Les Liaisons dangereuses

Noël 2021
Offrir, lire ou relire de grands classiques

Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses, Durand Neveu, 1782

— Par Catherine Chahnazarian

Lettre 1 : la jeune Cécile Volanges, fraîchement sortie du couvent, se confie à une amie. Elle décrit sa nouvelle vie auprès de sa mère, dans l’attente d’un mariage qui ne saurait tarder. Voilà présenté le personnage le plus candide et le plus pur de ce roman épistolaire. Lettre 2 : la Marquise de Merteuil annonce le mariage de Cécile au Vicomte de Valmont. La jeune fille doit épouser un homme dont la marquise voudrait se venger. En vieil ami et ancien amant, Valmont ne pourrait-il se joindre à un complot destiné à humilier Gercourt ? Le ressort est bandé. Plus on avancera et plus il y aura de correspondances croisées et de personnages, plus ou moins importants, sans pour autant qu’on s’y perde – au contraire : retardements, complications et retournements font la joie du lecteur. Car deux intrigues essentielles s’entremêlent : la vengeance de Madame de Merteuil et la conquête de Madame de Tourvel par le Vicomte de Valmont, deux fils entrecoupés d’intrigues secondaires pleines de piquant. Sans compter que la relation principale (Merteuil/Valmont) va rebondir et ouvrir des situations nouvelles. Obstacles, rebondissements, quiproquos et effets boule de neige sont les ficelles de ce roman.

L’ensemble est d’une subtilité délicieuse que la beauté du style ne dément pas : la finesse de la langue, l’intelligence des raisonnements, l’esprit des réparties n’ont de pair que la manipulation, la perversion, le cynisme de ces deux personnages. Dans cette langue qui n’est plus tout à fait la nôtre, quelques phrases nous échappent parfois, mais c’est sans importance, il faut passer outre et continuer à lire.

On aurait tort de qualifier Les Liaisons dangereuses de roman libertin, ce serait simpliste. Laclos développe avec une habileté exceptionnelle le thème de l’amour dans toutes ses dimensions. Il montre en outre le rôle de nos sens dans nos actions (lettres 96 et 97), et tient un discours d’un féminisme étonnant (explicitement aux lettres 81 et 152). Cette peinture d’une société qui ne maîtrise ni son puritanisme ni son libertinage (la lettre 71 suffirait à expliquer ce qu’est le libertinage) interroge aussi bien le mensonge et le vice que la tradition, la pureté et la passion sincère.

Catégorie : Littérature française.

Liens : en Folio classique.

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