Helena

Jérémy Fel, Helena, Rivages, 2018

Par François Lechat.

Décidément, les éditeurs sont farceurs. Le dernier livre d’Aurélie Filippetti, Les idéaux, est présenté comme un roman alors que ce n’en est pas un, ou à peine ; et voici qu’un authentique roman, Helena, ne fait apparaître son personnage-titre que dans l’épilogue, pages 705 et suivantes, pour ne lui accorder qu’un rôle minime… Faux suspense, donc : la question n’est pas de savoir qui est Helena, de même que la jaquette de couverture, superbe, est assez trompeuse.

Pour le reste, et pour le dire vite, il s’agit ici d’un vrai thriller psychologique, passionnant, tendu, horrifique par moment comme il se doit, et qu’on ne lâche pas. Le sujet n’est pas d’une originalité folle : ceux à qui on a fait du mal sont enclins à en faire aussi, car ils souffrent. Le traitement non plus : un récit frontal entremêlé de nombreux flash-back et de percées dans l’imaginaire ou le délire. Mais on est plongé dans l’action et on se laisse prendre au jeu consistant à faire corps, successivement, avec tous les personnages principaux, dont l’évolution est bien rendue : il y a ici quelque chose comme une tragédie antique à l’œuvre, qui dévore presque tout sur son passage. Dommage, cependant, que les retours dans le passé, utiles, mais nombreux et détaillés, finissent pas donner un léger sentiment de surplace. Et que l’auteur, un Français qui situe son action au Kansas et dans d’autres Etats américains, abuse de pronoms dont le sujet reste flottant : il nous contraint parfois à le relire pour comprendre. Mais si vous aimez Dexter, pour prendre une référence commode, vous aimerez cet Helena sans Helena. Brr…

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur ; voir aussi notre critique des Loups à leur porte, du même auteur.

Les loups à leur porte

Jérémy Fel, Les loups à leur porte, Rivages, 2015

Par Brigitte Niquet.

Si vous aimez les suspenses haletants, les thrillers mâtinés de gore qui ne dédaignent pas les incursions vers le fantastique, ce livre est pour vous. Mais si vous aimez les loups et trouvez usurpée leur réputation de sauvages prédateurs, abstenez-vous. Ils sont ici le symbole du mal dans toute sa splendeur, dans toute son horreur. « Si j’étais loup, je porterais plainte pour diffamation », a écrit un critique.

Ça commence par l’histoire du jeune Daryl qui met le feu à la maison familiale et regarde avec délectation ses parents y brûler vifs. Puis, il n’est plus question de lui au profit des « héros » des chapitres suivants dont chaque titre est un prénom : Duane, Claire, Clément, Mary Beth, Scott… On a l’impression de lire un recueil de nouvelles ayant pour thématique « les psychopathes meurtriers ». Il faut attendre un bon moment pour comprendre qu’il s’agit bien d’un roman, à la construction diabolique – et très compliquée –, dont on ne peut apprécier la qualité que petit à petit jusqu’au bouquet final, à condition toutefois d’ingurgiter le livre d’une seule traite (454 pages quand même) un jour de pleine forme ou de farniente sur la plage. Si vous avez tendance à lire à petites doses chaque soir en piquant du nez sur le livre dès que le sommeil vous gagne, quand un personnage du chapitre 2 fait une incursion au chapitre 10, vous êtes enclin à vous demander : qui c’est, celui-là ? Retour en arrière nécessaire, feuilletage fébrile du bouquin, relecture… Un conseil : prenez des notes dès le début sur qui est qui et qui a fait quoi, qui est le fils (frère, oncle, neveu, père…) de qui, ça aide !

Cette réserve mise à part, Jérémy Fel en étant à son premier roman, on ne peut qu’admirer sa maîtrise, que beaucoup comparent à celle de Stephen King, sur les traces de qui il marche incontestablement. Confirmera-t-il son appartenance à cette lignée ? Difficile à dire car il n’a rien publié d’autre depuis 2015. Mais ça bouillonne peut-être dans le chaudron du sorcier…

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur ; voir également notre critique d’Helena, du même auteur.

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