Place Colette

Nathalie Rheims, Place Colette, Ed° Leo Scheer, 2015

Par Anne-Marie Debarbieux.

La narratrice est une adolescente qui a passé 4 ans dans une coquille de plâtre à la suite d’une erreur de diagnostic. La lecture a comblé en partie l’horizon bouché par cette immobilisation forcée et inutile. Elle a à peine 13 ans quand elle réintègre difficilement la vie « normale » : c’est une pré-adolescente solitaire, à la fois trop mature et  sans grâce, décalée  dans une famille d’intellectuels aisés où l’on se soucie surtout du paraître et des relations mondaines. Elle continue de nourrir cependant une passion, celle de la littérature et surtout du théâtre. Aussi quand ses parents reçoivent un comédien connu, qui appartient au cercle très élitiste de La Comédie Française, est-elle  fascinée et sent-elle décupler sa vocation de consacrer sa vie au théâtre.

C’est évidemment là le tournant du récit – et le début d’un malaise pour le lecteur qui voit soudain se jouer un scénario assez inattendu.

Cette histoire de vie est intéressante mais dérangeante ou peut-être intéressante parce qu’elle est dérangeante et que l’ambiguïté des personnages (y compris les personnages secondaires) suscite des questions ! Car la passion du théâtre et la passion amoureuse se nourrissent mutuellement en cette très jeune fille qui avait une revanche à prendre sur une enfance « volée » en quelque sorte.

Un livre que certains trouveront choquant et qui est, à tout le moins, audacieux.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

La vie qui m’attendait

Julien Sandrel, La vie qui m’attendait, Calmann Levy, 2020

Par Sylvaine Micheaux.

J’avais beaucoup aimé le premier roman de Julien Sandrel, La chambre des merveilles, si poignant avec l’histoire de cette mère dont le jeune enfant est entre la vie et la mort et qui décide de réaliser les rêves de son fils pour le faire revenir à la vie. Donc j’ai plongé dans le second, La vie qui m’attendait.

Romane, 39 ans, médecin généraliste, terne, hypocondriaque et angoissée, passe sa vie un sac en papier à sa portée pour combattre l’hyperventilation dont elle souffre chaque fois qu’elle stresse. Et tout, absolument tout, la stresse. Elle vit sans vivre vraiment.

Jusqu’à ce qu’une de ses patientes lui dise : « Je vous ai vue sortir en larmes du bureau de ce pneumologue à Marseille. Pourquoi vous cachiez-vous sous une perruque rousse ? »  Or, même si depuis l’adolescence Romane se teint en brune, elle est d’un roux flamboyant au naturel et n’a jamais mis les pieds à Marseille, ni nulle part ailleurs.

Elle, si timorée, descend dans le Sud sur la trace de cet hypothétique sosie.

C’est vif, cela se lit d’un trait. C’est parfois tiré par les cheveux, même si au fil du récit l’auteur nous donne des explications qui se tiennent à peu près. Au final, c’est un bon roman de détente, assez touchant, qui risque de ne pas rester longtemps en mémoire mais qui est idéal pour une fin de confinement ou sur une plage cet été – si on a le droit d’y aller…

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

La femme révélée

Gaëlle Nohant, La femme révélée, Grasset, 2020

Par Brigitte Niquet.

Ce roman pourrait donner le vertige, car tout y est double : les deux identités du personnage principal, les deux vies qu’elle mène alternativement sur deux continents différents, son double exil (géographique et affectif), le mariage étroit de la petite et de la grande histoire qui interfèrent sans cesse… Belle pâte à pétrir pour un auteur doué, et Gaëlle Nohant l’est incontestablement.

Le récit commence dans le Paris des années 50, celui de Saint-Germain-des Prés, où l’on croise Boris Vian et Juliette Greco aussi bien que le mystérieux Sam (serait-ce un espion ?) et le jazzman noir Horatio, qui tous deux joueront un rôle important auprès de l’héroïne. Celle-ci, une jeune Américaine du nom d’Eliza Donnelley, auto-rebaptisée Violet Lee, a fui Chicago et un mari apparemment bien sous tous rapports (ce sont parfois les pires), laissant là-bas le fils de quatre ans né de cette union, qu’elle adore pourtant et espère aller bientôt rechercher. Las, dix-huit ans s’écouleront avant qu’elle puisse concrétiser ce projet, dix-huit ans dont le récit épique nourrit la première partie de l’ouvrage, dix-huit ans de galère qu’elle immortalise par ses clichés car, devenue photographe, c’est le Rolleiflex en bandoulière qu’elle témoigne de son époque.

