Numéro deux

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Littérature française
Par Anne-Marie Debarbieux

Être le candidat qui échoue à la dernière étape, être celui ou celle qui a frôlé le succès sans l’obtenir est une expérience fréquente et toujours douloureuse. Mais qu’en est-il quand le vainqueur acquiert une notoriété mondiale !

Tel est l’enjeu du roman au titre explicite : « Numéro deux » qui met en scène Martin, un adolescent  pressenti pour incarner Harry Potter au cinéma. Après avoir franchi avec brio et opiniâtreté toutes les épreuves très exigeantes de la sélection, il se voit finalement éclipsé par l’irruption tardive mais décisive de Daniel Radcliffe. Comment un adolescent peut-il se remettre d’une telle déception quand, de surcroît, la victoire de son rival est vouée à un succès planétaire et qu’elle envahit l’espace public ! Le succès de l’autre dure, s’étale et le nargue partout. Faut-il qu’il se terre et s’isole pour moins souffrir ? Peut-il mener une vie « normale » ? Croire encore en lui ? Faut-il affronter ou se préserver ? Il n’y a évidemment pas de potion magique pour guérir la blessure de l’adolescent.

L’itinéraire de Martin est minutieusement suivi par l’auteur, durant une vingtaine d’années ce qui fait donc évoluer le personnage de l’adolescence à l’âge adulte. Comment, au fil du temps, surmonter la déception, la jalousie ? Être moins vulnérable ? Prendre du recul ? Comment se faire confiance ? Vivre des relations vraies ?  Peut-on  vivre « normalement » en se protégeant de tout ce qui entretient ou ravive la blessure ? L’auteur explore de nombreuses pistes, fait passer son héros par des itinéraires et des rencontres qui renouvellent constamment l’intérêt du lecteur et entretiennent son empathie en évitant l’effet de lassitude.

On se laisse vraiment emporter par ce roman qui sonne juste. Et les amateurs de Foenkinos y retrouveront avec plaisir des univers chers à l’auteur et évoqués dans d’autres ouvrages, par exemple celui du Louvre, refuge des âmes blessées.

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David Foenkinos
Numéro deux

Éditions Gallimard
2022

Existe en Folio

Écoutez-moi jusqu’à la fin

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Littérature étrangère (U.S.A.)
Par François Lechat

Brillant, drôle, follement inventif, touchant, bourré d’intelligence… Les mots manquent pour décrire ce premier roman qui a obtenu le National Book Award en 2022, et dont les droits ont déjà été vendus pour le cinéma – ce qui débouchera sur un film forcément bien pauvre à côté du livre.

L’action se déroule dans une ville en déclin du Midwest, que des promoteurs immobiliers promettent de transformer en paradis, mais qui pour l’instant concentre toutes les misères de notre époque. J’en dresserais bien la liste, qui va des cataclysmes engendrés par le réchauffement climatique au torrent d’inepties qui envahit Internet, mais ce serait donner une couleur misérabiliste à ce roman qui nous égratigne de manière à la fois légère et mordante, avec brio. C’est que l’héroïne, une jeune fille de l’Assistance publique qui cohabite avec trois ados amoureux d’elle, est d’une culture exceptionnelle et soigne ses blessures en s’identifiant aux grandes mystiques de l’Histoire, de sainte Blandine (dont elle emprunte le nom) à Hildegarde de Bingen. Ce n’est pas le seul élément insolite de ce roman, très réaliste par ses thèmes (la domination masculine, le capitalisme séducteur, l’impératif de bienveillance, la morsure du désir, les addictions de toute sorte…), mais qui multiplie les registres d’écriture et les morceaux de bravoure, faisant passer le lecteur par toute la palette des émotions (une mention spéciale à cette belle nuit d’amour autour de deux pizzas sur fond d’inondations diluviennes). D’une intelligence hors du commun, l’autrice reste vive, concise et fluide tout du long, avec un talent typiquement américain pour les hyperboles (« On dirait que mon visage est en train de tomber de mon visage »). Avec ce condensé de la condition humaine dans les années 2020, Tess Gunty fait le pari que ses lecteurs, qu’on imagine friands de livres et d’actualités, saisiront tout ce qu’elle écrit comme elle l’écrit : en un clin d’œil.

