Par les routes

Sylvain Prudhomme, Par les routes, Gallimard (L’Arbalète), 2019

Par Brigitte Niquet.

J’ai un problème avec les titres. « Par les routes », quoi de plus plat et de moins accrocheur ? Pourquoi n’avoir pas intitulé ce roman tout simplement L’autostoppeur, puisque de fait, c’est lui seul le sujet, qu’il n’y est question que de lui, de son rapport à l’errance et à la liberté, et qu’il n’est jamais nommé autrement ?

Le héros est en effet un fanatique de l’autostop, non pas comme moyen de déplacement économique pour partir en vacances, mais comme mode de vie choisi, pour voir d’autres horizons, connaître d’autres gens, l’autostop presque comme une religion pratiquée avec ferveur, au mépris de tout le reste.

Au début du livre, Sacha, le narrateur, qui a autrefois partagé le vagabondage de l’autostoppeur, le retrouve par hasard quinze ans plus tard, marié et père de famille, apparemment « rangé des voitures ». Apparemment seulement. Sur l’autel de cette religion, le héros est encore prêt à tout sacrifier : sa femme, Marie, une sainte laïque pétrie d’amour et de patience – mais même la sainteté se lasse… – ; son fils, Agustin, qu’il adore et qui le lui rend bien – mais cela ne suffit pas à le retenir – ; ses amis, fidèles mais incompréhensifs – que va-t-il chercher si loin alors qu’il a, à domicile, tout ce qu’un homme peut désirer ?

C’est qu’il s’agit d’une quête, et quoi de plus difficile à expliquer que l’objet d’une quête ? On a dans les oreilles la voix de Brel : Rêver un impossible rêve / Porter le chagrin des départs / Brûler d’une possible fièvre / Partir où personne ne part… Celle de Julien Clerc : Partir Partir / Même loin de quelqu’un ou de quelqu’une / Même pas pour aller chercher fortune / Oh partir sans rien dire / Partir avant qu’on meure… Et bien d’autres.

L’aventure individuelle est un fantasme assez répandu, mais lorsqu’il s’incarne dans un illuminé comme notre autostoppeur, on peut craindre les dommages collatéraux. Rien, pourtant, ne l’arrête, le voilà qui repart sur la route, puis revient, entraîne Sacha dans un nouveau départ, revient encore, repart… pendant que Sacha, faute de mieux, sert de consolateur à Marie et de père à Agustin. Et ainsi de suite.

Deux questions se posent dès lors :

Cette valse-hésitation suffit-elle à faire un roman ? Non, pour certains, qui parlent d’ »incommensurable ennui ». Oui, pour beaucoup d’autres (dont je fais partie), séduits par ce parcours hors-normes.

Et comment tout cela va-t-il finir, si tant est qu’une fin soit envisageable ? J’espère vous avoir donné le goût, ou au moins la curiosité, d’y aller voir.

Catégorie : Littérature française (récit).

Liens : chez l’éditeur.

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