Elle quittera donc la France du pré-mai 68 pour retrouver une Amérique grandement perturbée elle aussi, puisque c’est l’époque, entre autres, de la guerre du Vietnam mais aussi des luttes des Noirs pour leurs droits, alors même que Martin Luther King vient d’être assassiné, bientôt suivi de Bob Kennedy… Un Leïca remplaçant le Rolleiflex, Violet/Eliza s’en-ira-t-en guerre de nouveau, mais il faudra encore beaucoup de temps, d’espoirs et de désespoirs, de sang et de larmes pour qu’elle cesse enfin d’être une femme « coupée en deux » et que le titre La femme révélée prenne tout son sens.

Si l’on ajoute que Gaëlle Nohant est par ailleurs dotée d’une belle écriture et d’une impressionnante culture historique et politique, et qu’elle maîtrise l’art de donner vie à une foule de personnages secondaires aussi attachants que l’héroïne elle-même, le lecteur aura compris qu’il y a « du best-seller dans l’air ».

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

L’épidémie

Alberto Moravia, L’épidémie, Esprit, 1947

Par Patrick Poivre.

L’objectif de Moravia, antifasciste notoire (il a dû fuir et se cacher durant la seconde guerre mondiale), était de dénoncer les comportements de ses contemporains prompts à tolérer le fascisme. En usant d’une métaphore médicale, il consacre dans sa nouvelle le statut d’épidémie de la peste brune et décrit avec précision les petits et grands arrangements nécessaires de tout un chacun pour vivre avec. L’habileté, me semble-t-il, est qu’il a choisi de décrire autant la posture des malades que celle des soignants, soulignant ainsi le fait que le fascisme se nourrit de la lâcheté de tous. Au-delà du titre, c’est bien sûr l’évocation de la posture médicale qui vient faire écho à la pandémie actuelle du Covid 19, en ce sens qu’elle s’applique bien aux luttes de pouvoirs en cours entre l’académique, le scientifique, le médical, le politique et les médias. Mais la métaphore fonctionne aussi dès lors qu’on analyse le comportement du malade, esseulé dans son épreuve : il est bien obligé de se composer une attitude à la fois à titre personnel mais aussi socialement, même si, aujourd’hui, on est obligé de constater qu’il n’existe pas en dehors de la description technique de sa maladie, les considérations scientifiques que les autorités en ont et la comptabilité macabre qui la caractérise. La maladie est politique (on commence seulement à prendre en compte ces dernières années ses dimensions sociales) et il n’est pas inutile de rappeler l’engagement à gauche de Moravia.

Bravo à la traduction de Juliette Bertrand : on perçoit bien la voix intérieure de l’auteur.

Catégories : Redécouvertes, Nouvelles et textes courts (Italie).

Liens : le texte au format PDF ; texte et article sur le site d’Esprit ; et plus sur le numéro de mars 1947.

Les passants de Lisbonne

Philippe Besson, Les passants de Lisbonne, Julliard, 2016

Par François Lechat.

C’est ma première lecture d’un roman de Philippe Besson. Que dire, sinon que c’est impeccable, dans un genre très français ? Court, psychologique, écrit avec une grande finesse, plein de tact et d’intelligence, distillant de l’émotion quand il le faut. Prenant, aussi, car on se demande comment va évoluer cette rencontre entre deux touristes français descendus au même hôtel à Lisbonne, et qui ont chacun des plaies à soigner. L’histoire ne prend pas le tour attendu, et c’est fort bien ainsi, même si elle ne surprend pas non plus. C’est qu’il s’agit, je l’ai dit, d’un livre très français : centré sur l’intime, la vie privée, et sur des personnages qui n’ont pas à se battre pour gagner leur vie, ni l’envie de se perdre dans les fracas du monde. Il faut donc apprécier ce livre avec ses limites, et à cette condition il séduit par son talent et son écriture. Ajoutons, en prime, une réplique finale que je ne veux pas vous révéler, mais qui renvoie sans le vouloir à l’actuelle épidémie de covid-19…

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

L’outsider

Stephen King, L’outsider, Albin Michel, 2019

Par Catherine Chahnazarian.

C’est parce qu’il fait huit cents pages qu’il n’y a pas moyen de lire d’une traite ce roman qui commence comme un policier et se transforme progressivement en thriller, tendance fantastique.