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Tess Gunty
Ecoutez-moi jusqu’à la fin

Traduction : Jacques Mailhos
Éditions Gallmeister
2023

Les Aiguilles d’or

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Littérature anglophone (U.S.A.)
Par François Lechat

En 1882, dans le Triangle Noir, le quartier le plus mal famé de New York, la famille Schanks prospère grâce à des délits de toutes sortes : avortements clandestins, vols, recel… Au même moment, le juge Stallworth, un Républicain austère, décide d’éradiquer le vice dans le Triangle Noir pour satisfaire ses ambitions politiques. Là où les Schanks s’appuient sur des complices aux mœurs interlopes, le juge, lui, compte sur l’aide de son fils Edward, pasteur, et de son gendre Duncan, un avocat prometteur.

Heureusement pour le lecteur, comme dans toutes les bonnes familles les Stallworth ont leurs maillons faibles. Alors que les Schanks, eux, font preuve d’une discipline sans faille sous l’autorité de leur matriarche. S’engage ainsi une lutte de classes impitoyable, qui montera en tension au fil des pages de ce roman noir.

Un cran en dessous de la formidable saga Blackwater, on retrouve ici, après un prologue éblouissant, le style dépouillé, efficace et très visuel de Michael McDowell, ainsi que son goût pour les sensations fortes et les femmes puissantes. À quoi il faut ajouter, en l’occurrence, une vaste galerie de personnages secondaires fortement contrastés.

Les Aiguilles d’or constitue la deuxième traduction de Michael McDowell chez Monsieur Toussaint Louverture, qui a décidé de lui consacrer une Bibliothèque (quatre autres titres suivront en 2024 et 2025).

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Michael McDowell
Les Aiguilles d’or
Traduction : Jean Szlamowicz
Éditions Monsieur Toussaint Louverture
2023

Huit crimes parfaits

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Policiers et Thrillers (U.S.A.)
Une brève de Pierre Chahnazarian

Malcolm, libraire spécialisé en polars, est contacté par une agente du FBI, qui voit une corrélation entre une série de meurtres récents et un article qu’il avait publié sur son blog, une liste de 8 bouquins célèbres aux intrigues bien ficelées.

Bientôt, il sent que la menace le concerne, son passé resurgit, ça se complique pour lui…

Démarrage un peu lent, mais très vite quand même on accroche !

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Peter Swanson
Huit crimes parfaits

Traduction : Christophe Cuq
Éditions Gallmeister (Totem)
2022

Presque

Par Catherine Chahnazarian

Elle lit. On ne saura jamais quoi. La couverture est invisible. Pas question de la déranger pour lui demander. Elle est trop concentrée. Impassible et concentrée. Elle l’a presque fini. Presque. Il ne reste que deux ou trois pages. Mais elle arrive à sa station. Il faut descendre. Elle referme le livre avec une très légère inflexion des sourcils. Peut-être une joueuse de poker. Et elle remet son roman inachevé dans son sac. La pauvre.

Vous ne connaissez rien de moi

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Littérature française
Par Sylvaine Micheaux

Chartres, 16 août 1944, les Alliés ont délivré la ville et l’épuration commence, menée par les FFI : exécutions des collabos, ou supposés tels, et humiliation des femmes « embochées » qu’on tond. Simone, 23 ans, maman d’une petite Françoise de 3 mois, qui est la fille d’un officier allemand, et ses parents sont arrêtés et trainés en place publique. Durant cette longue et périlleuse journée, elle va se souvenir.

