La maison des épreuves

Jason Hrivnak, La maison des épreuves, Éd° de l’Ogre, 2017

Par Jacques Dupont.

De prime abord, La maison des épreuves est un récit. Jason Hrivnak apprend le décès de Fiona, son amie d’enfance. Un suicide. Le père de la jeune femme a trouvé dans sa poche un papier plié en quatre, couvert d’une écriture d’enfant. Il demande à Jason s’il peut le déchiffrer. C’est ainsi que naît le projet de « La maison des épreuves », qui s’ouvre sur le récit de sa propre conception : la mort de Fiona et le papier plié donnent à Jason l’idée d’écrire le texte que nous avons sous les yeux. Écriture qui débute par un récit : deux enfants inséparables, deux enfants blessés de ces blessures qu’ignorent les adultes, et qui consignent dans un cahier « Terrain d’essai » un lieu cauchemardesque, « un endroit où d’épouvantables expériences (sont) menées sur des sujets non consentants. » La feuille trouvée dans la poche de Fiona a été arrachée de ce cahier. L’horreur est grisante pour les enfants. Ceux-là la cultivaient – peut-on penser –  en continuation du discours du père de Fiona, un médecin militaire, qui ressassant ses souvenirs, inscrivait en eux « la vicieuse neutralité des concepts de défilade, frappe neutralisante, zone de rupture, tirs d’efficacité ». Ne se serait-il pas agi, pour Fiona et Jason, de restituer à ces mots leur couleur d’origine, le rouge du sang, le noir des chairs brûlées ? Le prétexte du « Terrain d’essai » est de se venger. Mais bientôt l’affaire se complexifie…

Je n’ai évoqué là, fragmentairement, que l’« introduction ». S’ensuivent 3 sections, numérotées I à III.  L’écriture en est tout à fait différente et étonnante : elle se présente tantôt comme un questionnaire à choix multiple, tantôt comme un jeu vidéo « dont vous êtes le héros ». Je ne puis que citer :

« Vous avez une migraine. L’aura s’enfonce comme du verre dans votre champ de vision et la douleur, une fois réfugiée là, dure plus d’une semaine. Une fois rétablie, vous découvrez que votre chambre est pleine d’étranges pèlerins. Vos soigneurs vous expliquent que ces pèlerins sont venus à votre chevet depuis des contrées lointaines après avoir entendu parler de vos pouvoirs spéciaux. Quel miracle avez-vous soi-disant accompli alors que vous étiez souffrante ?

  1. vous avez parlé dans une langue imaginaire
  2. vous avez lévité
  3. vous avez vomi un serpent rare et venimeux
  4. vous avez bâti une cathédrale »

Il me semble que Jason agit comme un ostéopathe dont le patient souffre d’un torticolis. Il ne va pas à contre-mouvement, bien au contraire, il accompagne la torsion jusqu’au point où elle cèdera sous son propre poids. « La maison des épreuves » est bien le remède au « Terrain d’essai », le manuscrit disparu.

Il s’agirait, pour le goûter pleinement, de se laisser aller, question par question, à la situation proposée.

Ce livre est une expérience. A l’excès, peut-être.

Catégorie : Littérature étrangère anglophone (Canada). Traduction : Claro.

Liens : chez l’éditeur ; une autre critique (qui en dit un peu plus — trop ?).

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