Pour l’inspecteur Ralph Anderson, un homme ne peut pas être à deux endroits à la fois. Pour moi non plus. Et j’ai peut-être été d’autant plus scotchée à l’intrigue que j’attendais avec avidité une solution rationnelle. Stephen King sait s’adresser aux incrédules : le roman plonge le lecteur dans un univers d’un réalisme étonnant. Les décors et des allusions à l’actualité placent l’enquête dans un contexte très situé, dans lequel on se retrouve, même si l’on n’est pas américain. Les personnages sont formidables, tous différents, crédibles, humains, eux-mêmes. Ce qui leur arrive est traité par eux – à une exception près – avec la rationalité que des personnes ordinaires y mettent forcément. Et comme tout ce qui rend progressivement l’affaire plus complexe, les personnages plus tendus, l’enquête plus délirante, empêche le lecteur de prévoir quoi que ce soit et de s’endormir sur son livre, L’outsider est palpitant du début au dénouement, qu’on aime ou pas le fantastique.

Stephen King, qui a une cinquantaine de romans à son actif et quelques excellentes nouvelles, reste capable de livrer des textes de grande qualité. Celui-ci ne dément vraiment pas sa réputation : il est très bon, intelligent et spirituel. Mon seul regret réside dans cette solution du fantastique, que je trouve de facilité pour un auteur d’une telle inspiration et d’un tel talent, en particulier dans ce roman-ci. Mais c’est affaire de goûts personnels et – j’y insiste – j’ai vraiment beaucoup aimé L’outsider.

Certains chapitres sont des petits bijoux : une scène de rue au cours de laquelle quelques personnes tentent de gravir un escalier dans une bousculade ; un suicide, à la fois dramatique et cocasse, écrit sans aucun irrespect pourtant ; une fusillade qui vous donne très envie de courir aux abris !

Catégorie : Policiers et thrillers (U.S.A.). Traduction : Jean Esch.

Liens : chez l’éditeur ; au Livre de Poche.

Tiger House

Liza Klaussmann, Tiger House, Jean-Claude Lattès, 2015

Par François Lechat.

Les thèmes de ce roman sont typiquement américains : l’amour, la famille, l’adultère, l’argent, et puis quelques meurtres pour corser le tout… La manière, aussi, fait penser à ces séries pleines de superbes créatures qui ont tout pour elles mais dont on devine qu’elles cachent bien des failles. La chaleur, en arrière-plan, nous rappelle encore où nous sommes, comme la consommation frénétique d’alcool et une manière de s’attacher au moindre détail, aux infimes réactions de plaisir ou de contrariété. Car si une famille américaine normale est évidemment un nœud de vipères, les frustrations et les conflits doivent y rester cachés, et l’amertume s’exprimer tout en nuances. C’est donc le sens de l’observation qui fait le prix de ce roman, avec une construction temporellement complexe qui entretient le suspense.

Je ne sais pas, pour autant, s’il faut y voir la réussite éclatante que les critiques ont soulignée, car cette histoire très middle-class a aussi ses limites. On aimerait parfois s’intéresser à des enjeux plus grandioses, ou secouer ces personnages engloutis dans leur peur du qu’en dira-t-on. Mais comme cette peur est typiquement américaine, elle aussi, voyons-y un ingrédient indispensable, et savourons cette ambiance vénéneuse.

Quant au fait que se détache, parmi tous les personnages, celui d’une Anglaise intrépide, libre et authentique, ce n’est sans doute pas un hasard : l’auteure, née à New York, vit aujourd’hui à Londres.

Catégorie : Littérature anglophone (U.S.A.). Traduction : Sabine Boulongne.

Liens : chez l’éditeur.

Platine

Régine Detambel, Platine, Actes Sud, 2018 (disponible en Babel)

Par Michèle Thierry.

Quand le lecteur finit ce roman, il se demande si vraiment c’était cela – un peu, beaucoup ou pas du tout –, la vie de cette star, premier sex-symbol d’Hollywood : Jean Harlow, dénommée « la Bombe » ou, de son vrai nom, Harlean Carpenter. Régine Detambel raconte la vie d’une icône prisonnière de sa famille, des nababs d’Hollywood, et morte en pleine gloire. Elle propose un portrait sans pitié d’une femme broyée et pourtant célèbre. Elle avait des cheveux « irrésistibles », « glacés de beauté, du genre de blondeur coupante que les stars en place détesteront, parce qu’elle les évincera » (p. 38).