Au début du récit de l’enfance de Simone, on est ému et empathique pour cette petite fille née dans une famille pauvre, avec une mère dure, acariâtre et alcoolique, un père présent mais inexistant et une sœur ainée Madeleine, douce et trop gentille. Devenue adolescente, elle fait tout pour se sortir de ce milieu et comme elle se sait intelligente, elle décide de briller dans les études, poussant sans vergogne Madeleine à lui payer l’inscription dans les meilleurs établissements privés de la ville. Elle va même prendre des leçons privées avec sa prof d’allemand pour devenir bilingue…

Car, et c’est là que s’efface l’émotion et monte la colère du lecteur, Simone est fascinée par le 3ème Reich, par Hitler, Pétain. Heureuse de l’envahissement des Allemands, elle travaille pour eux, fait partie des doriotistes, dénonce des voisins. Elle choisit son camp… 

Je pensais que l’auteure, Julie Héraclès, s’était inspirée de la photo de Robert Capa, mise sur la couverture, d’une jeune femme tondue avec un bébé dans les bras, pour inventer une histoire. Mais j’ai appris depuis que cette Simone avait bien existé – même si le nom de famille a été modifié. Simone Touseau a non seulement été tondue mais emprisonnée, et elle a risqué la peine de mort, loin de la petite Simone un peu ingénue que nous présente l’auteure, qui, avec des œillères, ne voit pas la cruauté de l’occupant et ne pense qu’à grimper dans l’échelle sociale, même si sur la fin elle semble vraiment amoureuse de cet officier. Roman troublant, car on nous rend presque sympathique une jeune femme dont le modèle original était loin de l’être. Sur le même sujet, j’avais beaucoup apprécié le roman La Chaise numéro 14 de Fabienne Juhel sur la reconstruction d’une de ces femmes tondues.

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Julie Héraclès
Vous ne connaissez rien de moi
Éditions JC Lattès
2023

Le romantique

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Littérature étrangère (Grande-Bretagne)
Par François Lechat

Le dernier roman de William Boyd signe le grand retour du classicisme. Boyd prétend s’être limité à transcrire et compléter l’autobiographie inachevée de son personnage, et maintient jusqu’au bout, par de très sérieuses notes de bas de page, cette illusion de véracité. Mais il assume pleinement, dans son prologue, le fait qu’il offre bel et bien un roman, que nous sommes priés de lire comme une autobiographie.

Le procédé peut sembler artificiel. Mais il fonctionne pleinement, parce que ces aventures d’un certain Cashel Greville Ross ne cessent de se heurter à l’Histoire : la bataille de Waterloo, les célèbres écrivains Byron et Shelley, la présence anglaise en Inde, la recherche des sources du Nil, l’expansion économique des États-Unis… Poussé par la contrainte ou par le goût de l’aventure, le héros de Boyd vit mille vies et prend tous les risques sans jamais hésiter. D’un physique avenant et bien bâti, il séduit les femmes sans peine, tout en étant peu travaillé par le sexe. Il se montre définitivement romantique par l’amour indéfectible qu’il voue à une comtesse italienne, laquelle, comme il se doit, est à la fois offerte et inaccessible.

Le romantique nous fait ainsi parcourir le 19e siècle à travers toute une série d’intrigues (dont un beau secret de famille), de métiers, de pays et de personnages secondaires fortement marqués. Il y a quelque chose de stendhalien dans cette course perpétuelle et ces accès de nostalgie, avec en plus une impressionnante précision dans le rendu des conditions de vie de l’époque.

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William Boyd
Le romantique
Traduction : Isabelle Perrin
Éditions du Seuil
2023

Le Roman vrai d’Alexandre

Mini-cycle de Noël-Nouvel An
Catégorie : l’autobiographie
Domaine : le divertissement

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Biographies et autobiographies (France)
Par Marie-Hélène Moreau

     Alexandre Jardin est un auteur prolifique. Depuis son premier succès littéraire en 1986 avec Bille en tête, prix du premier roman, il a enchaîné les succès – Le zèbre et Fanfan, notamment – et imprimé son style fantasque dans le monde littéraire en mettant en scène des personnages romanesques dont il faisait son double. C’est également comme cela qu’il se présentait sur les plateaux télé. Un bon client, comme on dit, extraverti et drôle. 

