Du théâtre pour la rentrée : Foi amour espérance

Odon von Horváth, Foi amour espérance, éd° de l’Arche, 2014

— Par Jacques Dupont

Au lever du rideau, Élisabeth tente de vendre son corps à l’institut d’anatomie de Munich. Les 150 marks qu’elle demande à titre d’arrhes sur sa propre disparation, il les lui faut au plus vite : une amende lui a été infligée pour non présentation de sa carte de VRP, alors qu’elle vendait en rue des gaines et des soutiens-gorges. Il lui faut ou payer l’amende, ou purger une peine de prison – qui lui interdirait à jamais d’exercer et ferait d’elle une paria. L’institut d’anatomie, bien sûr, décline la proposition d’Élisabeth, mais son préposé – sensible au mensonge d’Élisabeth (que je vous laisse la joie de découvrir) lui avance à titre personnel cette somme, et comprend peu après qu’il a été dupé. Prise la main dans le sac, Élisabeth se lance alors dans une course effrénée pour trouver des solutions… Toutes les portes s’entrouvrent, mais un vent mauvais les lui reclaque au nez. La foi, l’espérance qui ont accompagné Élisabeth tout au long du récit cèdent finalement le pas au désespoir.

« Un petit délit entraîne une jeune femme courageuse et pleine de foi dans une série de mésaventures qui la jetteront dans le désespoir ». Raconté ainsi, on pense à un mélo misérabiliste, à une chanson « réaliste » de l’entre-deux-guerres. Et de fait, l’histoire d’Élisabeth s’inspire d’une histoire vraie, qui a été rapportée à von Horváth par Lukas Kritl, chroniqueur judiciaire munichois. La pièce s’appelait originairement « Une petite danse de la mort », et s’inscrivait dans un projet plus vaste : instruire le procès de la justice allemande en l’envisageant par le petit bout de la lorgnette.

Or ce drame est traité comme une comédie. Car, dit l’auteur, « la comédie est capable de montrer la bestialité à l’état pur dans sa nudité. La destinée qu’on vit individuellement est toujours de la comédie, même quand elle chausse les cothurnes de la tragédie. »

À part Élisabeth, les personnages de Foi amour espérance ne parlent pas, ils jacassent. À la manière de visages d’Otto Dix et des expressionnistes allemands, qui grimacent, en se donnant l’air de sourire.

« Ça va encore empirer, mais je ne lâche pas pied » serait en quelque sorte le leitmotiv de la pièce, une idée très … austro-hongroise.

Il faudrait ne pas oublier que von Horváth est, à l’instar de Musil ou de Kafka, un pur produit de la crépusculaire Mittel Europa :  né hongrois, d’ascendance croate, dans l’aile italophone de l’Empire, et d’expression allemande. On ne peut, avec un tel pedigree, imaginer d’auteur engagé.  Au contraire de ceux de Brecht, dont il est le contemporain, les personnages de von Horváth n’ont aucune conscience politique. Il s’agit chez lui de montrer, et de montrer de face, de profil, d’en haut et d’en bas, de montrer l’humain sous toutes ses coutures, de faire en sorte que les spectateurs s’y reconnaissent eux-mêmes.

Catégorie : Théâtre. Traduction de l’allemand : Hélène Mauler et René Zahnd.

Liens : chez l’éditeur ; éditeur qui propose plusieurs pièces de von Horváth en volumes séparés ainsi que six compilations sous le titre « Théâtre complet ».

Une deux trois

Dror Mishani, Une deux trois, Gallimard, 2020 (disponible en Folio policier)

— Une brève de Jacques Dupont

Une femme, piégée. Et puis une autre – tout la distingue de la première. Et voilà Ella. Y succombera-t-elle ?  Déjouera-t-elle le piège ? Dror Mishani dresse trois portraits saisissants, et signe un thriller sobre, mesuré, glacial – dont le dénouement m’a ravi. 

Catégorie : Policiers et thrillers (Israël). Traduction : Laurence Sendrowicz.

Liens : chez l’éditeur.

Cabines

Gilles Vincent, Cabines, Les cahiers de Parole, 2021

— Une brève de Jacques Dupont

« Un homme se trouve enfermé dans une cabine téléphonique. » Je n’en dirai rien de plus, sinon que « ça » fait 32 pages, coûte 4 euros et les vaut largement.

Je vous recommande donc de vous rendre sur le site des éditions Parole, où la démarche de l’éditeur est explicitée : publier des textes courts, d’auteurs confirmés ou pas, voire jamais publiés, un seul texte par cahier… De quoi oser lire, sans risque excessif, un auteur ou un genre hors de ses habitudes de lecture.

La démarche m’est éminemment sympathique, raison de ce court partage.

Catégorie : Nouvelles et textes courts.

Liens : chez l’éditeur.