Écrit à la troisième personne, le récit nous présente la star dès son enfance auprès d’une mère fusionnelle et d’un beau-père abusif. Et l’auteure sait nous tenir en haleine par ses commentaires, ses remarques allusives pointant les qualités de cette femme exposée très jeune aux flashs et aux regards masculins. Régine Detambel s’écarte de la biographie sèche en rendant justement cette vie romancée, découpée en scènes, ratages et prises recommencées. Parfois le narrateur devient un je puissant.

Dès son premier mari, Paul Bern, la star est touchée par la mort plus que par l’amour. Il la battra ; il aurait pu la tuer ; il lui laisse des séquelles à vie. Il se suicidera et Harlean le pleurera. Elle cherchera ensuite à avoir un enfant, sans succès, dans une quête effrénée, lui faisant prendre des risques auprès d’hommes inconnus, dans des hôtels borgnes de Californie.

Jean Harlow tourne Saratoga avec Clarke Gable, à la fin de sa vie. Les producteurs ne comprenaient pas ses douleurs et mettaient cela sur le compte de caprices. Toute la fin est ainsi sur le ton de la tragédie et laisse le lecteur en colère. Colère face aux producteurs incrédules et face à la famille de Jean Harlow, dont sa mère, qui s’en remettait uniquement à la religion pour guérir sa fille.

Mais mourir si jeune, en pleine gloire, comme un oiseau abattu en plein vol, semble une injustice de plus. Elle avait 26 ans. Elle eut des obsèques grandioses.

Catégorie : Littérature française (roman biographique).

Liens : chez l’éditeur ; en Babel.

Cocaïne

Walter Rheiner, Cocaïne, Rivages Poche, 2020

Par Jacques Dupont.

Tobias se lève au milieu de l’après-midi et tandis que le soir s’en vient, il sort, déambule, tournicote dans Berlin, cherchant à tromper sa dépendance. Peine perdue, ses pas comme chaque nuit le ramènent au guichet de la pharmacie. Une fiole de cocaïne lui est remise avec grand mépris.

Trois prestes injections plus tard, on le retrouve « libre et léger, espiègle, pareil à un jeune dieu ». Mais le poison exige son dû, qui n’est autre que Tobias lui-même. Les prises se succèdent, les piqûres s’infectent, ses vêtements puants regorgent de sang, il suinte des bras, des jambes. Sa vision, son entente défigurent le monde, désormais hanté de voyeurs qui l’épient et le poursuivent de leur malveillance. Une jeune femme pourtant l’accueillera, au plus fort de sa « psychose cocaïnique ».

Elle ne sauvera pas Tobias de son destin, ni elle qui l’aime profondément, ni Dieu, « le front impitoyablement noir… [plaqué] contre les grandes fenêtres de l’atelier… roide, impavide, immobile ». Dieu ici est impuissant, et « le désert croît » (Nietzsche).

Cette nouvelle – une complainte – s’entend telle une chanson parlée, sur une musique de Kurtz Weill. Elle inaugure et condense les thèmes expressionnistes. Sous le joug du destin la voix y confine au cri, la gestuelle est mécanique, sanglée et désarticulée, Berlin tentaculaire et ténébreuse, la drogue est l’égérie de la perdition.

Tobias reflète Walter Rheiner, cocaïnomane avéré. Cocaïne est le récit lucide et prémonitoire de la mort de son auteur.

La préface de Cécile Guilbert éclaire le texte, l’époque, et comporte de très instructives remarques sur la littérature « cocaïnique » – de Jekyll à Sherlock Holmes, de Robert Desnos à Philippe Soupault.

« La mort des pauvres », poème de Charles Baudelaire complète avec justesse l’édition en 2020 de ce texte de… 1918.

Catégorie : Nouvelles (Allemagne). Traduction : Pierre Deshusses.

Liens : Chez l’éditeur.

Ci-contre : la mort de Walter Rheiner, par Conrad Felixmüller.

Cadavre, vautours et poulet au citron

Un petit extra pour fêter la fin prochaine du confinement (du moins on l’espère) : trois critiques de textes un peu plus anciens que d’habitude, et un coup de gueule.

Guillaume Chérel, Cadavre, vautours et poulet au citron, Michel Lafon, 2018 (disponible en J’ai Lu)

Par Florence Montségur.

