Le livre des Baltimore

Joël Dicker, Le livre des Baltimore, Ed. de Fallois, 2015 (et de Fallois Poche)

Par Anne-Marie Debarbieux.

D’un côté les Goldman-de-Baltimore, incarnation de la réussite, de la beauté, de l’élégance, de la générosité, qui à chaque période de vacances, ouvrent grand leur cœur et leur maison de rêve à leur neveu Marcus, lui-même membre de la même famille Goldman, mais un Goldman-de-Montclair, issu de classe moyenne et habitant avec ses parents une modeste maison dans une ville du New Jersey.

Les paradis de l’enfance, leur insouciance, les frasques de gamins qui scellent les souvenirs inaltérables, sont souvent voués à se lézarder. C’est bien ce qui se produit pour Marcus, fasciné par l’univers des Goldman-de-Baltimore et qui croyait en la pérennité du bonheur vécu par le trio inséparable qu’il formait avec ses deux cousins, tous trois sous le charme de la jolie Alexandra. Les illusions de l’enfance se brisent, chacun suit son propre chemin dès la fin des années lycée, et Marcus découvre au fil du temps que ni la richesse, ni l’amitié ni l’amour ne sont exempts de faiblesses et que l’image des Goldman-de-Baltimore, qu’il ne reniera jamais, comporte plusieurs facettes.

Devenu écrivain à succès, il conjure sa nostalgie, ses illusions perdues mais entretient aussi sa fidélité aux Goldman en écrivant leur histoire, ponctuée de flashes back et d’allusions récurrentes au mystérieux « Drame » qui a ébranlé la famille et dont la teneur n’est révélée que dans les derniers chapitres.

Il s’agit donc d’une sorte de saga familiale rédigée par l’un de ses principaux protagonistes et qui constitue en fait le récit qu’on est en train de lire.

Marcus n’est pas un inconnu pour les lecteurs de Joël Dicker puisqu’il est l’écrivain mis en scène dans « La vérité sur l’affaire Harry Quebert ».

Ce roman, dédaigné par certains critiques qui y ont vu une œuvre un peu facile, ne mérite pas à mon sens un jugement aussi sévère. Le thème n’est pas nouveau, sans doute, on peut aussi sourire un peu des personnages féminins qui ont tendance à pleurer facilement. Il n’empêche qu’on se laisse emporter par le récit vivant, bien rythmé, qui ne tombe jamais dans le mélo et, tout en introduisant une réflexion sur les faiblesses humaines et la fascination que suscite le statut social, parvient à ménager jusque bout notre curiosité.

Catégorie : Littérature française.

Liens : Le livre des Baltimore aux Éditions de Fallois ; notre critique de La vérité sur l’affaire Harry Quebert.

La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert

Joël Dicker, La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert, de Fallois/L’âge d’Homme, 2012 (aussi en de Fallois Poche)

Par Catherine Chahnazarian.

Ce roman policier, paru il y a six ans déjà, se lit avec passion. C’est que l’auteur y mêle au moins trois fils : l’histoire d’un grand amour (ou deux), une histoire d’amitié (hum… deux, finalement), l’histoire d’un jeune écrivain (pardon, deux jeunes écrivains) en proie à l’angoisse de la page blanche. On se trouve tour à tour dans les années 2000, en 1975, un peu avant, un peu après… Tout ceci rend l’intrigue riche, complexe et sinueuse, mais fluide et passionnante. Si vous ne l’avez pas encore lu, cela pourrait être votre gros-roman-à-lire-cet-été, sur une plage, dans une forêt, sur la route (mais pas au volant, bien sûr), dans une petite ville des Etats-Unis (ou d’ailleurs), au bar d’un bistrot-resto (en mangeant ou non des œufs au bacon). Tous ces lieux sont centraux dans ce roman à l’américaine écrit par un Suisse et coédité en France. Dans une construction savamment pensée, l’auteur déroule de bonnes scènes de rencontre, des interrogatoires et des confidences, de nombreuses fausses pistes et d’aussi nombreux rebondissements. Quelques facilités viennent troubler l’ensemble : une mère juive caricaturale, un flic qui enquête avec un écrivain (ce qui n’est pas du tout crédible mais très sympathique relationnellement). Mais Joël Dicker connaît les ficelles et sait les tirer. On comprend les lecteurs de 2012 : La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert a reçu le Prix de la Vocation Bleustein-Blanchet, le Grand Prix du Roman de l’Académie française et le Goncourt des Lycéens. Pour Arnaud Vivant cependant (voir l’Obs ci-dessous), ce roman ne serait qu’une pâle resucée de La tache de Philip Roth, ce que je ne peux discuter, n’ayant pas lu ce livre. Pâle du point de vue de la qualité de l’écriture, je peux le croire, car Roth est un très grand auteur et la plume de Dicker est simplement naturelle. Resucée, c’est difficile à imaginer tant la construction de ce livre-ci semble personnelle. Mais peut-être faut-il, à un énième degré de lecture, voir dans le personnage du jeune écrivain narrateur un aveu de dépendance à l’égard du maître ? Tout commence comme cela, en tout cas : Marcus Goldman ne respectera pas les délais de livraison de son second roman parce qu’il n’a pas d’idée et n’écrit pas une ligne. Il va chercher les encouragements dont il a besoin chez son ami et mentor, Harry Quebert, professeur de littérature et auteur d’un grand roman célèbre. Puis Harry a des ennuis et Marcus ne peut pas s’empêcher de vouloir lui porter secours… Dès les premières pages, ça y est, vous avez mis le doigt dedans et vous n’avez plus le choix : vous devez poursuivre votre lecture jusqu’au bout.

Catégorie : Policiers et thrillers (Suisse/France).

Liens : le roman en de Fallois Poche ; le site de l’auteur ; l’article de l’Obs ; notre critique du Livre des Baltimore.

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