Rue du monde

— Par Catherine Chahnazarian

Pour Pâques, je vous ai sélectionné Une cuisine tout en chocolat d’Alain Serres et Nathalie Novi, publié chez Rue du monde. Avec son catalogue de 500 livres, cette maison d’édition spécialisée dans la petite enfance a tout pour satisfaire la curiosité et la soif de connaissance des petits. Et comme ils ont parfois soif mais faim aussi et que c’est bientôt Pâques, je vous recommande le voyage dans le monde du chocolat et les recettes de ce livre alléchant.

Une cuisine tout en chocolat « vous attend chez votre libraire », comme dit l’éditeur, dont le site ne permet pas l’achat. Profitez-en pour parcourir le rayon — ou parcourez le catalogue en ligne. Vous trouverez d’autres livres de cuisine pour enfants, des livres de science (sur la nature, les animaux, l’espace, la médecine… avec, notamment, La vie secrète des virus), et aussi des livres sur les langues, l’alphabet, la poésie :

Les poèmes ont des oreilles — 60 poèmes à dire comme ci ou comme ça ;
Il pleut des poèmes — Anthologie de poèmes minuscules ;
Le tireur de langue — Anthologie de poèmes insolites, étonnants ou carrément drôles ;
Pff ! Ça sert à quoi la poésie ? — Réponses des poètes et autres petits secrets de fabrication ;
Poèmes pour crier dans la rue — Anthologie de poèmes pour rêver un autre monde
…

Et pleins d’autres choses encore.

Catégories : Extras — Saisons — Petite enfance.

Liens : le site de l’éditeur ; les nouveautés.

Expiration

Ted Chiang, Expiration, Denoël, 2020

— Par Catherine Chahnazarian

Ted Chiang n’est pas du genre à tirer à la ligne (une vingtaine de nouvelles en trente ans) et cela se sent. Voici des récits dans lesquels on entre avec surprise et on ressort avec admiration. Perfectionniste (comme son remarquable traducteur), l’auteur livre une œuvre puissante qui force le respect : neufs nouvelles ciselées au plus fin, concises et d’une richesse telle que, dès qu’un texte fait plus de vingt pages, on est convaincu d’avoir lu un roman. Peu importe donc si n’aimez pas trop les nouvelles ; peu importe aussi si vous n’aimez pas trop la science-fiction (moi non plus).

Très différents les uns des autres, ces récits ont en commun de questionner sur l’homme.

« Le marchand et la porte de l’alchimiste » est un conte oriental dont la couverture de cuir pourrait s’effriter entre vos doigts. Un marchand de tissu bagdadi fait une rencontre extraordinaire qui va lui permettre de vérifier que le passé et le futur ne font qu’un. Après des récits dans le récit, la nouvelle se termine sur une ouverture inattendue qui m’a fait sourire.

Dans « Expiration », un anatomiste se livre à une expérience scientifique extraordinaire. C’est tellement bien amené que, la surprise passée, on accepte que le personnage soit qui il est et on visualise la scène comme si on acceptait qu’elle fût possible. Passionnant.

Très courte, « Ce qu’on attend de nous » est une farce bien pensée qui vous prouvera en deux temps trois clignotements que le libre-arbitre n’existe pas ! Une excellente démonstration de ce que l’auteur expliquait dans une interview à France Culture : « Les idées philosophiques et scientifiques peuvent s’imbriquer et s’asseoir dans la fiction ».

« Le cycle de vie des objets logiciels » démarre sur une invention qu’en toute bonne foi une foule de gens se mettent à utiliser avec joie (les inventeurs et les utilisateurs ne sont-ils pas toujours des rêveurs de bonne foi ?). L’auteur nous fait entrer dans un monde virtuel dont les relations avec le monde réel vont se complexifier. « Jax ne veut pas contrôler un avatar à distance : il veut être l’avatar » (p. 167). Un développement narratif hors pair fascine alors le lecteur, pris au piège d’un engrenage effrayant. Pourtant, les personnages conservent cette bonne foi qui rappelle nombre d’entre nous… Une extraordinaire plongée dans un monde auquel on s’habitue en dépit de tout bon sens ; avec des personnages auxquels on finirait par croire ; à travers des situations qui n’en finissent pas de varier et de s’additionner. On se demande où l’auteur va s’arrêter ! Une intéressante réflexion sur l’éducation. Notamment.