Pipes de terre et pipes de porcelaine

Madeleine Lamouille, Pipes de terre et pipes de porcelaine : Souvenirs d’une femme de chambre en Suisse romande, 1920-1940, Ed. Zoé, 2021

— Par Jacques Dupont

Les pipes de porcelaine sont les maîtres. Les pipes de terre sont les bonnes, les cuisinières, les femmes de chambre. Madeleine Lamouille est une pipe de terre. Elle a confié ses souvenirs à Luc Weibel, descendant de la famille W., de Genève, chez qui elle a servi entre 1931 et 1937. Son récit a le charme du sépia, et on se laisserait aller à une pointe de mélancolie pour ces temps révolus. Or il faut s’en préserver. Car c’est la colère de Madeleine qui porte le livre jusqu’à nous. Elle a pu échapper à l’extrême pauvreté de son enfance, quitter une manufacture-internat de bonnes sœurs pourvoyeuses de main-d’œuvre à l’industrie textile, et se trouve femme de chambre auprès de riches familles suisses.  Ses conditions d’existence sont proches de l’esclavage, une servitude ronronnante, instituée. Sans les colères de Madeleine, instants de rage qui ponctuent ses souvenirs, on ne se rendrait guère compte de la situation endurée. Car il n’y a pas de violence, les maîtres se montrent cléments, et parfois généreux. Le travail est certes dur, et les horaires extensibles, mais quoi ? N’est-ce pas le travail en soi, l’époque, la ségrégation sociale en soi ? Madeleine analyse plus loin : elle décèle, au-delà de l’absence de méchanceté des maîtres, combien ceux-ci ne considéraient pas les « gens de maison » comme leurs semblables, tout simplement. Ce péché capital est bien sûr soutenu par le clergé, catholique comme protestant.

Un livre — une leçon d’humanité — à lire. Il est écrit dans une langue alerte, musclée et charnelle. Il se clôt sur une postface de Luc Weibel, petit-fils des employeurs de Madeleine, postface qui éclaire les souvenirs, et qui m’a permis de mieux les comprendre.

1ère édition : 1978, aux éditions Zoé (Genève). Préface de Michelle Perrot.

Catégorie : Littérature francophone (Suisse) ; Redécouvertes.

Liens : chez l’éditeur.

Aubervilliers

Léon Bonneff, Aubervilliers, L’arbre vengeur (« L’arbuste véhément »), 2018

— Par Jacques Dupont

LE classique de la littérature prolétarienne, œuvre posthume de Léon Bonneff qui, avec son frère Maurice, signa au début du XXème siècle les enquêtes les plus percutantes sur le monde ouvrier : « Les métiers qui tuent » (1905), « La vie tragique des travailleurs » (1908), ou encore « Les marchands de folie » sur les cabarets et l’alcool.

Aubervilliers est une ville de la proche banlieue parisienne. Elle nourrit la capitale (son maraîchage est renommé) et accueille une variété d’usines : engrais, boyaux, phosphates, feux d’artifice. Plus de soixante-dix nationalités de prolétaires y cohabitent. En 1900, on y vit dans des conditions épouvantables, on y exerce les métiers les plus dangereux et les plus répugnants.

Léon Bonneff nous raconte tout cela, avec précision, dans le détail … Il n’omet rien : ni les plus petits métiers et les plus répugnants métiers, ni les maraîchers qui ne dorment jamais, ni les faits du quotidien. Car s’il y a le travail, il y a aussi la vie, les émotions, les disputes, les enfants, les vieux, les amours.

Le livre est vif, il saisit le lecteur avec force, le sujet est noir, mais traité sans amertume, et avec l’espoir que porte le syndicalisme alors récent. C’est une fresque vivante de la chaleureuse et si humaine banlieue nord, qu’on appellera plus tard le 9.3.

Catégorie : Essais, Histoire – Redécouvertes.

Liens : chez l’éditeur ; et cet article du Parisien, pour l’histoire de ce roman et de sa publication.

La Traversée

Patrick de Saint-Exupéry, La Traversée, Les Arènes, 2021

— Par Jacques Dupont

Le rapport Duclert – il est sorti en mars 2021 – fait parler de lui. Il pointe, après deux ans de recherches, effectuées à la demande du président Macron, la responsabilité de la France dans le génocide rwandais de 1994.

Par volonté de ne pas déplaire au chef de l’État, pour des motivations idéologiques, par une lecture politique post-coloniale … l’entourage du président a suivi et encouragé Mitterrand dans son soutien quasi « inconditionnel » au régime « raciste, corrompu et violent » du président Habyarimana. Le rapport ne retient pas la complicité de génocide, mais la responsabilité française est qualifiée de « lourde et accablante » : la France n’a – c’est un euphémisme – rien fait pour empêcher ce génocide.

