Loup et les hommes

Emmanuelle Pirotte, Loup et les hommes, Cherche midi, 2018

Par François Lechat.

Ce remarquable roman a une foule de qualités, et sans doute un défaut : il est lent, très lent. Il aurait pourtant pu être mené à une allure trépidante, car le récit ne manque pas de panache. Au 17e siècle, un noble de province part à la recherche de son frère qu’il a trahi de manière éhontée 20 ans plus tôt, et qui semble avoir survécu à ses malheurs. Il faut dire que ce frère, Loup, avait tout pour attiser la jalousie : enfant bâtard recueilli dans des circonstances mystérieuses, il a un regard magnétique, un courage sans bornes, la beauté du diable et juste assez de vice pour fasciner tous ceux qu’il rencontre. C’est au Québec que son traître de frère tentera de le retrouver, mis sur la piste par une belle Amérindienne qui porte un bijou que seul Loup peut lui avoir donné…

L’aventure commence donc, dans le décor grandiose de la Nouvelle-France, avec son lot de prêtres manipulateurs, d’Indiens aux mœurs étranges, de coloniaux sans scrupule, de guerres sans merci entre tribus indiennes et avec les Européens, de bravoure, de captures, de torture, d’amour, de vengeance… Emmanuelle Pirotte sonde les cœurs, les âmes et la nature, et restitue avec une force peu commune l’animisme, les coutumes et la manière de penser des Indiens, du sage qui décode l’avenir au guerrier qui préfère les hommes. Et elle fait graviter autour de son duo de frères deux femmes au caractère bien trempé, auxquelles on s’attache instantanément. Tout est donc réuni pour que la tension monte, sauf que notre auteure soigne chaque scène, chaque souvenir, chaque méditation de ses personnages, qui sont confrontés à une foule d’interrogations et de dilemmes. C’est subtil, écrit dans une langue très soignée, avec une remarquable empathie, y compris à l’égard des Indiens (inoubliable personnage de Croisée des Chemins, le chaman qui devine tout sauf lorsque les esprits se dérobent). Et les scènes fortes ne manquent pas, poignantes ou angoissantes. Mais il faut aimer se poser, et déguster les instants, les intermittences du cœur, pour ne pas s’impatienter devant ce suspense qui court sur 600 pages. Si vous êtes capable de patience, si vous aimez le beau style et l’intelligence, n’hésitez pas.

Catégorie : Littérature francophone (Belgique).

Liens : chez l’éditeur.

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