Après cela, plus conforme à l’esprit de la nouvelle brève avec sa chute piquante, « La nurse automatique brevetée de Dacey » est une agréable récréation – sur l’éducation également.

Je n’ai évoqué ici que la première moitié du recueil — pour vous en donner un aperçu. Je vous laisse découvrir la suite sans plus rien vous dévoiler.

Catégorie : Nouvelles (U.S.A.). Traduction : Théophile Sersiron.

Liens : chez l’éditeur ; un très intéressant papier de L’Obs sur l’auteur ; une émission de France Culture qui lui est consacrée (ça commence à la minute 11’20 » du podcast).

Calcaire

Caroline De Mulder, Calcaire, Actes Sud, 2017

— Par Catherine Chahnazarian

Ce roman belge, francophone et flamand à la fois, très écrit, est exceptionnel. Imprégné d’une culture forte, vraie, terre-à-terre, il semble inspiré de faits divers : c’est dans une ambiance provinciale assez glauque qu’une femme disparaît et qu’un homme qui l’aime la recherche. Il enquête là où il faut, dans la fange, ce lieutenant qui n’est pas flic, assisté d’un savoureux personnage, Tchip, qui pour s’exprimer traduit littéralement en français les expressions flamandes qui lui viennent à l’esprit et que le narrateur donne alors dans les deux langues — sans en faire trop, sans oppresser le lecteur. Une langue à la belge, donc, pour le moins imagée. Voilà une culture qui s’assume, qui ne se lisse pas pour plaire à tout le monde ; un style original qui n’est pas là pour le m’as-tu-vu mais parce que c’est comme ça qu’on pense. Et les principaux personnages, sous la fêlure ou la misère, ont des ressources ou des qualités qui rendent le roman sensible, intéressant et mystérieux. Et étonnamment poétique dans un contexte moche, noir.

Comme un bourdonnement, le bavardage incessant de Tchip, des mots enroués par l’alcool et la fatigue qui se répandent sans tarir. Frank Doornen vacille, la voix lui vient de très loin et lui arrive à un endroit où il est très seul. Comme le bruit de la mer dans un coquillage. (p. 157)

Loin de n’être qu’un livre belge pour Belges, ce roman très contemporain traverse en outre des problèmes et préoccupations d’aujourd’hui : l’informatique et la vie privée, la question des déchets, l’extrême droite…

Après l’amie qui me l’a prêté avec cet air de très bien savoir pourquoi elle le faisait (merci Françoise !), à mon tour je vous invite à découvrir ce suspense, à suivre crises, inattendus et rebondissements — multiples, jusqu’à la toute fin de l’histoire. Découvrez l’univers puissant de cette auteure — toute jeune et fraîche, sans relation apparente avec les milieux durs dans lesquels ses personnages trébuchent.

Catégorie : Littérature francophone (Belgique).

Liens : chez l’éditeur.

L’Armée furieuse

Fred Vargas, L’Armée furieuse, Viviane Hamy, 2011 (disponible en J’ai Lu)

Par Catherine Chahnazarian.

Fred Vargas, plus je la lis, plus je l’aime. J’aime le commissaire Adamsberg, étrange et poétique ; j’aime ses acolytes : Danglard, l’encyclopédie, Retancourt, la déesse, Veyrenc, avec ses mèches rousses, Luìs, le voisin espagnol… Tous plus typés les uns que les autres. Leur personnalité et leur consistance restent intactes d’un roman à l’autre, prouesse qui suscite mon admiration. Aussi,  L’Armée furieuse est à la hauteur de la réputation que s’est faite l’auteur. Et rien que pour ça déjà, je lui tire mon chapeau.

L’Armée furieuse commence par un petit chapitre un peu décalé, un peu hors sujet, tout à fait délicieux. C’est le début de la journée d’Adamsberg, et ce qui se passe dans ces premières pages n’est pas le début de l’intrigue du livre. C’est juste comme un petit cadeau que l’auteure nous fait, une petite nouvelle qui nous replace en douceur dans le monde de Fred Vargas et dans l’univers mental d’Adamsberg. C’est juste étrange, beau et fin et ça m’a laissée tellement heureuse, sur le coup, que j’ai attendu quelques jours avant de lire la suite, d’entamer, en fait, le roman.