Je n’étais, jusqu’à la lecture ce livre, pas parvenu à bien comprendre la guerre du Rwanda, confondant la volonté meurtrière des Hutus et celle des Tutsis. Les premiers – 80 % de la population rwandaise – avaient tué les seconds, et ensuite : vice versa ? Car les Tutsis avaient sous la conduite de Paul Kagame reconquis le Rwanda. L’état-major génocidaire hutu avait alors pris la fuite et trouvé refuge au Congo voisin. Les Tutsis les y ont-ils poursuivis ? Des centaines de milliers de Hutus ont-ils été assassinés dans la jungle ? Y a-t-il eu un « génocide en retour », comme le répètent depuis 25 ans les autorités françaises ?

C’est ce que Patrick de Saint-Exupéry est parti vérifier. Après un court séjour à Kigali, il va d’étape en étape traverser l’immense Congo sur les pas des réfugiés hutus. Un voyage infini, en moto, en camion, en barge sur le fleuve-océan, en antédiluvienne loco à travers la jungle. Il rencontrera des hommes et des femmes dans les lieux les plus improbables. Ils raconteront le périple des fuyards rwandais, de leurs alliés mobutistes, et du … cercueil du président Habyarimana. On se souvient que son assassinat avait sonné le déclenchement du génocide.

Au fil des rencontres et des étapes, les témoins parlent et la vérité émerge.

Le livre de Patrick de Saint-Exupéry remet plus qu’à propos les pendules à l’heure. C’est par ailleurs une enquête très documentée, écrite dans un style vif et alerte.

Catégorie : Essais, Histoire…

Liens : chez l’éditeur ; interview de l’auteur sur Arte (28′).

Les Téméraires

Bart Van Loo, Les Téméraires, Flammarion, 2020

Par Jacques Dupont.

Sous-titré « Quand la Bourgogne défiait l’Europe », les « Téméraires » est une formidable leçon d’histoire. On y suit les tribulations des Burgondes depuis leur île danoise de Borgholm, jusqu’à leur implantation à Dijon, quelques siècles plus tard. C’est à partir de là, du XIVième siècle, que l’histoire commence à concerner de plus près les habitants du Nord de la France, de la Belgique, des Pays-Bas. D’alliances en ruptures et en réconciliations, par la guerre ou par l’héritage, Philippe Le Hardi, Jean Sans Peur, Philippe Le Bon et Charles le Téméraire vont agrandir leurs possessions, dans les Flandres et le Brabant, et ne plus cesser de s’étendre, au point que Charles le Téméraire allait de Mâcon à Luxembourg et à Amsterdam en demeurant en territoire Bourguignon.

En face, la France et l’Angleterre étaient en lutte (c’est la Guerre de Cent Ans) et le Saint Empire Germanique en embuscade. On connaît la fin : l’orgueilleux Charles le Téméraire est tué à Nancy en 1476. Louis XI met aussitôt la main sur Dijon, et c’en est fini du duché.

Fini ? Pas si sûr : sa fille, Marie de Bourgogne, épouse à Bruxelles Maximilien d’Autriche. Ils y verront naître leur petit-fils, Charles Quint. Un Habsbourg, certes, mais dont l’auteur nous montre comment il fut le dernier des Bourguignons.

Les portraits des ducs sont détaillés et saisissants, et cette histoire se lit comme un roman. On se sent comprendre une époque a priori confuse pour nous qui raisonnons sur le modèle des États Nations, et qui avons été nourris des légendes écrites pour nous y faire adhérer. Dans « les Téméraires », nous découvrons au contraire l’hétérogénéité des territoires, leur incroyable urbanisation, les relations entre les villes de Bruges, Gand, Lille et le pouvoir, qui tantôt cède des droits ou punit avec une violence inouïe. Nous voyons mieux aussi les relations d’amour, de haine et de pouvoir entre les cours de Bourgogne et de France, combien celles-ci sont étroitement mêlées avec la couronne d’Angleterre.  Il s’en est fallu de peu, à plusieurs reprises, pour que la France cesse d’exister.

Enfin, la cour de Bourgogne étonnait par son faste. On voit, dans leurs ateliers les « primitifs flamands » : Van Eyck, de la Pasture, Memling dont les œuvres illustrent ce livre magnifique, que j’ai lu d’une traite.

Catégorie : Essais, Histoire… (Belgique néerlandophone). Traduction : Daniel Cunin, Isabelle Rosselin.

Liens : chez l’éditeur.

Un Raskolnikoff

Emmanuel Bove, Un Raskolnikoff, L’Arbre vengeur, 2019

Auteur de la première moitié du XXe siècle, Emmanuel Bove est réédité et redécouvert avec un succès croissant.

Par Jacques Dupont.

Le très court roman d’Emmanuel Bove est une variation sur Crime et Châtiment. Raskolnikoff se nomme ici Changarnier et est un jeune Parisien.

