Betty

Tiffany McDaniel, Betty, Gallmeister, 2020

— Par Marie-Hélène Moreau

La sortie dans la collection poche des éditions Gallmeister du roman de Tiffany McDaniel donne l’opportunité à tous ceux qui sont passés à côté de ce très beau livre lors de sa parution initiale en 2020 de le découvrir.

Betty, c’est l’histoire, inspirée de celle de la mère de l’auteure, d’une “petite indienne”, fille d’une mère blanche et d’un père cherokee dans l’Amérique des années 50 à 70. À travers ses yeux d’enfant puis d’adolescente se dévoile le racisme ordinaire dont elle et son père sont quotidiennement victimes et la relégation sociale qui en découle. Betty nous raconte la vie de cette drôle de famille entre ses nombreux frères et sœurs, une mère souvent distante et un père à qui elle ressemble tant. Au fur et à mesure surgiront un certain nombre de secrets familiaux, tragiques et étouffés.

Mais s’il y a du tragique, certes, dans cette histoire, il y a aussi et surtout beaucoup de poésie et c’est assurément ce qui fait la beauté puissante du roman. Le père Cherokee de Betty, dont la principale source de revenu est de vendre au voisinage ses tisanes et décoctions diverses, entretient en effet un lien fort avec la nature et les esprits qui l’habitent. Il initie sa fille à ce savoir et, à travers les histoires empreintes de culture indienne qu’il lui conte, l’aide à surmonter les chagrins et les drames qu’elle affronte. Entre un mensonge merveilleux et une vérité hideuse, que préfères-tu, lui demande-t-il ? On ne peut que choisir le mensonge merveilleux tant la poésie des histoires égrenées au fil de ces pages nous transporte dans un monde plus beau à défaut d’être vrai.

On pardonnera facilement à l’auteur quelques passages peut-être un peu trop explicatifs, notamment sur la condition des femmes et des filles dans la société extrêmement patriarcale de l’époque (passages par ailleurs édifiants…). De même, on lui pardonnera certaines phrases moins crédibles dans la bouche d’une enfant de neuf ans qu’elles ne le seraient sans doute dans celle d’une jeune fille, mais il est difficile de faire vieillir un personnage tout au long d’une histoire, à moins qu’il ne s’agisse là d’un biais de traduction. Il n’en demeure pas moins qu’on s’attache terriblement à cette famille Carpenter et on se laisse délicieusement bercer par la magique poésie de ce roman qui a récolté de nombreux prix à sa sortie.

Catégorie : Littérature anglophone (U.S.A.). Traduction : François Happe.

Lien : chez l’éditeur (coll. de poche).

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