     Tout ceci n’était que mensonge comme nous l’apprend le titre explicite de ce récit autobiographique. Cette fois, promis juré, il va dire la vérité. Terminés, les héros romanesques et les histoires folles, Alexandre Jardin est en réalité un homme triste, traumatisé par une famille dysfonctionnelle dont il a conjuré l’existence par l’écriture, en s’inventant une personnalité débridée bien loin de la sienne. Un grand-père collabo – déjà évoqué dans son livre Des gens très bien – à l’origine de la propension familiale au mensonge, un père dont la mort imminente lui sera cachée jusqu’à la fin, une mère dont la relation aux hommes affecta profondément la relation filiale, un frère suicidé – thème de son récent ouvrage Frères – et des ex-femmes castratrices, voilà la vraie vie d’Alexandre Jardin qu’il a tenté d’effacer à travers ses romans, dans lesquels son double est un être à la légèreté débridée. Voilà qui renouvelle singulièrement le genre linéaire de l’autobiographie !

     On n’est pas obligé de le croire, bien sûr. Ne continue-t-il d’ailleurs pas à parler de roman là où il est censé parler de sa vie ? On peut même penser que tout cela n’est qu’une de ses énièmes lubies, voire une façon pour un auteur en mal de lecteurs de ressusciter leur intérêt. Mais l’exercice autobiographique auquel il se livre ici, à défaut d’enthousiasmer, ne peut que susciter de la curiosité. Admiration pour les uns – il risque ici sa carrière, à tel point que son éditeur historique l’a lâché –, malaise pour les autres – ne se donne-t-il pas le beau rôle, notamment face à ses ex-femmes ? –, difficile de trancher. Le style est un peu pompeux – c’est sa marque qui, elle, n’a pas changé – et sans doute tout cela aurait-il tenu dans un livre plus court, mais l’exercice n’est pas dénué d’intérêt en ce qu’il interroge le rapport d’un auteur à son œuvre.

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Alexandre Jardin
Le Roman vrai d’Alexandre

Éditions L’Observatoire
2019

Lien : site officiel de l’auteur

Souvenirs d’un distrait

Mini-cycle de Noël-Nouvel An
Catégorie : l’autobiographie
Domaine : le divertissement

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Biographies et autobiographies
Par François Lechat

Le cycle des autobiographies était déjà annoncé quand L’Obs a publié un grand entretien avec Pierre Richard. L’acteur s’y montrait comme on l’aime : chaleureux, amusant, très conscient de sa singularité et modeste. J’ai donc décidé d’acheter son livre, dont le bandeau publicitaire, « soixante ans de carrière », semblait bel et bien annoncer des Mémoires.

Le problème est que, dans cet ouvrage de 160 pages, Pierre Richard n’égrène que quelques souvenirs. Il développe une thèse malicieuse, nous convaincre qu’il n’est pas distrait puisqu’il est focalisé sur l’essentiel, qui prend ici la figure d’une mouche volant dans le bureau de son comptable. Par ailleurs, il se limite à évoquer en long et en large quelques anecdotes sans guère d’intérêt ainsi que le portrait d’artistes sympathiques (Moustaki, Nougaro, Higelin) mais sur lesquels on n’apprend rien de bien intéressant (Moustaki tombe les filles, Nougaro répète la nuit et Higelin est formidable).

Ce livre, en fait, est co-signé avec Christophe Duthuron et je soupçonne ce dernier de lui avoir imposé son style improbable car, si on retrouve Pierre Richard par moments, on a surtout l’impression de lire un vieux San Antonio avec les apostrophes au lecteur, les jeux de langage et les considérations « philosophiques » de rigueur. L’ensemble se laisse lire et est parfois drôle, mais ne constitue ni des Mémoires ni un autoportrait : plutôt un déroutant exercice de style.