Fred Vargas impose au lecteur des personnages bruts, culturés voire stéréotypés, mais singuliers et nus. On aurait pu les ignorer et on se retrouve, en quelque sorte, à les fréquenter. Comme cette fratrie de surdoués fous, démolis par la violence du père, bizarres et attachants. Une fois que l’auteure nous les a mis sous les yeux, on les sait et on compose avec leur existence, avec leurs valeurs et leurs croyances. L’auteure nous rend, en quelque sorte, tolérants.

L’Armée furieuse est un livre à double intrigue. Le commissaire Adamsberg est pris par deux affaires à la fois et ce qui se passe dans son esprit est encore plus intéressant que d’habitude, son système de fonctionnement, sa relation aux autres. L’une des intrigues nous mène en Normandie et – purée ! – je me serais bien assise moi aussi sous ce pommier pour prendre le café du matin…

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : aux éd° J’ai Lu ; nos autres critiques de Fred Vargas dans le classement par auteur.

La magie de Vasarely

Claire Zucchelli-Romer, La magie de Vasarely, Palette, 2018

— Par Catherine Chahnazarian

J’ai feuilleté avec délices ce pop-up tout en sensations visuelles. On tourne les pages, on en soulève des morceaux colorés, lignés ou plein de ces formes cubiques qu’affectionne le peintre, et les tableaux de Vasarely apparaissent, dans un jeu de construction cartonné, à travers des effets de structure, de formes et de couleurs successifs. Comme il faut tantôt soulever à gauche, tantôt à droite, un rond, un carré, un triangle… on se dit que la conceptrice de ce livre est créative et s’est bien amusée ! Et puis qu’on essayerait bien la même chose avec d’autres peintres. Eh bien, pas de problème : il y a aussi Paul Klee, Kandinsky, Andy Warhol et quelques autres.

Une bonne manière de découvrir ou faire découvrir de grands peintres et leurs conceptions de l’art.

À partir de 3, 4 ou 6 ans selon les ouvrages — 6 ans pour ce Vasarely.

Catégorie : Extras – Petite enfance.

Liens : La magie de Vasarely chez l’éditeur ; la collection de livres animés.

Impact

Olivier Norek, Impact, Michel Lafon, 2020

— Par Catherine Chahnazarian

J’avais tellement aimé Entre deux mondes que j’attendais avec impatience un nouvel opus de cet auteur doué et courageux. Impact, malheureusement, me laisse perplexe. Le combat écologique, thème du récit, est évidemment difficile à critiquer : le réchauffement climatique est une catastrophe, le nier est une folie, il y a urgence et la plupart des humains font l’autruche ou ne parviennent pas à changer de modèle de comportement. Mais, pour moi, un roman doit être un roman, il ne peut pas être composé d’une suite de réquisitoires et de plaidoyers, ni d’explications qui remplacent l’action. J’ai toujours trouvé illisibles les romans qui expliquent au lieu de raconter et qui ne savent pas faire confiance à l’intelligence du lecteur. De plus, après un excellent début, je ne me suis finalement attachée à aucun personnage, je n’ai cru ni à l’un ni aux autres. Sans doute parce que l’intrigue est régulièrement interrompue par des tableaux, forts, justes et très bien écrits, mais qui font que je me suis demandé à quoi j’avais affaire. Je ne pense pas qu’il faille nécessairement respecter règles et traditions mais qu’il faut éviter les brouillages contre-productifs. Romanesquement, on est donc, à mon sens, en-deçà de ce qu’Olivier Norek avait produit jusqu’ici. Une fois de plus, je me dis que l’éditeur a été trop pressé de vendre et l’auteur trop pressé d’en finir. Norek aurait pu nous toucher, nous faire peur, nous culpabiliser avec une bonne histoire moins ambitieuse et moins explicite. Ç’aurait été un meilleur roman, et surtout un meilleur message (lisez ses premiers livres, et puis surtout Entre deux mondes, preuve de ce qui aurait pu se passer avec Impact). Cela dit, Olivier Norek est un connaisseur lucide d’une société que nous avons l’habitude de ne pas regarder de trop près, pas sous toutes les coutures, pas trop là où ça pique aux yeux. Je reste admirative et pleine de respect.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : Impact chez l’éditeur ; nos autres critiques de Norek à la lettre N du classement par auteur.

