Les roses fauves

Carole Martinez, Les roses fauves, Gallimard, 2020

— Par François Lechat

Difficile d’évoquer ce livre déroutant, foisonnant, complexe — sans doute un peu trop.

La première trame, mais qui ne couvre pas tout le roman, est la plus simple. Selon une tradition andalouse, quand les femmes sentent la mort approcher, elles brodent un coussin en forme de cœur dans lequel elles enferment un tas de bouts de papier qui contiennent leurs états d’âme et leurs secrets. A charge pour leurs descendantes de ne jamais découdre le cœur et lire les papiers. Mais évidemment, c’est tentant… Et ces papiers que l’on finira par lire dévoileront des vies fortes en émotions, avec des femmes prises par le désir, frappées par les deuils et incapables d’aimer leurs filles. Car leur grande affaire, c’est le désir des hommes, qui s’accroît au contact de roses fauves qui prolifèrent dans les jardins de manière monstrueuse. A moins que ce soit le désir qui fait pousser les roses, je ne suis pas sûr d’avoir compris. Mais peu importe : sur un ton de légende, dans une langue superbe, pleine de trouvailles, Carole Martinez nous fait partager des destins fabuleux sur fond de pauvreté et de guerre civile. Sans aucun souci de réalisme, puisque ces femmes andalouses font toutes preuve du même talent d’écriture pour consigner leurs secrets sur leurs petits papiers.

Les autres trames sont de la même veine, situées cette fois en France, dont l’une développée aussi sur plusieurs générations, mêlant des pointes de fantastique à l’évocation de destins contrariés. Ce sont toujours l’amour, la mort et le désir qui dominent, et tout le monde parle et écrit avec le même style flamboyant. Les rêves s’entrelacent aux souvenirs, le présent au passé, l’imaginaire au réel : la construction est tellement sophistiquée qu’on s’y perd un peu, mais le plaisir est permanent si l’on admet que seule la littérature importe. Car il est rare de voir le désir féminin évoqué avec autant de tact et de puissance, sans jamais tomber dans la guimauve.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

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