Voilà un roman fait par un homme, sur des hommes et pour des hommes – de préférence de plus de soixante ans. C’est un enfant de Frédéric Dard, qui n’égale pas son modèle mais qui peut donner la nostalgie d’une certaine littérature. En tout cas, ça boit énormément, ça se castagne et ça va aux putes. Une certaine vision de la masculinité… Accessoirement, il y a une (assez vague) enquête, qui nous transporte en Mongolie, mais pour nous désigner les Mongols comme des brutes et rien de plus. Dans les moments où le héros se retrouve dans la steppe avec sous les yeux ce paysage magnifique qu’on voit dans les reportages et sur les dépliants touristiques, il passe justement une nuit torride avec une Russe. Et pour comble, à la fin, il se fait justice lui-même. Et pas tendrement.

J’ai donc réussi à terminer ce livre, mais ça me laisse perplexe. Hommes, défendez-vous ! Vous valez mieux que ça !

Pour faire court, il faut lire jusqu’à la page 77, puis reprendre page 153 (si vous voulez passer par la nuit torride) ou directement page 190 (les pages 190-191 résument très bien ce qui précède), puis éviter le dernier chapitre si vous voulez garder quand même un bon souvenir du héros-narrateur – qui essaie d’arrêter de boire, laissons-lui cette qualité.

Ajoutons que quand on lit les remerciements on ne peut qu’être sidéré devant la quantité de fautes d’orthographe qui subsistent après toutes les relectures qui ont eu lieu.

Il faut de la place pour tout le monde… mais comment ne pas pousser un coup de gueule ?

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur et en J’ai Lu (où vous pourrez feuilleter quelques pages).

Des filles qui dansent & Des garçons qui tremblent

Un petit extra pour fêter la fin prochaine du confinement (du moins on l’espère) : trois critiques de textes un peu plus anciens que d’habitude, et un coup de gueule.

Stéphane Hoffmann, Des filles qui dansent (2007) & Des garçons qui tremblent (2008), Albin Michel – disponibles aussi en un seul volume au Livre de Poche (2019)

Par François Lechat.

Ces deux romans peuvent se lire indépendamment l’un de l’autre, mais ils se font suite. Ils racontent la passion qui depuis leur jeunesse unit Jérôme et Camille, c’est-à-dire l’eau et le feu. Lui est issu d’un milieu modeste, fait des études, réfléchit, regarde la société d’un œil sardonique, décortique le ballet des ambitions, la lutte des places, les rituels familiaux et sociaux, le ridicule de la société de consommation. Elle vient d’une bonne famille bourgeoise, tutoie l’absolu, veut mener une vie passionnée, et se brûlera les ailes. C’est Jérôme qui raconte leur rencontre et leur histoire, entre La Baule et Nantes, en y mêlant autant de nostalgie, de regret du temps qui passe, de délicatesse, que de férocité à l’égard de ses contemporains, en particulier la bourgeoisie. Il s’exprime en phrases simples, sur un ton familier, mais avec une foule de détails et de formules qui font mouche. C’est charmant et léger, fluide et vivant. Pas vraiment neuf ni profond, mais fort bien vu : cela aurait pu passer pour de la grande littérature si l’auteur s’était pris au sérieux.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur : Des filles qui dansent ; Des garçons qui tremblent.

L’Oeil de Caine

Un petit extra pour fêter la fin prochaine du confinement (du moins on l’espère) : trois critiques de textes un peu plus anciens que d’habitude, et un coup de gueule.

Patrick Bauwen, L’Oeil de Caine, Albin Michel, 2007 (disponible au Livre de Poche)

Par Anne-Marie Debarbieux.

Petit clin d’oeil inattendu à l’actualité, ce thriller, choisi un peu au hasard, se révèle être une histoire de confinement ou du moins de huis clos !

Tout commence par un projet de reality show qui s’apparenterait à  une sorte de Secret Story avec en lice dix personnes rassemblées (cinq femmes, quatre hommes et un enfant), toutes habitées d’un secret plus ou moins inavouable. Des sommes colossales sont en jeu et les dix candidats de tous bords ont été évidemment minutieusement sélectionnés de manière à entretenir l’ambiance et le suspense inhérents à ce genre d’émission pour parvenir à des records d’audience.

Sauf que rien ne se passe comme prévu et que les candidats se retrouvent seuls dans une situation d’extrême précarité et à la merci d’un tueur. Le lecteur se trouve alors projeté dans un univers qui n’est pas sans lui rappeler celui des Dix petits nègres ! Dès lors se développent la suspicion (qui est qui?), la peur (qui sera le prochain ?), les jeux d’alliances, les trahisons, l’alternance de la confiance et du désespoir, bref les ingrédients d’un angoissant vase clos.