Trois petits tours et puis reviennent

Kate Atkinson, Trois petits tours et puis reviennent, Jean-Claude Lattès, 2020

— Par Catherine Chahnazarian

Des filles se font piéger sur internet et viennent alimenter un réseau de prostitution dans le Yorkshire : c’est ce que nous apprend le tout début du roman. Kate Atkinson nous invite alors dans la tête de toute une série de personnages. Bien sûr, l’action va se densifier, et ce que le lecteur sait des personnages – qui paraissait banal, relever du quotidien ou être sans conséquence – donnera aux événements leur dimension dramatique. Cela et le fait qu’enquêteurs, victimes, coupables et innocents sont traités de la même façon par l’auteure, petit geste par petit geste, pensée par pensée. Cette manière de croquer les êtres et de faire avancer l’action ne facilite pas la tâche du lecteur qui s’attendrait à trembler pour les victimes, supporter les bons, fustiger les méchants. Kate Atkinson montre ainsi à quel point certains types de banditisme imprègnent la société, pourraient nous être visibles si nous regardions mieux ; et elle place le lecteur face à son éthique.

Je reste admirative du talent de cette auteure, qui est toute en finesse, savante sans arrogance, d’un humour délicat (notamment quand elle fait parler la conscience de ses personnages ou les personnages qui hantent leur conscience), habile à entremêler des intrigues et à distribuer entre plusieurs mains les fils à tirer pour les démêler. Ici, cependant, le travail n’est pas tout à fait abouti (Mon dieu, c’est moi qui dis ça d’un Kate Atkinson ? m’exclamerais-je si je voulais l’imiter). Il semble qu’il y manque une couche qui aurait permis de mieux résoudre une affaire passée, d’éviter une fausse piste surfaite et des explications faciles. Cette critique étant faite, Trois petits tours et puis reviennent est à lire pour le voyage dans des paysages rudes et une ambiance morose, pour rencontrer Brodie, Crystal et Harry, et parce que nombre de relations bien pensées, de mystères et d’inattendus forment un récit attachant, inquiétant et intriguant qui reste d’un haut niveau.

Catégorie : Littérature anglophone (Grande-Bretagne). Traduction : Sophie Aslanides.

Liens : chez l’éditeur. Nos autres critiques de Kate Atkinson sont accessibles depuis le classement alphabétique par auteur.

Noël 2020 – Cherchez l’erreur

— Par Catherine Chahnazarian

Est-ce que vous connaissez ShortEdition, « l’éditeur propulseur de littérature courte »? Nouvelles — BD courtes — Poèmes — Très très court — Classique — Jeunesse, telles sont les étiquettes qu’il vous suffit de cliquer pour découvrir l’inventivité des Français. (Vous pouvez aussi soumettre une oeuvre, si ça vous dit…)

Pour ce Noël, je vous ai sélectionné ce strip de DamienTb, genre « Cherchez l’erreur » :

https://short-edition.com/fr/oeuvre/strips/manon

Noël 2020 : le Noël des tout-petits

— Par Catherine Chahnazarian

Comme l’année a été difficile et que ce Noël est exceptionnel, voici encore une idée-cadeau de livre solidaire.

Cherche et trouve est un livre que propose l’Unicef pour les tout-petits : à travers neuf planches magnifiquement illustrées par Marie Morey, l’enfant découvre les quatre saisons et développe sa concentration en retrouvant sept éléments bien cachés… À faire et à refaire, seul ou avec ses parents ! À partir de 2 ans.

L’Unicef garantit que toutes les commandes reçues avant le 18 seront livrées avant le 24 !

13 à table ! (hiver 2020-2021)

Les Restos du Coeur, 13 à table !, Pocket, 2020

— Par Catherine Chahnazarian

Oui, cette année encore, des auteurs et artisans de l’édition se sont mobilisés pour offrir un recueil de nouvelles aux Restos du Coeur. Ils sont 15 (Tonino Benaquista, Philippe Besson, Françoise Bourdin, Maxime Chattam, Jean-Paul Dubois, François d’Epenoux, Eric Giacometti et Jacques Ravenne, Alexandra Lapierre, Agnès Martin-Lugand, Véronique Ovaldé, Romain Puértolas, Olivia Ruiz, Leïla Slimani et Franck Thilliez) pour 14 courtes nouvelles rassemblées en 1 recueil en vente à 5 euros qui s’intitule 13 à table et équivaut à 4 repas.

