Surtensions

Olivier Norek, Surtensions, Michel Lafon, 2013 (disponible en Pocket)

Par Sylvaine Micheaux.

Voici le dernier opus de la trilogie d’Olivier Norek basée sur Victor Coste et son équipe, de la police judiciaire de la Seine St Denis (93).

Après les banlieues, nous plongeons dans l’univers carcéral, monde où il ne fait pas bon vivre, surtout si vous êtes jeune et faible, car très vite vous devenez la « poupée » ou le punching-ball des gros bras qui mènent la danse. Et c’est le cas de Nunzio, petit braqueur de bijouteries de luxe qui s’est fait prendre bêtement avec la montre d’un casse au poignet. Sa sœur Alex, chef de la bande, n’a de cesse de faire sortir son frère de prison car elle sait que moralement il n’y tiendra pas longtemps.

Victor Coste ne va pas bien, il envisage sa démission de la PJ après quinze années de bons et loyaux services, après avoir vu tant de crimes et de noirceur qu’il n’en peut plus. Mais l’enlèvement d’un ado, suivi d’une bévue de la BRI, le remettent pour un temps en selle. L’auteur du rapt se retrouve rapidement en prison. Quel rapport entre Nunzio le petit braqueur, le responsable du rapt, un tueur serbe, un pédophile et un assassin qui crie son innocence, tous emprisonnés au même endroit ?

De nouveau Norek nous offre un polar haletant, plein de tensions, où toutes les histoires s’imbriquent petit à petit : vous savez, l’effet papillon. L’écriture est toujours fluide et on sent l’exactitude de l’ancien flic. Et dans l’attitude de Coste le héros, dans ce livre sombre et intense sur l’état des prisons et de la justice, on sent les questionnements de l’auteur.

Du très bon polar.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur ; en Pocket. Voir aussi nos critiques de Code 93Territoires, Entre deux mondes et Surface. De manière générale, toutes nos lectures d’un auteur sont accessibles depuis le classement alphabétique.

Territoires

Olivier Norek, Territoires, Michel Lafon, 2014 (disponible en Pocket)

Par Sylvaine Micheaux.

Ce roman est le second de la trilogie débutant par Code 93.

La brigade des Stups est en train d’effectuer sa dernière planque de surveillance d’un jeune caïd, dealer de banlieue, quand celui-ci est assassiné sous leurs yeux. Dans la foulée, les 2 autres dealers locaux sont, l’un, abattu, et l’autre, mort après avoir été torturé. Pas de doute, c’est le début d’une guerre de » Territoires » dans les cités d’une ville de Seine St Denis. L’équipe de Victor Coste reprend du service. La mort, dans une des tours de la cité, d’une vieille dame bien sous tous rapports serait-elle liée au trafic ?

De nouveau on se trouve face à un polar passionnant qu’on ne lâche plus. Car en plus de l’enquête, il y a la plongée dans les services de police affectés à ces cités difficilement contrôlées. On découvre comment la maire d’une ville pauvre, où ont été construites des cités peuplées de familles et de jeunes qui n’ont quasi plus ni espoir ni réel avenir, peut acheter une certaine paix sociale. Comment se faire malgré tout réélire quand le taux d’abstention dans le 93 est le plus élevé de France. Comment une émeute, qui peut se déclencher en quelques secondes telle une trainée de poudre, peut  parfois être utile à la municipalité.

On sent qu’Olivier Norek a bien été confronté à tout cela. Et le constat est dérangeant et limite effrayant. Après une telle lecture, je ne regarderai plus les reportages sur les banlieues chaudes de la même manière.

Ce roman peut être lu indépendamment du premier, Code 93 ; l’équipe de policiers est la même, mais l’intrigue est tout autre.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur ; en Pocket. Toutes nos lectures de Norek sont regroupées à son nom dans le menu « Classement par auteurs ».

Code 93

Olivier Norek, Code 93, Michel Lafon, 2013 (disponible en Pocket)

Par Sylvaine Micheaux.

Code 93 est le tout premier roman d’Olivier Norek, et le premier d’une trilogie composée aussi de Territoires et Surtension. Olivier Norek a été très longtemps policier, capitaine de la PJ du 93 justement (Seine St Denis), donc c’est peu de dire qu’il connaît son sujet et que tout sent le vrai et le vécu.

L’équipe du Capitaine Coste de la brigade criminelle du 93 est confrontée à des cas incroyables : un cadavre criblé de 3 balles se réveille en pleine autopsie ; un toxico meurt d’étranges brûlures… L’enquête démarre sur les chapeaux de roue, et il ne nous en faut pas plus pour ne plus lâcher ce roman. On plonge dans le quotidien d’une brigade de banlieue, dans un département où le taux de délinquance est l’un des plus élevés de France. Le ou les tueurs jouent au chat et à la souris avec les flics. Et qu’est ce code 93 qui apparaît sur de vieux dossiers sortis de la procédure judiciaire ? Pourquoi des hommes de pouvoir essaient-ils de minimiser ce fameux code ? D’ailleurs, que faire de la Seine St Denis, département limitrophe qui va faire partie du grand Paris, mais dont la précarité et la criminalité le coupent de son illustre voisine ?

