Un hiver à Paris

Jean-Philippe Blondel, Un hiver à Paris, Buchet/Chastel, 2015

Par Anne-Marie Debarbieux.

Elève dans le milieu très élitiste et impitoyable d’une classe préparatoire littéraire parisienne, Victor, d’origine modeste et provinciale, se sent aussi éloigné de sa famille que des étudiants issus de l’élite de la bourgeoisie parisienne et cultivée dont il n’a pas les codes. Il reste très seul, sans véritable ami, jusqu’à ce qu’au début de la seconde année, il sympathise avec Matthieu qui vient d’arriver en première année. Mais à peine cette relation est-elle ébauchée que Matthieu se suicide au sein même du lycée. Seul témoin du drame et propulsé au statut de seul élève proche du défunt alors qu’il n’avait pas encore eu le temps de le connaître vraiment, c’est vers lui que convergent tous les regards. Sa vie prend alors un tour nouveau : d’abord aux yeux des autres étudiants, il sort de l’anonymat, se sent enfin reconnu et se met à « exister ».

Mais surtout c’est vers lui que convergent toutes les questions dont il n’a pas les réponses, car évidemment personne ne sort indemne d’un tel événement. Pourquoi se suicide- t-on à 18 ans au sein du lycée ? A cause de l’humiliation infligée par l’ironie cinglante d’un professeur ? Cette explication ne suffit pas et Victor est pris à partie par les uns et les autres (et en particulier par le père de Matthieu), il devient dépositaire de confidences qui l’envahissent sans vraiment le concerner, de questionnements qui anticipent une expérience de la vie qu’il n’a pas encore acquise en dépit de sa maturité intellectuelle, de sa sensibilité et de sa lucidité. Il se trouve face à des adultes démunis, désemparés, et parfois manipulateurs, qui attendent de lui une analyse que cette relation d’amitié à peine ébauchée ne peut fournir.

On l’aura compris, l’intérêt du roman est moins de savoir pour quelle raison Mathieu a choisi de mettre fin à ses jours que de suivre les pas d’un jeune étudiant, lui-même encore en quête de sa propre identité, cherchant sa place au sein de groupes dans lesquels il ne se reconnaît pas, confronté à la violence que constitue le suicide sous ses yeux d’un garçon de son âge, et qui se trouve en quelque sorte amené à éclairer des adultes en souffrance qui s’interrogent sur leurs propres responsabilités et à instaurer avec eux des relations complexes voire ambiguës.

Le roman révèle que Victor est devenu plus tard écrivain. Il est peut-être facile de conclure que l’écriture a pu constituer pour lui un tremplin de choix pour trouver un exutoire au bouleversement qui l’a secoué bien des années avant, mais il n’est pas interdit de le supposer.

La narration à la première personne (c’est Victor qui raconte) donne en tout cas forcément au récit un tour intimiste et personnel.

Un très beau roman, tout en finesse.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

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