Bescherelle Poche Conjugaisons

Charlotte Monnier (éditrice), Bescherelle Poche Conjugaisons, Hatier, 2018

— Une brève de Florence Montségur

Parce que le présent de l’indicatif, c’est bien, mais d’autres conjugaisons subtiles méritent qu’on se souvienne d’elles, voici un petit livre qui ne détonnera dans aucune bibliothèque, sur aucun bureau, dans aucun cartable.

Les tables sont assorties de petites explications bienvenues. Le format est parfait. Une excellente référence « pour conjuguer vite et bien ».

Catégorie : Extras.

Liens : chez l’éditeur.

404

Sabri Louatah, 404, Flammarion, 2020 (disponible en J’ai Lu)

— Une brève de Florence Montségur

Des Français d’origine algérienne souffrant du racisme, différents par leur capacité de réussir, leurs valeurs, leur sentimentalité ; une femme (de droite) présidente de la République ; l’évolution incontrôlable de l’informatique. Voilà les ingrédients de ce roman un peu bavard et platement écrit au présent, mais fort, et dont l’auteur mérite d’être encouragé pour sa courageuse ambition de nous faire réfléchir à notre civilisation et à notre humanité.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur ; en J’ai Lu.

Grande couronne

Salomé Kiner, Grande couronne, Bourgois, 2021

— Une brève de François Lechat

La vie quotidienne d’une ado dans la grande banlieue parisienne, à la fin des années 90. Père absent, mère courage, rêves sans lendemain, et les plus vieilles pratiques du monde pour se faire un peu d’argent… Un roman cru et attachant, au style aussi peu apprêté que son héroïne. Mineur mais secouant.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Et ils dansaient le dimanche

Paola Pigani, Et ils dansaient le dimanche, Liana Levi, 2021

— Une brève de François Lechat

Dans le sud de la France, au début des années 30, une usine de soie artificielle attire des travailleuses de toute l’Europe. Paola Pigani en suit quelques-unes de près, mais elle ne cherche ni les rebondissements ni l’incarnation. Son roman vaut surtout par sa vérité historique et sociale, et de brefs moments de bonheur.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

S’adapter

Clara Dupont-Monod, S’adapter, Stock, 2021

— Par Anne-Marie Debarbieux

Maman moi-même d’un enfant handicapé et autrice d’un livre sur notre histoire, je suis particulièrement sensible au sujet, et souvent circonspecte devant ce genre très particulier et délicat du témoignage, tant il est complexe si l’on ambitionne de dépasser le simple récit. En l’occurrence, le livre de Claire Dupont-Monod se présente comme un roman et non un texte biographique, ce qui semble étonnant tant il sonne juste.

Ce livre est très réussi pour trois raisons. D’abord parce qu’il est très bien écrit, ensuite parce qu’il adopte un point de vue rarement privilégié, celui de la fratrie de l’enfant différent, une fratrie dont chaque membre réagit différemment, et enfin parce qu’il évite habilement deux écueils : celui du déferlement d’émotion, et celui de la simple description des difficultés rencontrées, deux risques d’autant plus difficiles à contourner qu’il s’agit ici d’un enfant très lourdement handicapé dont l’espérance de vie ne peut dépasser quelques années.

Claire Dupont-Monod choisit la distanciation en faisant parler les pierres de la maison cévenole où se situe l’action ; simples témoins et garantes de l’enracinement familial au sein de cette région un peu austère mais si belle, les pierres racontent simplement, en trois récits successifs, ce qu’elles ont vu et entendu. Ainsi le lecteur suit d’abord le frère aîné qui entretient avec son cadet une relation fusionnelle, puis la petite sœur, plus révoltée, peu à l’aise avec son petit frère et souffrant de la proximité entre les deux garçons, et enfin le petit dernier, né après le décès de l’enfant handicapé, et qui se sent investi d’une sorte de mission de réparation d’une famille cassée dont il n’a pas partagé les années difficiles avec un frère qu’il n’a pas connu.