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Pierre Richard
Souvenirs d’un distrait

Éditions du Cherche Midi
2023

La femme en moi

Mini-cycle de Noël-Nouvel An
Catégorie : l’autobiographie
Domaine : le divertissement

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Biographies et autobiographies (U.S.A.)
Par Florence Montségur

Britney commence par énumérer les différentes étapes de son enfance : parents, école, ses débuts dans la musique. J’ai trouvé cela froid, factuel, mais intéressant. On comprend bien le milieu social dont elle vient. Le schéma est classique : Amérique profonde, père alcoolique, mère impuissante, maigre éducation. Tout ce que voulait, tout ce que veut Britney, c’est danser, chanter et s’amuser. L’écriture — des phrases courtes, simples, au passé composé, s’enchaînant comme dans une rédaction d’enfant — n’arrange rien à cette impression de pauvreté intellectuelle. Et Britney reste démunie dans les circonstances graves de son existence. Elle ne sait par exemple pas qu’elle a le droit de choisir son avocat quand son père veut la mettre sous tutelle.

Il était important qu’on entende ce qu’elle avait à dire sur ce sujet qui a fait l’actualité. Ce qui ressort avant tout, c’est l’extrême solitude de cette toute jeune femme au moment de son premier puis de son second chagrin d’amour, de la naissance de ses enfants et de sa dépression post partum. Elle est très démunie et très mal entourée. Elle perd pied. À quel point ? C’est difficile à dire, mais il est certain que le juge qui a décidé de sa mise sous tutelle a fait un très mauvais choix : son père et toute la famille sont à la fois trop bêtes et trop malsains. Et les paparazzi n’arrangent rien.

C’est donc une femme brisée par des années d’emprise qui s’adresse à nous dans son processus de reconstruction. Elle est dans un tel état qu’on ne peut que la plaindre — et trouver aussi bien le titre du livre que la photo de couverture sans relation avec le contenu. Sauf peut-être pour le regard triste.

À lire si vous aimer sa musique et que vous voulez en savoir plus sur le personnage ou le monde du show-biz ; pour avoir le témoignage d’une vie sous les flashs des photographes (*), ou pour comprendre comment une personne peut être instrumentalisée et perdre tout pouvoir sur elle-même.

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Britney Spears
La femme en moi
Traduction : Cyrille Rivallan et Marion Roman
Éditions JC Lattès
2023

(*) Dans le même ordre d’idées, voir aussi Le suppléant (Prince Harry) et Initiales B.B. (Brigitte Bardot).

Meilleur album

Mini-cycle de Noël-Nouvel An
Catégorie : l’autobiographie
Domaine : le divertissement

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Biographies et autobiographies (France)
Par Jacques Dupont

Je n’aurais pas lu ce livre s’il n’y avait eu cette série spéciale des Yeux dans les livres, à laquelle je dois donc la découverte du « fils de … », lequel se révèle être un homme on ne peut plus sympathique.

Sympathique parce que modeste, honnête, travailleur, et gentil d’une gentillesse authentique.

Alors que la plupart des « fils de » sombrent dans la prétention ou la mélancolie, faute de pouvoir se faire un prénom, David Hallyday, lui, travaille, intensément. La batterie, la composition, la production. Et sa carrière, même si elle apparaît discrète, comporte de très beaux succès, dont évidemment l’album écrit pour son père (« Sang pour sang »), sublime contredon pour un père abandonnique. David pourtant ne lui en veut pas excessivement, et range les absences du père au rayon de la frustration plutôt qu’à l’invective ou au reproche permanent.

De même qu’il ne développe ni ne s’étend sur la succession, ce qu’au décès du taulier, on a appelé « l’affaire Hallyday ». Loin de cela, il déclare l’amour qu’il porte aux filles adoptives du couple Johnny et Laetitia, et pour sa sœur Laura.

J’aimerais bien, pour un bonheur plus complet, aimer les compositions et les interprétations de David, mais après quelques tentatives sur Spotify, j’ai laissé tomber.

Je suis heureux, en tout cas, d’avoir rencontré davantage ce David, qui décidément me plaît beaucoup, et je regrette que son monde soit si éloigné du mien. Étrange rencontre, finalement, au pays des yéyés.

Le livre, je l’espère, plaira aux fans. Il a été écrit – de vive voix – pour eux. Je leur souhaite une bonne lecture. 

