À l’aube

Philippe Djian, À l’aube, Gallimard, 2018

Par Brigitte Niquet.

Curieux titre pour un roman où rien ne se passe à l’aube sauf le dénouement, et l’on ne peut pas dire que l’heure matinale y joue un rôle important. Mais depuis 37°2 le matin, Djian s’est fait une spécialité des titres mystérieux ou elliptiques (voir Oh … ou Bleu comme l’enfer), alors va pour À l’aube.

Il n’y a d’ailleurs pas que le titre qui soit elliptique, c’est l’ensemble de la narration qui l’est. Peu ou pas de ponctuation – particulièrement dans les dialogues, ce qui rend leur compréhension parfois difficile ; de nombreux allers-retours passé-présent que rien ne permet de situer dans le temps, c’est la méthode chère à Djian : « Lecteur, débrouille-toi » et si tu t’y perds, ce n’est pas grave, dis-toi qu’on ne te raconte pas une histoire mais qu’on te donne à observer des tranches de vie bien saignantes dans lesquelles mordent en bavant des personnages un peu déglingués, quand encore ils ne se dévorent pas les uns les autres.

Ici donc (nous sommes aux États-Unis, bien sûr), il s’agit de Joan, call-girl et vendeuse de fringues vintage selon les heures, qui rentre au bercail après la mort accidentelle de ses parents pour s’occuper de son frère Marlon, autiste. Une relation très forte se tisse entre eux, que vient menacer l’intrusion d’Ann-Margaret, une voisine sexagénaire mais encore affriolante qui se propose d’assouvir les besoins sexuels de Marlon et ne va pas tarder à devenir très envahissante, au grand dam de Joan. Voilà, on en sait assez, c’est entre eux trois que le drame va se nouer. Les personnages secondaires font en quelque sorte partie du décor, bien que deux au moins jouent un rôle important : John, le shérif, qui flirte sans état d’âme avec la loi pour protéger ses amis, et Howard, ex-amant de Joan puis de sa mère, à la recherche d’un magot que cette dernière aurait caché dans la maison. Mal lui en prendra : Marlon, autoproclamé « gardien du temple », veille au grain.

Rien de bien neuf, donc, dans l’univers ni dans l’écriture de Djian, mais peut-être une acmé qui a permis à Jérôme Garcin de qualifier ce roman de « djianissime ». Joli néologisme…

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

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