Le crime : y en a-t-il eu un ? L’a-t-il commis ? Ni oui, ni non. L’hypothèse est suspendue, tombe, rebondit, et lourdement retombe. Des crimes ont certes été perpétrés : l’un par un étrange petit homme qui lui a emboîté le pas, l’autre par un inconnu. Mais est-ce si sûr ? N’ont-ils pas plutôt été commis par Changarnier lui-même ? Changarnier, qui les endosse et tout à la fois les rejette. Le voilà tantôt prêt à payer pour une faute qu’il n’a peut-être pas commise, tantôt proclamant son innocence avec la plus grande énergie. Est-il fou ? Aux yeux de sa compagne de dérive, assurément. Violette, héroïque et lamentable, le suit tout au long de son errance, et essuie les fluctuations de son délire.

Changarnier n’est ancré dans rien. Il n’a pas de sol où poser les pieds, il n’est pas dans l’existence commune. Il erre à la recherche d’un tiers manquant, qui prononcerait son innocence ou sa faute, lui assurerait une place sur la terre des hommes. Il le cherche, cet autre, il le convoque, il le provoque. Mais rien, personne ne viendra. Un commissaire de police – qui un temps le soupçonne – lui dira de simplement continuer son chemin.

Très dérangeant.

Catégorie : Redécouvertes.

Liens : le roman chez l’éditeur, ainsi que la biographie d’Emmanuel Bove ; et un bon article de CAIRN sur Bove et un autre de ses livres, Mes Amis.

L’abattoir de verre

J. M. Coetzee, L’abattoir de verre, Seuil, 2018 (disponible en Points)

Par Jacques Dupont.

Sept nouvelles, classées de façon chronologique, sept variations où s’éclaire Elizabeth Costello, double littéraire de J.M. Coetzee. Plus qu’une suite de nouvelles, c’est un récit.

Un chien, un molosse, enclos dans un jardin. Il hurle. Ses yeux luisent d’une haine aveugle et totale. Il la tuerait, il la déchiquèterait. Elizabeth Costello quotidiennement s’expose à sa rage meurtrière. Elle tente l’intercession de ses propriétaires. Accepteraient-ils d’accoutumer leur chien à son existence, de l’éduquer à la voir passer à vélo devant la grille ? Non. Ils n’acceptent pas. Elle est l’intruse, dans un monde qui est le leur, irrémédiablement clos. Il lui restera à fixer le chien droit dans les yeux et à le vouer au diable et au feu de l’enfer.

Le livre s’ouvre ainsi sur la brutalité, le rejet. Quelques fils, présents dès la première nouvelle s’entrelaceront : le rapport aux animaux, l’âge qui vient. On verra Elizabeth Costello faire face à des enfants aimants, les navrer par son intransigeance et les contrôler. Le pouvoir m’apparaît comme un thème majeur, le fil rouge du recueil.

On s’émouvra pourtant de la relation acharnée d’Elizabeth à la vérité, de sa délicatesse et de son attention. Le livre – c’est-à-dire la vie d’Elizabeth Costello – se ferme sur ce qu’il y aurait à transmettre, au soir de la vie : un témoignage, loin de toute empathie, d’existences fragiles et éphémères qui auront, à notre insu, eu toute notre attention. Des existences dont nous sommes les seuls à nous souvenir, et dont nous passons la charge à nos successeurs.

Catégorie : Littérature anglophone (Australie). Traduction : Georges Lory.

Liens : chez l’éditeur.

Cocaïne

Walter Rheiner, Cocaïne, Rivages Poche, 2020

Par Jacques Dupont.

Tobias se lève au milieu de l’après-midi et tandis que le soir s’en vient, il sort, déambule, tournicote dans Berlin, cherchant à tromper sa dépendance. Peine perdue, ses pas comme chaque nuit le ramènent au guichet de la pharmacie. Une fiole de cocaïne lui est remise avec grand mépris.

Trois prestes injections plus tard, on le retrouve « libre et léger, espiègle, pareil à un jeune dieu ». Mais le poison exige son dû, qui n’est autre que Tobias lui-même. Les prises se succèdent, les piqûres s’infectent, ses vêtements puants regorgent de sang, il suinte des bras, des jambes. Sa vision, son entente défigurent le monde, désormais hanté de voyeurs qui l’épient et le poursuivent de leur malveillance. Une jeune femme pourtant l’accueillera, au plus fort de sa « psychose cocaïnique ».

Elle ne sauvera pas Tobias de son destin, ni elle qui l’aime profondément, ni Dieu, « le front impitoyablement noir… [plaqué] contre les grandes fenêtres de l’atelier… roide, impavide, immobile ». Dieu ici est impuissant, et « le désert croît » (Nietzsche).

Cette nouvelle – une complainte – s’entend telle une chanson parlée, sur une musique de Kurtz Weill. Elle inaugure et condense les thèmes expressionnistes. Sous le joug du destin la voix y confine au cri, la gestuelle est mécanique, sanglée et désarticulée, Berlin tentaculaire et ténébreuse, la drogue est l’égérie de la perdition.

