Dans la forêt

Jean Hegland, Dans la forêt, Gallmeister, 2017

Par Brigitte Niquet.

Après L’Amour et les forêts (Éric Reinhardt), Notre vie dans les forêts (Marie Darrieussecq), voici Dans la forêt de Jean Hegland. Mais qu’est-ce qu’ils ont tous, ces auteurs, à vouloir vivre des amours sylvestres et surtout à donner des titres aussi plats à des livres si différents et par ailleurs très estimables ? Seule Jean Hegland pourrait sans doute prétendre qu’aucun autre titre n’était possible et elle aurait raison car voici un livre dont la forêt est incontestablement le personnage principal. Sans elle, pas d’histoire qui se tienne, avec elle, tout devient possible.

Deux sœurs vivent donc avec leurs parents au cœur d’une forêt, dans la maison familiale à une trentaine de kilomètres du patelin le plus proche. Enfin, vivaient… Quand le livre commence, une catastrophe d’on ne sait quelle nature s’est abattue sur le monde : il n’y a plus d’essence, plus de téléphone, plus d’électricité… La mère est morte d’un cancer et son mari ne tardera pas à la rejoindre, coupé en deux par sa propre tronçonneuse… Voici Nell et Eva (17 et 18 ans) livrées à elles-mêmes, d’autant que la bourgade voisine va être décimée par une épidémie et que les derniers survivants leur conseillent de fuir. Fuir ? Pas question ! C’est ici qu’elles vont vivre ou mourir, Nell qui ne rêvait que d’études universitaires à Harvard et Eva d’intégrer un corps de ballet. Eva, la cadette, continuera longtemps à s’épuiser dans des exercices qui la laissent exsangue, tandis que Nell se charge du quotidien et fait d’une encyclopédie retrouvée au grenier sa bible tous azimuts. La nature pourvoit au ravitaillement quand on sait s’en servir. Nell va apprendre à s’en servir – et au-delà.

« Quand je pense à la façon dont nous vivions, à la désinvolture avec laquelle nous usions les choses, je suis à la fois atterrée et pleine de nostalgie », écrit Nell dans son cahier intime. C’est une des premières leçons de ce livre, qui n’en manque pas, mais sans qu’elles soient jamais assénées lourdement. Au contraire, elles sourdent d’elles-mêmes des situations extraordinaires auxquelles les deux sœurs sont confrontées et de la manière dont elles les gèrent. Si l’on ajoute que cette histoire repose avant tout sur une certaine conception de la sororité et des devoirs qu’elle entraîne, on aura une idée du niveau d’exigence que la situation leur impose, certes, mais avant tout qu’elles s’imposent à elles-mêmes.

Dans la forêt est une œuvre complètement atypique et c’est bien ce qui fait son charme, une œuvre pleine d’émotions, de sensations, une sorte d’ode à la vie, à la vie malgré tout, envers et contre tout. Et quand la maison menace de s’écrouler, il reste la forêt, la forêt-refuge, la forêt tutélaire, héroïne d’un livre qui, finalement, a bien mérité son titre.

Catégorie : Littérature étrangère anglophone (USA). Traduction : Josette Chicheportiche.

Liens : chez l’éditeur.

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