Le dénouement est inattendu en dépit des différentes hypothèses que le lecteur, captivé, essaie d’envisager.

On peut peut-être regretter que la psychologie de certains personnages soit assez sommaire voire caricaturale, mais là n’est pas l’essentiel dans ce type de roman qui nous fait passer un très bon moment de détente.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur ; au Livre de Poche.

Lambeaux

Un petit extra pour fêter la fin prochaine du confinement (du moins on l’espère) : trois critiques de textes un peu plus anciens que d’habitude, et un coup de gueule.

Charles Juliet, Lambeaux, POL, 1995 (disponible en Folio)

Par Jacques Dupont.

« Lambeaux » … ou ce qui demeure, en forme de déchirures.

Les lambeaux de la mère biologique de Charles Juliet. Il ne l’a pas connue. Paysanne de l’Ain, elle a été internée peu après sa naissance, et n’en est pas revenue, de l’asile, où elle peignit sur les murs ces mots : « Je crève. Parlez-moi ! Parlez-moi ! ». Celle qu’il nomme l’étouffée, l’esseulée, la jetée dans la fosse et qui n’a cessé de l’entourer de son absence.

Et l’autre mère : la vaillante, la valeureuse, la toute-donnée. Paysanne, elle aussi, qui n’a cessé de l’entourer de sa présence.

Et lui, Charles. Il parvient à faire son lycée dans une institution militaire, comme « enfant de troupe », il entame des études de médecine, les abandonne pour tenter l’écriture. Après une longue dépression, il s’éveille à lui-même et devient un écrivain prolifique.

Il s’agit d’un roman d’espoir, d’une lecture aisée, souvent très émouvante.

Charles Juliet a usé tout du long d’un « tu », qu’il adresse à sa mère biologique, ou à lui-même dans la partie autobiographique. On appréciera – ou moins – le procédé.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez POL ; en Folio.

Un jardin de sable

Earl Thompson, Un jardin de sable, Monsieur Toussaint Louverture, 2019

Par François Lechat.

Trop de sexe. Comme le rappelle le préfacier, Donald Ray Pollock (l’auteur d’Une mort qui en vaut la peine), c’est le principal reproche que l’on a fait à Un jardin de sable, brûlot américain paru en anglais en 1970. Et de fait, le héros, Jack, est un véritable obsédé, depuis sa plus tendre enfance jusqu’au moment où nous le quittons, adolescent, plaquant enfin sa mère pour essayer d’entrer dans la marine, à présent que les États-Unis se sont engagés dans la Seconde Guerre mondiale. Et Jack n’est pas le seul à être travaillé par la chose : c’est aussi le cas de son beau-père, d’un flic véreux, d’un nain bagarreur et teigneux… Si l’on ajoute enfin que la mère de Jack, Wilma, repousse bien maladroitement les assauts de convoitise de son fils, et que le plus vieux métier du monde est le seul à ne pas souffrir du chômage, vous aurez compris qu’il faut avoir le cœur bien accroché pour aller jusqu’au bout de ce roman.

Le sexe, pourtant, n’y occupe qu’une part secondaire. Car l’essentiel est ailleurs : dans le tableau de la débrouille des miséreux pendant la Grande Dépression des années trente, au Kansas, quand le travail a disparu, quand les paysans ont dû tenter leur chance à la ville, quand se loger dans un taudis est un soulagement, quand on se trouve réduit à choisir entre une vie de rien, comme celle des grands-parents de Jack, et la glissade vers l’alcool, les chapardages, la prostitution, les combines en tout genre… Sur un mode plus âpre que celui de Steinbeck dans Les raisins de la colère, dans des décors urbains hallucinants, avec un sens du mordant, du  burlesque et du détail qui tue, Earl Thompson fait grandir Jack entre des adultes qui se battent pour survivre, obstinément, rageusement, désespérément. On pourrait penser à Céline pour le sens de l’hénaurme, mais sans le mépris : de toute évidence Thompson a de la tendresse pour tous ses personnages, même les plus répugnants. Comme le dit l’éditeur (le même que celui de Karoo, avec le même soin apporté à la jaquette et au reste) : « C’est la vie. Nauséabonde, tordue, brutale et magnifique. »

Catégories : Redécouvertes, Littérature anglophone ( U.S.A.). Traduction : Jean-Charles Khalifa.

Lien : chez l’éditeur.

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