Chaque année ça m’amuse, ces chiffres disparates, comme d’un éditeur qui ne saurait pas compter. Mais le calcul est simple : une fois cinq, quatre ; deux fois cinq, huit ; trois fois cinq, douze… Lisez 13 à table (à défaut de l’être) et offrez-le à un ami qui en a marre des gadgets électroniques, à une vieille tante qui a besoin de distraction, à votre neveu qui n’aime pas lire et que la brièveté des textes décidera peut-être, à cette voisine qui a bien de la patience avec vous vu comment vous mettez la musique trop fort dans votre appartement, au Père Noël lui-même ! Une fois cinq, quatre ; deux fois cinq, huit ; trois fois cinq, douze…

Cette année, le thème est « Premier amour ». Il y a… Une belle vie avec Charlie, de Jean-Paul Dubois, très touchante nouvelle : quelle belle écriture et quel remarquable appel au vécu ! 1973, 7e B, de François d’Epenoux : une plongée dans l’école de l’époque et les émois d’un enfant de dix ans – quelle belle écriture également ! Un train d’avance, de Franck Thilliez, un texte prenant comme on peut s’y attendre d’un aussi bon auteur de thriller : un étrange voyage Paris-Dieppe… Celle d’Olivia Ruiz a le mérite, si je puis dire, d’aller tout au fond de son sujet (et du gouffre), toutes ont des qualités, il y en a pour tous les goûts.

Catégorie : Nouvelles.

Liens : chez l’éditeur ; Les Restos du Coeur ; tous nos articles sur cette publication annuelle sont disponibles à la rubrique « Restos du coeur« .

Deux nouvelles

Par Catherine Chahnazarian.

Récemment, deux courtes oeuvres publiées sur Nouvelle Donne (qui promeut la nouvelle littéraire – à ne pas confondre avec l’association politique homonyme) m’ont procuré grand plaisir :

Hervé Gasser, « On voit s’obstiner, chez le poète vieilli, une volonté d’éblouir », Nouvelle Donne 2020

Un texte un peu farceur, superbement écrit. En quelque sorte, sur l’art de transmettre une bibliothèque à ses héritiers ! Une affaire peut-être pas très originale, mais si bien menée qu’on passe un excellent moment de plaisir.

Liens : la nouvelle en PDF ou sur le site de Nouvelle Donne.

Jean-Yves Robichon, « Comme à Ostende », Nouvelle Donne, 2020

Poignante. Une nouvelle en forme de journal, écrit par un adolescent à qui sa mère manque. En quelques phrases, l’auteur plante une atmosphère, suggère des caractères, exprime un malaise. Quel bon texte !

Liens : la nouvelle en PDF ou sur le site de Nouvelle Donne.

Empire

Alberto Angela, Empire, Payot et Rivages, 2016

Par Pierre et Catherine Chahnazarian.

— Je lis Empire, s’exclame Pierre, l’histoire du sesterce. Vulgarisation un peu didactique et moralisante, mais c’est passionnant, on apprend beaucoup et c’est amusant !

L’idée de départ est toute simple : on suit un sesterce qui passe de main en main, voyageant ainsi à travers tout l’empire romain, alors sous le règne de Trajan (l’empereur préféré d’Alberto Angela). C’est l’occasion de rencontrer des personnages représentatifs de ce qu’a pu être cet immense État – différentes nationalités, différents types sociaux, différentes occupations, différents modes de vie – où tout le monde parlait le latin et où la même monnaie était en vigueur. Ce « docu-fiction », comme le définit l’auteur lui-même, repose sur des savoirs historiques au point que la plupart des dialogues tenus par les personnages sont issus de textes latins parvenus jusqu’à nous.

Le découpage est géographique et une table, en fin d’ouvrage, reprend, ville par ville, le détail des chapitres – aussi variés que « Envoie-moi deux caleçons », « Parier au Circus Maximus », « Comment faire sauter une montagne sans dynamite » ou « Des villes dangereuses ? »

Catégorie : Essais, Histoire…

Liens : chez l’éditeur ; notre critique d’Une journée dans la Rome antique, du même auteur.

Une journée dans la Rome antique

Alberto Angela, Une journée dans la Rome antique, Payot, 2020

Par Catherine Chahnazarian.

