Heurs et malheurs du sous-majordome Minor

Patrick deWitt [sic], Heurs et malheurs du sous-majordome Minor, Actes Sud, 2017

Par François Lechat.

Vous l’aurez deviné grâce au titre, l’auteur pratique l’humour à froid et ne dédaigne pas le burlesque. Il faut ces qualités pour appeler son héros Minor et le propulser au grade ridicule de sous-majordome. De fait, Minor sera souvent moqué, notamment pour son obstination à fumer la pipe alors qu’il ne sait même pas comment la tenir dans sa main. Et il lui arrivera bien des aventures peu reluisantes, en raison d’une certaine lâcheté. Mais c’est un jeune homme très digne aussi, plein de bonne volonté, et puis honnête, et amoureux fou d’une belle jeune fille, Klara. Et l’on s’attache d’autant plus à lui qu’il doit se frotter à une foule de personnages plus ou moins barrés, des kleptomanes au grand cœur, une cuisinière acariâtre, un baron devenu fou, un supérieur, le majordome, confit dans sa dignité et son sens du devoir… Le cadre où il évolue, aussi, n’est pas piqué des vers, entre un village de carte postale, une guerre grotesque et incompréhensible, un château effrayant. Ou encore des habitudes délicieusement improbables, comme ces lettres envoyées par le baron jour après jour à l’épouse qui l’a quitté, et qui sont non pas postées mais emportées au passage par un conducteur de train qui ne ralentit pas son allure pour autant. Nombre de scènes balancent, comme tout ce roman, entre le tragique et le comique, l’auteur ne perdant jamais son sens inégalable de l’ironie, ni la tendresse qui le lie à ses personnages. Ne ratez pas ce roman dans lequel deux ploucs entretiennent un dialogue délirant autour d’un lapin, et où la survie du héros, devenu soudain plus grand que lui, tiendra à des lacets de bottes.

Catégorie : Littérature étrangère anglophone (USA). Traduction : Philippe et Emmanuelle Aronson.

Liens : chez l’éditeur.

Un commentaire sur “Heurs et malheurs du sous-majordome Minor

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  1. C’est amusant, l’auteur se moque du réalisme, sans le quitter pour autant. Il y a quelque chose de voltairien dans ce roman. On ne sait pas pourquoi ceux qui la font sont en guerre, et eux non plus, apparemment, ce qui est exposé sans commentaires, juste avec la pointe d’hyperboles et d’humour qu’il faut pour attirer notre attention sur la langue de bois : « On se bat pour que d’autres n’aient pas à le faire » (p. 70). Le contexte d’un village de cabanes au pied d’un château n’est pas plus commenté par l’auteur: c’est à vous de vous demander s’il n’y aurait pas comme un fossé entre les riches et les pauvres.
    Mais ce n’est pas le cœur du roman. Le cœur, c’est celui de Lucy, le personnage principal, qui bat, comme le titre du livre l’indique, au gré de ses joies et de ses peines.
    Pour François Lechat, c’est un roman d’apprentissage, et je suis tout à fait d’accord avec ça. Il y a une belle évolution du personnage, discrète mais réelle. Et malgré un ton léger, il y a deux ou trois scènes terribles qui ne sont pas pour les petites filles.
    A lire comme ces romans d’Europe du Nord, un peu décalés et pleins d’humour, mettant en scène des personnages plutôt grotesques.

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