avec les pièces somptueuses de la demeure, et qui servira de salle de torture. Je ne dirai pas plus sur le fil du récit.  

Outre des protagonistes découpés dans du carton, particulièrement fastidieuse est l’insistance maintes fois répétée sur la beauté du mari, ses biceps, son athlétisme sexuel, et même ses costumes avec cravates assorties. Le jardinier aussi est beau et fort, bien entendu, et fait baver les voisines. Le recours obstiné à ce même refrain, c’est vraiment agaçant. (J’ai lu La Femme de ménage en VO; il se peut que la traduction française laisse une autre impression.) Ceci dit, la structure du récit a son côté astucieux dans l’alternance du narrateur, Nina prenant le relais de Millie.

Je n’aime pas critiquer des auteurs, conscient du travail requis pour produire un roman. Et je n’irai pas jusqu’à recommander qu’on évite nécessairement celui-ci, car il est indéniablement distrayant. Mais en même temps je pense qu’il y a moyen de mieux réconcilier la distraction propre au genre policier et une plus ample valeur littéraire. D’autres y ont réussi.

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Freida McFadden
La femme de ménage

City Éditions
2023

Disponible en J’ai lu

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