Étonnante conception que celle de ce livre. L’auteur vous invite à visiter Rome en 115 après Jésus-Christ, sous le règne de l’Empereur Trajan. Vous vous levez à l’aube pour rencontrer votre guide et vous partez avec lui pour la journée !  Et comme ce guide est un archéologue italien auteur de nombreux documentaires historiques pour la télévision, vous entrez dans une sorte de script : vous êtes à la fois acteur et spectateur d’un documentaire – qui se déroule dans votre tête, parce qu’Alberto Angela sait que vous avez mémorisé des représentations diverses et s’appuie dessus, parfois pour les démonter, souvent pour les compléter. Selon votre culture romaine, vous apprendrez donc plus ou moins de choses – au cours de moments très intégrés à votre balade (vous arrivez devant un temple, l’autel est à l’extérieur, sur la place, et ça sent encore l’encens car un office vient de se terminer) ou plus proches du cours d’histoire, comme quand votre guide touristique s’arrête pour vous donner une explication. C’est un peu déroutant mais ça fonctionne bien et ça permet à l’auteur, au fil de cette journée balisée par un horaire précis, d’organiser ses chapitres selon des thèmes variés : Que mangent les Romains au petit-déjeuner ?  Que vaut un sesterce ? Comment faire quand on a une envie pressante en rue ? Etc.

L’ensemble ne se lit donc ni comme un roman, puisqu’il n’y a aucune intrigue, ni comme un livre d’histoire classique. C’est vraiment un documentaire, qui s’adresse à tous et vous permet d’observer la vie quotidienne des Romains du IIe siècle, riches et pauvres.

Quelques pages étant consacrées à la sexualité des Romains, je dirais que le livre peut être lu à partir de 15 ans – les parents décideront.

Catégorie : Essais, histoire…

Liens : chez l’éditeur.

Le Destin brisé d’un village français

Pierre Bussière, Le Destin brisé d’un village français, TDO Éditions, 2016 (existe en Pocket)

Par Catherine Chahnazarian.

Ce bon roman aux parfums de terroir vous transporte près de Gap, dans les Hautes Alpes, entre 1888 et 1896. Chaudun est un petit village entouré de bois, de pâtures et des petits champs que les Chauduniers travaillent courageusement pour gagner tout juste de quoi vivre. Pendant les longs mois d’hiver, le village est inaccessible, donc isolé. Certains rêvent d’une vie meilleure… Et on leur en promet une en Algérie, au Canada ou aux États-Unis d’Amérique.

Ce roman historique raconte l’énorme sursaut d’orgueil d’un maire qui refuse la perspective que ses administrés désertent la terre de leurs ancêtres, celle qui nourrit leurs familles depuis toujours. C’est tellement bien mené qu’on a l’impression de faire partie des villageois et de devoir choisir de partir ou rester. Le vocabulaire précis et les expressions de patois du pays (savoureuses, traduites en bas de page) contribuent à vous plonger dans ce monde vrai, cette vie pauvre, cette société d’entraide (même si c’est par nécessité), bien sûr très patriarcale.

Pierre Bussière orchestre très bien sa description de la vie à Chaudun à la fin du XIXe siècle, les rythmes imposés par les saisons à l’agriculture et à l’élevage, et l’intrigue historique, humaine, qui vous plonge dans le tragique. Il subsiste, hélas, des erreurs dans le texte qui nous est proposé, certaines grossières. Il manque la dernière relecture d’un éditeur avisé ! Mais cela vaut vraiment la peine de passer outre car l’argument est excellent, la documentation indiscutable, l’écriture de qualité, et un réel suspense se développe.

À lire pour l’expérience de vie, pour l’ambiance, pour l’orgueil, pour l’espoir, et pour réfléchir à la tension entre développement et nature, mondialisation et écologie.

Catégorie : Littérature française.

Liens : Lisez.com.

La commode aux tiroirs de couleurs

Olivia Ruiz, La commode aux tiroirs de couleurs, J.-C. Lattès, 2020

Par Catherine Chahnazarian.

Dans les tiroirs de la commode de son Abuela – sa grand-mère –, enfouis parmi le fatras divers, une jeune femme trouve les objets qui constituent le legs, surtout symbolique, qui lui est fait, à commencer par cette longue lettre dans laquelle son Abuela lui raconte sa vie en neuf chapitres poignants. Victime du franquisme, de l’exil et de ses fantômes, ce caractère fort, en quête de racines et de liberté, aura connu la colère et l’amour, la souffrance et la volonté de continuer.

Ce merveilleux récit est conçu et écrit avec finesse et sensibilité. Il est fluide comme s’il coulait directement vers nous de la bouche de cette femme, une nuit, la nuit de la révélation.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

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