Tobias reflète Walter Rheiner, cocaïnomane avéré. Cocaïne est le récit lucide et prémonitoire de la mort de son auteur.

La préface de Cécile Guilbert éclaire le texte, l’époque, et comporte de très instructives remarques sur la littérature « cocaïnique » – de Jekyll à Sherlock Holmes, de Robert Desnos à Philippe Soupault.

« La mort des pauvres », poème de Charles Baudelaire complète avec justesse l’édition en 2020 de ce texte de… 1918.

Catégorie : Nouvelles (Allemagne). Traduction : Pierre Deshusses.

Liens : Chez l’éditeur.

Ci-contre : la mort de Walter Rheiner, par Conrad Felixmüller.

Lambeaux

Un petit extra pour fêter la fin prochaine du confinement (du moins on l’espère) : trois critiques de textes un peu plus anciens que d’habitude, et un coup de gueule.

Charles Juliet, Lambeaux, POL, 1995 (disponible en Folio)

Par Jacques Dupont.

« Lambeaux » … ou ce qui demeure, en forme de déchirures.

Les lambeaux de la mère biologique de Charles Juliet. Il ne l’a pas connue. Paysanne de l’Ain, elle a été internée peu après sa naissance, et n’en est pas revenue, de l’asile, où elle peignit sur les murs ces mots : « Je crève. Parlez-moi ! Parlez-moi ! ». Celle qu’il nomme l’étouffée, l’esseulée, la jetée dans la fosse et qui n’a cessé de l’entourer de son absence.

Et l’autre mère : la vaillante, la valeureuse, la toute-donnée. Paysanne, elle aussi, qui n’a cessé de l’entourer de sa présence.

Et lui, Charles. Il parvient à faire son lycée dans une institution militaire, comme « enfant de troupe », il entame des études de médecine, les abandonne pour tenter l’écriture. Après une longue dépression, il s’éveille à lui-même et devient un écrivain prolifique.

Il s’agit d’un roman d’espoir, d’une lecture aisée, souvent très émouvante.

Charles Juliet a usé tout du long d’un « tu », qu’il adresse à sa mère biologique, ou à lui-même dans la partie autobiographique. On appréciera – ou moins – le procédé.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez POL ; en Folio.

Canne

Jean Toomer, Canne, Ypsilon, 2016

Par Jacques Dupont.

Canne a été publié pour la première fois en 1923. Trois parties composent ce livre : une première dans le Sud, en Géorgie ; la seconde dans les métropoles du Nord ; ensuite un retour est opéré dans le Sud. L’auteur Jean Toomer (1894-1967) – aux sept sangs mêlés (français, gallois, noir, juif, indien…) – se voulait et se disait « naturellement et obligatoirement » américain. Durant l’automne 1922, il a séjourné à Augusta (Géorgie). C’est là qu’est né Canne, du côté Noir, dont Toomer s’est aperçu « qu’il l’aimait comme (il) ne pourrait jamais aimer l’autre », le Blanc.

Canne est un chef d’œuvre. En dire ces quelques mots est un exercice périlleux, je m’abstiendrai de le résumer. Ceux qui le liront comprendront qu’il ne peut se réduire, en quelque façon que ce soit, fût-ce au thème attendu de la ségrégation. Bien sûr, la question du racisme est présente, omniprésente même. J’en dirai que sa réalité est surexposée, et le fait confiner au destin, au fatum latin. « Dieu n’existe pas, mais il est laid quand même. Voilà pourquoi tout ce qui vient de lui est laid. Les lyncheurs, les hommes d’affaire. »

Ce qui m’a frappé est d’abord la puissance poétique, le phrasé, le rythme de l’écriture, les images, leur répétition et leur déformation comme sous l’effet de la chaleur, les évocations des parfums de la canne, des pins, du feu. Tout aussi novateur est le maillage des formes de récit : nouvelles, dialogues, poèmes enchevêtrés, portraits.

Les portraits de femme sont exceptionnels. J’évoquerai Karintha qui « passait tout près de vous comme une flèche, et c’était un peu de couleur vive, un oiseau noir resplendissant dans la lumière ». Il y a aussi Fern, dont les yeux étranges ne recherchaient rien, ne désiraient rien que vous pussiez lui donner. Quelques hommes la prirent et une fois qu’ils en avaient terminé, ils se sentaient obligés, ils avaient l’impression qu’il leur faudrait une vie entière pour s’acquitter d’une obligation à laquelle ils étaient incapables de trouver un nom.

Le livre, paru en 2016 chez Ypsilon, est la réédition d’une unique traduction française, établie en 1971 par Jean Wagner. Il avait alors été publié avec l’aide de l’Institut culturel américain, et distribué en Afrique francophone et à Haïti, à l’exclusion de tout autre territoire. Curieux destin pour cette œuvre essentielle de la littérature américaine, qui inspira le mouvement de la Renaissance de Harlem, et à qui Dos Passos et Faulkner ne doivent à l’évidence pas rien.

