Les Belles Promesses

Littérature française
Par Daniel Kunstler

Les Belles Promesses conclut la tétralogie des Années Glorieuses (*), à mon grand regret car j’ai avalé tout rond les quatre volumes de la saga de la famille Pelletier. La plume pointue de Pierre Lemaître flatte le lecteur par sa fluidité, sa cohésion, et son sens de l’humour et du rocambolesque. Bien que l’intrigue couvre une courte époque entre 1963 et 1964, Les belles promesses peint un vif portrait de toute la période des Trente Glorieuses.

La première moitié du 20ème siècle a été éprouvante pour la France: une population masculine décimée par la Première Guerre, l’instabilité de l’entre-deux-guerres, Vichy, l’Occupation, les règlements de comptes, et j’en passe. Les après-chocs de Dien Bien Phu et surtout de l’Algérie menaçaient de prolonger les déboires. En somme, il était grand temps que le pays connaisse un peu de répit. Arrivent les Trente Glorieuses et une croissance économique octroyant aux citoyens des conforts matériels dont ils ont grand soif : l’électroménager, l’automobile, les fringues bon marché. Mais cette médaille a son revers, et pas seulement comme les a évoqués en chanson Jean Ferrat, les HLM et le poulet aux hormones (écoutez « La Montagne »). L’exode rural, touchant soixante-quinze pourcent de la population agricole entre 1945 et 1975, laisse de pénibles traces dans sa foulée. Même la démocratie se heurte à une fonction publique hiérarchisée et opaque qui sert d’écran à toutes sortes de trafics d’influence au profit d’intérêts privés. En somme, les Années Glorieuses engendrent à la fois l’accès à un niveau de vie inespéré et l’aliénation.

Les Belles Promesses réunit les éléments contribuant à cette aliénation, incarnée par les membres de la famille Pelletier. Jean, privé d’amour propre – et d’amour tout court –  et dont les frustrations le conduisent à d’horribles violences et, exceptionnellement, à un acte d’héroïsme. Colette, sa fille brillante, rebelle et malheureuse ; elle a quatorze ans, donc en aura dix-huit en mai 1968.  Même Geneviève, mégère odieuse (et un peu caricaturale), et qui marcherait sur bien de cadavres pour aboutir à ses fins, échoue dans sa tentative de gravir les échelons sociaux malgré ses succès dans le commerce, ce qui la laisse dépourvue de raison d’être.

Soyons clairs: l’œuvre de Pierre Lemaître n’est pas didactique ; le récit est tout ce qu’il y de plus captivant. Néanmoins, Les Belles Promesses, tout en nous régalant, nous livre une critique historique acerbe et brutalement honnête. 

*

Pierre Lemaitre
Les Belles Promesses

Editions Calmann-Lévy
2026

(*) Le Grand Monde ; Le Silence et la Colère ; Un avenir radieux ; Les Belles Promesses.

Toutes nos critiques de Pierre Lemaitre : Au revoir là-haut ; Couleurs de l’incendie ; Miroir de nos peines ; Trois jours et une vie ; Le Grand Monde ; Le Silence et la Colère ; Un avenir radieux

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