J’irais nager dans plus de rivières

Philippe Labro, J’irais nager dans plus de rivières, Gallimard, 2020

— Par Brigitte Niquet

Quel diable d’homme que ce Labro ! Manifestement, une vie n’est pas assez pour lui puisqu’il publie ici son vingt-septième livre et nous annonce déjà le suivant. Il n’a « que » 84 ans, il a encore le temps… Et d’ailleurs, s’il pouvait la recommencer, cette vie, il irait « nager dans plus de rivières », avec pour seul objectif « faire quelque chose de mieux que la fois précédente ». Qu’on se le dise !

En attendant, que nous propose son dernier opus ? Un joyeux fouillis (plus organisé cependant qu’il n’y paraît) où, à première vue, il semble ne parler que de lui, et il a choisi de le faire au cours d’une dizaine de chapitres disséminés dans l’ouvrage, qui commencent tous par J’emporterai et qui structurent l’ensemble. Car mine de rien, il a beau faire le malin, l’indestructible, l’insubmersible, il le sait bien, Labro, que l’échéance approche et qu’il est temps de se préoccuper des « bagages » qu’il emmènera dans l’au-delà. En tout cas, et ça il ne risque pas de l’oublier, il y aura la musique, la musique avant toute chose, toutes les sortes de musique et, d’ailleurs, il a déjà établi son best of, incontournable, qui occupe quatre pages et dont l’auteur nous avertit qu’il est loin d’être clos.

Ces chapitres très intimes alternent avec ceux où Labro parle des autres ou fait parler les autres, qu’il cite beaucoup – ce livre est un véritable florilège du genre – des autres célèbres ou parfois anonymes, que son métier de journaliste ou ses attirances personnelles lui ont permis de côtoyer, voire d’aimer, et quand ce type-là aime, il aime pour toujours (Quand j’aime une fois, j’aime pour toujours, chante son ami Souchon). Heureux sont ceux qui ont eu la chance d’être « portraiturés » par lui. Citons d’abord Johnny Hallyday, qu’on n’attendait pas là mais à qui tout un long chapitre débordant d’empathie est consacré, et pêle-mêle Picasso, Cocteau, Churchill, Mitterrand ou, plus près de nous, Gainsbourg, Luchini (magnifique hommage), Trintignant, Houellebecq et tant d’autres. « Chacun chante sa chanson, danse sa danse, chacun sa comédie, chacun son œuvre et son destin, chacun son histoire, parfois pleine de bruit et de fureur, mais elle n’est pas racontée par des idiots ». En effet. Parmi tous ses talents, Labro est aussi un maître-conteur.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Un site WordPress.com.

Retour en haut ↑