Catégorie : Littérature anglophone (U.S.A.). Traduction Jean Wagner.

Liens : chez l’éditeur.

La panthère des neiges

Sylvain Tesson, La panthère des neiges, Gallimard, 2019

Par Jacques Dupont.

On connait Sylvain Tesson, infatigable marcheur et causeur. Or le voici, immobile et silencieux, à l’affût de la panthère des neiges, par -20° C, sur les versants du haut Tibet.

Mais la panthère des neiges est-elle encore de ce monde, n’a-t-elle pas disparu ? Non, répond plaisamment Munier : elle le fait croire.

Car Vincent Munier, le photographe animalier qui a initié l’expédition, « sait ». Un jour, regardant la photo qu’il avait prise d’un faucon posé sur une anfractuosité, il l’a vue, la panthère, sa tête saillant de derrière un rocher. Il l’a enfin vue, faut-il insister : de l’épreuve, regardée cent fois, il n’avait jusqu’alors vu que le centre, le faucon. Les bords de l’image, ses frontières intérieures et leurs confins lui avaient échappé.

Qu’est-ce donc que « voir » ?  Comment s’y prend-on pour voir une panthère des neiges ? L’histoire, on l’aura compris, n’est pas que d’y retourner, au Tibet, de s’y planquer dans un trou dans la neige, et d’attendre, à l’affût. À dire vrai, nous tenons moins la position de l’affût que celui-ci nous tient. Dans la nature, cent paires d’yeux nous épient, que nous ne voyons pas. Qui, sur la photo de Munier, regardait qui ?

La panthère, tout au long du récit, n’aura de cesse de regarder à leur insu les aventuriers. Son apparition, déchirure blanche dans la toile des paysages enneigés, permettra à Sylvain Tesson de sentir la conversion de son propre regard.

L’affût, c’est un peu régler sa dette envers la beauté du monde, tout simplement en tenant son âme en haleine, c’est une ligne de conduite, qui fait que la vie ne passe pas, comme ça, comme si de rien n’était, l’air de rien.

La panthère des neiges n’est pas un exercice de spiritualité tiré de la pharmacopée new-age. Il est bien plus modeste et pertinent que cela. Gage de bon sens : l’auteur y rit souvent de lui-même, de son goût pour l’emphase, de ses pétards parfois mouillés.

Il est écrit en chapitres très courts, j’ai pensé à des tableaux en vue d’une exposition. Je l’ai lu d’une traite.

Catégorie : Littérature française.

Liens : la page consacrée au livre et une interview de Sylvain Tesson chez Gallimard. Lire aussi la critique d’Un été avec Homère, du même auteur, par Anne-Marie Debarbieux.

Les Enfants verts

Olga Tokarczuk, Les Enfants verts, La Contre Allée, 2016

Par Jacques Dupont.

Le court conte fantastique d’Olga Tokarczuk, Nobel de littérature 2018, se termine – peut-être à notre insu s’était-il ouvert – par un appel du narrateur : « Lecteur, aide-moi à comprendre ce qui s’y est réellement passé. »  Le « y » désigne ici la Pologne du XVIIe siècle, en ses contrées les plus excentrées – or l’excentrement est en soi le thème de l’histoire.

Il était donc une fois William Davisson, botaniste écossais, au service du roi de Pologne, qui l’accompagna à travers un pays dévasté par les guerres, par les boues de l’hiver, par la saleté et les maladies. Le monarque lui-même était malade, et son corps reflétait tout le mal qui rongeait la Pologne. Un jour on leur amène deux enfants verts, capturés dans la profonde forêt – que la petite troupe emporte dans ses bagages. Verts de cheveux, la peau constellée de taches, les enfants auront quelque influence sur la santé du roi.

« Qu’est-ce donc que la nature ? » interroge le roi. Si elle est tout ce qui nous entoure, à l’exception des hommes et de leurs créations, s’agira-il d’en penser, à l’instar du souverain, qu’elle « est un grand rien » ?

Peut-être…

Catégorie : Littérature étrangère (Pologne). Traduction : Margot Carlier.

Liens : chez l’éditeur.

Le coeur de l’Angleterre

Jonathan Coe, Le cœur de l’Angleterre, Gallimard, 2019

Par Jacques Dupont.