Certes ce premier roman présente quelques faiblesses : certaines explications pourraient être un peu plus poussées, certaines tournures de phrases améliorées, mais c’est un sacré bon premier polar, avec une vraie toile de fond, des personnages réalistes, et la vérité finale fait froid dans le dos.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur ; en Pocket. Toutes nos lectures de Norek sont regroupées à son nom dans le menu « Classement par auteurs ».

Surface

Olivier Norek, Surface, Michel Lafon, 2019

Par Brigitte Niquet.

Surface… On peut a priori rêver d’un titre plus attractif, surtout pour un polar. Pourtant, au fil de la lecture, on comprend combien ce choix est judicieux : si l’on excepte son acception mathématique, tous les sens propres et figurés du mot pointent, en effet, le bout de leur nez à un moment ou à un autre.

Qu’y a-t-il donc sous cette surface ? Pour faire bref, c’est l’histoire du capitaine Noémie Chastain, en poste au Quai des Orfèvres, à la Brigade des stups. Respectée sinon aimée de tous, elle adore son métier. Mais lors d’une opération presque routinière, elle se fait flinguer par un dealer qui lui balance une décharge de plombs en plein visage. Fin du prologue. Noémie ne sera plus jamais Noémie, elle fait partie désormais des « gueules cassées » et se rebaptise No, une manière comme une autre d’exprimer son refus de ce qui lui arrive.

Pour ne rien arranger, on découvre dans une première partie intitulée « En pleine tête » que loin d’être couverte d’honneurs, No, trop dérangeante, se retrouve mutée « provisoirement » dans un village au fin fond de l’Aveyron, soi-disant pour auditer un commissariat qui ronronne dans l’inaction. Il faut avouer que cette première partie ronronne un peu, elle aussi, et semble longuette, bien qu’elle n’occupe qu’une cinquantaine de pages. Elle fait penser aux scènes « d’exposition » dans les tragédies classiques. Nécessaires, sans doute, mais un peu fastidieuses quand même. Heureusement, il reste 400 pages, 400 pages menées tambour battant et divisées en trois parties : « En pleine campagne », « En pleine tempête » et « En plein cœur » (titres suffisamment évocateurs, peut-être, pour se passer de commentaires), 400 pages qui, elles, se dévorent d’un trait. Sur un rythme haletant, on y suit No qui, loin de se laisser placardiser, s’en va-t-en guerre, galvanisant ses nouveaux collègues, surtout lorsque refait surface une ancienne affaire datant de 25 ans (la disparition restée inexpliquée de trois enfants) que tout le monde avait, semble-t-il, oublié ou feint d’oublier, et qu’elle n’aura de cesse d’élucider.

Y parviendra-t-elle et s’ouvrira-t-elle ainsi la voie vers une possible reconstruction ? C’est tout l’enjeu de ce suspense dont l’auteur a bien mérité sa récente notoriété. Outre l’originalité de son intrigue et l’empathie manifeste qu’il éprouve pour son héroïne et nous fait partager, certaines scènes, comme l’incendie de la grange où  sont enfermés de nombreux animaux, sont des morceaux d’anthologie.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur. Voir aussi notre critique d’Entre deux mondes. Toutes nos lectures de Norek seront regroupées à son nom dans le menu « Classement par auteurs ».

Entre deux mondes

Olivier Norek, Entre deux mondes, Michel Lafon, 2017

Par Sylvaine Micheaux.

Mon premier coup de cœur 2018, ou plutôt mon premier coup de poing.

Son auteur, Olivier Norek, est flic dans la vraie vie. Il y a deux meurtres et les héros sont deux policiers : syrien et français. Mais ce livre est vraiment tellement plus ! Il risque de modifier tellement nos certitudes et nos opinions. Il est puissant, dur à lire, mais on ne peut pas le laisser.

Adam est un policier syrien mais fait partie d’un mouvement anti-Bachar el Assad. Sentant son arrestation proche, il envoie sa femme bien aimée et sa petite fille en France, via la Libye ; il les suivra dès que possible et les retrouvera à Calais, dans la Jungle, pour un passage vers l’Angleterre. Lorsqu’il arrive à Calais, il cherche sans relâche son épouse et sa fille… Bastien est un lieutenant français qui vient d’être muté sur Calais, à sa demande, pour aider son épouse dépressive suite au décès de son père. Il a également une fille, une jeune ado. Je n’en dirai pas plus.

Nous plongeons dans le quotidien de la Jungle, des policiers et CRS de Calais. Personne n’est tout blanc, personne n’est tout noir (sans mauvais jeu de mots) : pas de gentils policiers et de méchants migrants ou l’inverse, mais un monde dur et réel… On sent que l’auteur connaît profondément le sujet. Il nous fait un récit noir, précis, honnête. Entre deux mondes.

A lire à tout prix.

Catégorie : Policiers et thrillers (France).

Liens : chez l’éditeur ; interview d’Olivier Norek sur RTL.

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