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David Hallyday
Meilleur album
Éditions du Cherche Midi
2023

Et moi, et moi, et moi

Mini-cycle de Noël-Nouvel An
Catégorie : l’autobiographie
Domaine : le divertissement

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Biographies et autobiographies (France)
Par Anne-Marie Debarbieux

Dans cette autobiographie rédigée avec brio et humour à 80 ans, Dutronc retrace les étapes d’une carrière brillante à la fois dans la chanson et le cinéma. Il évoque de multiples rencontres avec de nombreuses personnalités qui ont émaillé sa carrière artistique et sa vie personnelle. Il nous livre mainte anecdote qui nous amuse, nous émeut ou nous fait rêver. Il fait revivre toute une époque.

C’est enlevé, écrit dans un style alerte, rempli d’anecdotes amusantes ou émouvantes. On se laisse prendre bien volontiers au ballet des concerts, des tournages, des projets ou des frasques qui ont jalonné une vie d’artiste assez inclassable. Et l’évocation des grands noms d’artistes qu’il a côtoyés ou avec lesquels il a travaillé nous fascine et fait revivre des chansons maintes fois écoutées, des films parfois vus et revus, des personnalités que nous aurions aimé rencontrer.

Dilettante, désinvolte, provocateur, c’est l’image que Dutronc donne souvent de lui, l’image qu’il cultive tout en la nuançant. Car ce dilettante qui  décrète que « travailler, d’accord, mais encore faut-il en avoir le temps », qui raconte ses frasques avec une certaine complaisance amusée, dit aussi que ceux qui le réduisent à un type cool et déconneur se trompent. Car il se définit aussi comme pudique, parfois timide et n’aimant pas inquiéter ses amis. Ce bavard aime aussi le silence, cet homme de scène aime la solitude, ce parisien n’aime rien autant que son refuge en Corse avec ses chats. Et ce dilettante a sans doute travaillé bien plus qu’il ne le laisse croire.

Sans être une inconditionnelle de Dutronc que je considère comme un artiste brillant mais qui n’atteint pas cependant le niveau des plus grands dont il a parfois été très proche, j’ai pris plaisir à cette lecture. Je regrette seulement que les allusions à Françoise Hardy soient assez peu nombreuses. Dutronc le souligne lui-même d’ailleurs mais sans s’en expliquer. Ce qui conforte l’idée de pans de vie soigneusement préservés. 

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Jacques Dutronc
Et moi, et moi, et moi
Éditions du Cherche Midi
2023

Initiales B.B.

Mini-cycle de Noël-Nouvel An
Catégorie : l’autobiographie
Domaine : le divertissement

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Biographies et autobiographies (France)
Par Catherine Chahnazarian

Brigitte Bardot n’est pas qu’une femme libre, féministe avant l’heure. Est-elle d’ailleurs cette femme-là ? Fragile, ne supportant pas la solitude, sans cesse à la recherche de piliers pour la soutenir, l’image de la femme libre en prendrait un coup si Brigitte n’avait pas en même temps une obstination à faire ce qui lui plaît, moyennement attachée aux convenances. Après la guerre, elle veut vivre ! C’est pourquoi elle se sent libre de tomber et retomber amoureuse et de se laisser aller à ses pulsions… Une coureuse ? Certainement pas. Une infidèle ? Dans le milieu bourgeois qui l’a vue naître, sans doute ; dans le milieu du cinéma, quelle importance ? La morale n’a pas grand-chose à voir dans tout ça, il s’agit simplement d’être soi. Égocentrisme peut-être, mais spontanéité naïve aussi, une candeur qui la rend superstitieuse et la maintient longtemps dans une timidité étonnante : on l’imagine toujours sûre d’elle, s’affirmant, faisant des choix réfléchis, alors que bien des situations la trouvent perdue voire paniquée, incertaine de ce qu’elle vit, de ce qu’il faut faire. Elle est tantôt un chaton pris dans des phares au milieu d’une route, tantôt une lionne dont, même comme lecteur, on peut se sentir agressé. Sa manière de raconter, cash, brutale parfois, citant des noms sans souci de froisser ou de s’attirer un procès, est encore bien elle, simplement elle – non sans limite pourtant, non sans éthique, et non sans humour !