David Cameron a gagné les élections de 2015 sur une promesse : tenir un référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l’Union Européenne. Contre toute attente, il organisa ce référendum. Contre toute attente – dont la sienne propre – il le perdit. Si l’on sait à peu près où l’affaire en est aujourd’hui, il est difficile de dire quels en furent les dessous. Comment en est-on arrivés là ? On est tenté, à l’achat du livre de Coe, d’attendre une réponse à cette question. Le cœur de l’Angleterre la pose et la réitère, la maintient ouverte, et n’y répond pas. Sans doute est-ce moins une question, laquelle autoriserait une réponse, qu’un mystère – et le mystère n’est qu’à s’endurer. Il s’endure tout au long de la décennie que couvre le roman, période où les classes moyennes se sont dissoutes dans des populaires, paupérisées comme jamais, tandis que la détestation des immigrés et la méfiance à l’égard de Londres et des élites augmentait de façon exponentielle. Et la sourde colère publique trouve un écho dans la sphère privée.

Tout ceci, le talentueux Jonathan Coe l’incarne à travers des personnages so British. Ainsi Doug, vieil éditorialiste de gauche, rencontre-t-il régulièrement son informateur de droite, le jeune Nigel, sous-directeur adjoint à la communication dans le gouvernement de Dave Cameron… Coe déclarait : « Ce qui m’intéresse, c’est de voir comment mes personnages romanesques peuvent être affectés par l’histoire et la politique ». Il y parvient tout en réalisant, à l’insu de la promesse politique affichée, ce qu’il prend grand soin de ne pas annoncer : Le cœur de l’Angleterre est peut-être d’abord un roman sur le temps qui passe, ces dix ans, qui sont passés, qui seront perdus, qui le seraient, sauf à les écrire, et plus encore : à écrire la force du lien entre Benjamin et Loïs Trotter, le frère et la sœur, personnages clés du roman.

Catégorie : Littérature anglophone (Grande-Bretagne). Traduction : Josée Kamoun.

Liens : chez l’éditeur.

Avant que j’oublie

Anne Pauly, Avant que j’oublie, Verdier, 2019

Par Jacques Dupont.

Avant que j’oublie est le récit qu’Anne Pauly fait de la mort de son père, alcoolique en rémission, unijambiste, affreusement seul, banalement médiocre, et qu’elle s’est trouvée aimer – non sans ambivalence. L’exercice est de nature rédemptoire. Anne est désolée de n’avoir pu faire mieux, faire plus, de n’avoir pas été de son vivant plus proche de son père. L’écrit vient compenser quelque chose de cette désolation, et lui permet de s’apaiser en conférant à son père, personnage falot, une épaisseur que le lecteur n’attendait pas. La question est de savoir que faire de sa vie, après la mort du père – quel qu’il ait pu être, de ne pas se perdre sur un chemin qui n’est pas le sien, par loyauté envers un passé qui finalement encombre. Trier, après inventaire.

L’écriture est simple, agréable – deux bonnes heures de lecture, ou plus précisément d’écoute.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Hommage à Philippe Carrese

Hommage à Philippe CARRESE

Par Catherine Chahnazarian, avec la collaboration de Jacques Dupont-Duquesne.

Un jour, Jacques m’a dit : « Il y a un réalisateur de France 3 qui écrit des polars, tu devrais essayer. Il prétend qu’il écrit des séries B, et il assume, mais il s’est fait une sacrée réputation à Marseille. »

Ma curiosité était piquée : je me suis procuré Une petite bière, pour la route, qui venait de sortir. Comme ça m’a amusée, j’ai poursuivi avec Le bal des cagoles, que j’ai juste adoré et qui avait reçu le prix SNCF du Polar. Et dans la foulée, j’ai lu Conduite accompagnée, qui ne peut que parler aux jeunes qui apprennent à conduire, aux parents de ces derniers, aux moniteurs d’auto-école et à tous ceux qui empruntent régulièrement les grands boulevards marseillais. Ces trois opus, publiés au Fleuve Noir en 2000 et 2002, sont restés mes préférés. Ce n’était pas difficile de trouver un Carrese : il y a en avait dans toutes les librairies de la région. Quand on débarquait à Marseille ça aidait à se familiariser avec les personnages typiques de cette ville haute en couleurs, de comprendre la philosophie de la « cagole » [1]  et du « cake », et d’apprendre les expressions qui vont avec, comme le célèbre « on craint dégun » [2].

Dans la même veine, Philippe Carrese avait écrit un Petit lexique de ma-belle-Provence-que-j’aime, avec son ami Jean-Pierre Cassely : « Le premier Guide-Lexique foncièrement stupide, inutilement cruel et d’une mauvaise foi absolue sur la Provence » (Jeanne Laffitte, 1996, disponible en réédition numérique FeniXX). Vous voyez le personnage…

Mais il n’a pas fait qu’en rire. En 2006, il a poussé un coup de gueule intitulé « J’ai plus envie », qui traduisait – faut-il en parler à l’imparfait ? – qui traduisait si bien le malaise ressenti par de nombreux Marseillais qu’il a fait le buzz.

Puis, désireux de passer à autre chose, Philippe a écrit Enclave (Plon, 2009), un roman sérieux sur le pouvoir et la tentation totalitaire.

