À la ligne. Feuillets d’usine

Joseph Pontus, À la ligne. Feuillets d’usine, La table ronde, 2019 (disponible en Folio)

– Par Jacques Dupont

Joseph Ponthus a suivi sa femme dans sa Bretagne natale, mais n’y trouve aucun emploi dans son métier d’éducateur spécialisé.

Alors, affaire de ne pas offrir l’image d’un abonné au sofa, et de gagner tout de même quelques sous – ce qui ne serait pas un luxe – « il embauche » via une boîte d’intérim, il embauche à la petite semaine, voire à la journée, dans l’agro-alimentaire breton : poissonneries, fabrique de tofu, et enfin abattoir.

Or dès le départ « au fil des heures et des jours le besoin d’écrire s’incruste tenace comme une arête dans la gorge ».

Et cela donne À la ligne. Feuillets d’usine – le journal d’un ouvrier intérimaire soumis à mesure qu’on le change d’usine à des tâches de plus en plus ingrates, pour aboutir à un poste de pousseur de carcasses dans un abattoir. Là, pour les animaux, pour les hommes, ce n’est que souffrance.

On pourrait penser que l’auteur se livre à un réquisitoire contre le travail à la chaîne, l’agro-alimentaire, l’intérim … et oui, ce l’est, un peu, mais à la marge.  L’essentiel est ailleurs : dans l’amour de Joseph pour sa femme, dans sa foi en la beauté de la vie, dans l’incroyable, la folle résistance de l’humain. En exergue du récit, Joseph Ponthus a cité une lettre d’Apollinaire s’adressant à Madeleine depuis une tranchée, en 1915 : « C’est fantastique tout ce que l’on peut supporter ». 

Le livre est écrit dans un style étonnant : des phrases extrêmement concises. Il y a sitôt les mots posés – des mots strictement utiles – un passage à la ligne. On pense à ces machines d’usine, à leurs cliquetis soutenus, sans déperdition.  Et pourtant cette écriture est poétique, riche d’émotions et d’humour. Car l’usine, c’est aussi la camaraderie et la solidarité.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur, en Folio.

Un commentaire sur “À la ligne. Feuillets d’usine

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  1. Excellent livre. On le commence et on ne lâche pas, prenant, dur et très réaliste sur tous ces métiers pénibles mais indispensables.

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