Brigitte paraît monolithique et sa dureté même est touchante : l’expérience semble avoir peu amorti les chocs, relativisé les conflits, apaisé les tensions, adouci les opinions. Cet être complexe, fragile et déterminé à la fois, on ne peut (commencer à) le comprendre qu’en se souvenant que c’est enfant qu’elle a traversé la Seconde Guerre mondiale, et en tant que jeune femme qu’elle a vécu la Guerre d’Algérie ; qu’en sachant que ses parents se sont montrés d’une dureté incroyable ; qu’en considérant sérieusement cette renommée inouïe qui a fait d’elle la première artiste française à vivre l’enfer d’être attendue au bas de chez elle, poursuivie dans la rue, etc. Ce harcèlement, qui nous semble aujourd’hui presque normal tant il est généralisé, est décrit dans Initiales B.B. de l’intérieur, par une femme qui, à 30 ans à peine, avait à peu de choses près sa carrière derrière elle.

Souvenirs, anecdotes, opinions — sur son enfance, ses débuts, le cinéma, ses voyages, ses parents, ses amis, ses amants, des acteurs, les animaux… Et quelques photos.

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Brigitte Bardot
Initiales B.B.
Éditions Grasset
1996, réédité en 2020

Viscères

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Policiers et thrillers (Grande-Bretagne)
Par Julien Raynaud

On ne présente pas Mo Hayder, de son vrai nom Clare Dunkel, décédée en 2021 : reine du polar, du crime, de l’enquête glaçante et bien ficelée. Dans Viscères, Wolf selon le titre original, le talent de Mo Hayder consiste à tirer plusieurs fils, de façon à façonner une intrigue qui aurait pu prendre diverses directions. L’auteure va vous cueillir à froid, car dès le début du livre, une surprise vous cloue sur place. Et il y en aura d’autres.

Parfois présenté comme le tome 7 des enquêtes de l’inspecteur Caffery, ce dernier opus peut tout à fait être lu de manière indépendante. En tous cas, comme souvent, c’est encore mieux de l’aborder sans rien savoir, sans même lire la quatrième de couverture.

On lit ici ou là que Viscères « est en cours d’adaptation pour la BBC ». Ce sera un sacré film.

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Mo Hayder
Viscères
Traduction : Jacques Martinache
Les Presses de la Cité
2015

Existe en Pocket

13 à table ! (hiver 2023-2024)

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Nouvelles et textes courts
Par Catherine Chahnazarian

En refermant le livre, je me suis dit : Voilà du grand Franck Thilliez, en quelques pages à peine, avec un poil de nostalgie, une dose de fantastique et une excellente chute. Mais « Miroir » n’est pas la seule nouvelle de ce recueil à m’avoir emballée. Maxime Chattam m’a cueillie avec « 22. » : c’est dense, intense, et ça contourne habilement l’inconvénient classique des récits courts, la moralité de comptoir, naïve ou si directe qu’elle en perd tout crédit. Karine Giebel s’est habilement glissée dans la peau d’une jeune Chloé que j’ai eu l’impression de comprendre. Philippe Jaenada fait, avec « Garçon Crépon », une saillie anticléricale vivante et pleine d’humour… Voilà pour mes préférées de l’année mais il y en a dix autres ! Car, comme chaque année à la même époque, les Restos du Coeur sortent un recueil de nouvelles d’auteurs français dont tous les bénéfices vont à ceux qui ont besoin des Restos pour survivre. Et comme l’an dernier, Cyril Lignac se joint à la bande, avec une recette de cuisine qui parlera à plus d’un : un cake marbré au chocolat à faire en famille, ou pour la famille, ou pour les amis, ou pour soi tout seul mais ce serait dommage de ne pas partager. Car c’est bien le principe des Restos : partager !

1 livre = 5 repas

Et on trouve le livre dans toutes les libraires, au supermarché… Pour 6 euros, vous vous régalez et vous régalez des bénéficiaires des Restos.

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Les Restos du Coeur
13 à table !
Éditions Pocket
2023

Tous nos articles sur cette publication annuelle sont disponibles à la rubrique « Restos du coeur« .

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