En 1945, les Allemands abandonnent le camp de Medved, au nord des Carpates, en Slovaquie. Les prisonniers… prisonniers de cette enclave entre une rivière et des montagnes infranchissables, décident de s’organiser en république. Le récit se développe à travers le regard d’un jeune garçon qui tient une sorte de journal de cette société dans laquelle, bien sûr, le pouvoir va faire ses ravages. L’écriture simple de Philippe Carrese, tout à fait sans prétention, met à la portée de tous un récit humainement puissant qui s’appuie avec intelligence sur l’Histoire. Lire la suite « Hommage à Philippe Carrese »

Je reste ici

Marco Balzano, Je reste ici, Philippe Rey, 2018

Par Jacques Dupont.

Je reste ici, ou l’histoire intime d’une petite famille du Haut Adige, à Curon, village voué à être noyé sous un barrage inutile. La région est un éclat, presqu’une écharde de l’empire austro-hongrois. De langue allemande, elle fut annexée par l’Italie après la guerre de 14. Les fascistes tentèrent de l’italianiser, et les nazis enchaînèrent dans la germanisation, avec une violence égale. Le roman est rédigé à la première personne, par la mère, et est adressé à une enfant disparue, emportée dès avant-guerre par les remous de l’Histoire. Une bien belle histoire, qui se clôt à l’aube des années 50, racontée avec simplicité et émotion. Il y est question de frontières, de la force et de l’impuissance de la parole, de la violence du pouvoir. On sent l’ombre portée de la Mittel Europa, disparue à jamais, et à la fois tellement présente.

Catégorie : Littérature étrangère (Italie). Traduction : Nathalie Bauer.

Liens : chez l’éditeur.

Notes à usage personnel

Emilie Pine, Notes à usage personnel, Delcourt, 2019

Par Jacques Dupont.

À la fin du livre, j’avais le sentiment d’un long article d’un journal féminin, pas mal, un peu banal, facile peut-être. Et puis, un ami m’a dit que sa sœur avait fini par lâcher que, bourrée, elle avait eu un rapport non consenti avec un gars qu’il connaissait : ils étaient les meilleurs amis. Le lendemain, le garçon lui avait présenté ses excuses, et elle avait répondu : « Ce n’est rien ». Voilà ce que, dix ans après, elle ne se pardonnait pas. J’ai alors repensé à Emilie Pine que je venais de terminer. Notes à usage personnel n’est pas un journal, l’auteure considère plutôt qu’elle a écrit une série d’essais. L’un d’eux évoque un viol, dans une séquence de vie où, gamine en rébellion, elle vit de manière dangereuse et en paie le prix. Le prix n’étant pas le viol, mais « je ne vaux rien », qui prétend que « je vais bien » jusqu’à le croire vraiment, et presque parvenir à me le faire croire à moi, lecteur.

Le livre s’ouvre sur une séquence émouvante, lorsque son père manque de mourir d’alcoolisme ; il y a ensuite la séquence « Les années bébé » ; les parents divorcés, « Se parler ou pas » ; « Saigner et autres crimes » … Les Notes forment un livre éminemment féministe, écrit par une femme « fatiguée d’être féministe », fatiguée de « voir que c’est aux femmes d’identifier le sexisme ».

Emilie a peur « d’être cette femme qui dérange. Et peur de ne pas déranger assez. » Elle a peur, mais elle le fait quand même. Elle nous décille les yeux, à nous hommes, et aux femmes tout autant.

Son livre a été primé dans son pays d’origine, l’Irlande. Je le recommande chaleureusement.

Catégorie : Essais, Histoire… Traduction : Marguerite Capelle.

Liens : Au moment de mettre cet article en ligne, la page du livre chez l’éditeur est presque vide — c’est étrange —, alors compensons en signalant la page que le Cercle culturel irlandais lui consacre.

Désorientale

Négar Djavadi, Désorientale, Liana Lévi, 2016

Par Jacques Dupont.

Dans le métro parisien, M. Sadr – le père de la narratrice – n’emprunte jamais l’escalator. « L’escalator, c’est pour vous » – dit-elle, s’adressant directement au lecteur.

Dans Désorientale, il sera question de ce père, et de la famille Sadr sur plusieurs générations – depuis un Orient séculaire et quelque peu rêvé jusqu’à la chute du Shah et l’avènement de Khomeiny. On y verra une famille migrer pour la France, et une jeune femme – Kima – se désorientaliser.  Le livre est à la fois un retour-sur et un adieu, une trahison et une naissance à soi. Je ne puis en dire plus sans spoiler une lecture que je recommande chaudement.

Le livre – j’y pense soudain – m’a été conseillé par ma collègue iranienne, livre qu’elle n’a pourtant pas lu. Il en va ainsi de ces bouquins qui nous concernent de façon trop intime, une perturbation que nous pressentons dès les premières lignes, et que nous ne voulons pas endurer.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditrice.

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