Tout cela est exprimé avec une grande sensibilité et une pudeur qui capte le lecteur. Les parents, qui restent un peu à l’arrière-plan, sont certes éprouvés, mais ils sont forts, unis, épaulés ; des conditions qui permettent de donner toute leur place aux réactions des frères et sœur, eux aussi marqués du sceau de la différence, si soucieux que soient leurs parents de les préserver.

Ce livre mérite bien, à mon sens, les différents prix qui lui ont été décernés.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

La Princesse de.

Emmanuelle Bayamack-Tam, La Princesse de., P.O.L., 2021 (en format de poche)

— Par François Lechat

« De toutes les femmes du bus, je suis la seule à être un homme » : ainsi commence ce roman vif et audacieux.

On le comprend vite, le narrateur est un homme en transition vers une identité de femme, qu’il ne pourra jamais obtenir par un simple traitement hormonal ou une opération chirurgicale. Car autant il se rêve femme, au point de se travestir pour le public d’un cabaret transformiste, autant il se comporte comme un homme dans certains aspects de sa vie sexuelle débridée, ainsi que dans sa relation très particulière, et touchante, avec sa mère. Sa marche vers l’émancipation sera donc semée d’embûches. Il y aura des moments drolatiques, des flamboyances et des drames, le tout raconté avec une intelligence aiguë et un sens de l’autodérision inépuisable. Et aussi une implacable cruauté sociologique, dirigée contre une foule de faux-semblants, en particulier ceux qui entourent les rôles familiaux.

A condition d’admettre d’être touché, choqué ou interloqué selon les moments, La Princesse de. réserve de formidables bonheurs de lecture. Mais à ne pas mettre entre toutes les mains.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Les cigognes sont immortelles

Alain Mabanckou, Les cigognes sont immortelles, Seuil, 2018 (existe en Points)

— Par Catherine Chahnazarian

Après avoir refermé le livre, je reste toute imprégnée des émotions de Michel, son narrateur, de son regard décalé d’enfant d’onze ou douze ans, trop jeune pour bien comprendre ce qui se passe autour de lui, empêtré dans ce dont on lui a bourré le crâne en classe, les croyances de sa culture, les avis de son père, ceux de sa mère et les raisonnements abscons de son âge. Son langage est savoureux et sa naïveté touchante, tandis que se déroulent dans son pays, le Congo-Brazzaville, des événements graves. Il y a quelque chose, dans ce jeune personnage, du Momo de La vie devant soi, dont Florence nous a récemment rappelé l’existence : spontanéité, sincérité, et puis cette volonté de raisonner, assise sur des savoirs incertains mais sur une culture bien ancrée – qu’Alain Mabanckou nous fait découvrir avec malice. Il nous fait parcourir l’histoire politique de l’Afrique du milieu du XXe siècle aussi bien qu’il nous plonge dans les petits événements qui font le quotidien de Michel dans un quartier populaire de Pointe-Noire, et les grands événements qui perturbent sa famille et font le malheur de son pays. Cela sent aussi fort la morue à la sauce d’arachide que la peur des soldats. Et Michel évolue au milieu d’une galerie de portraits haute en couleurs, à commencer par sa mère, une femme indépendante et entière. Enfin, Mabanckou joue gentiment avec nos nerfs : un suspense monte discrètement en puissance pour finir par nous tarauder — jusqu’à la fin du livre.

Un excellent roman, dépaysant, réflexif et attachant.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur ; au Point ; brève et efficace interview de l’auteur ; le site officiel d’Alain Mabanckou.

Mon mari

Maud Ventura, Mon mari, L’Iconoclaste, 2021

— Par Anne-Marie Debarbieux

Renouveler le thème de la passion et de ses corollaires, le soupçon et la jalousie, si souvent et si magistralement traités par de nombreux et prestigieux auteurs, est une entreprise relativement audacieuse. Et pourtant l’autrice de ce petit roman y réussit plutôt bien en adoptant une tonalité légère et plaisante, ce qui ne signifie pas superficielle. L’héroïne, qui est en même temps la narratrice, possède des atouts qui feraient bien des envieuses : jolie, cultivée, sociable, nantie de revenus confortables, elle est en outre l’épouse d’un homme qu’elle aime passionnément, un mari lui aussi paré de nombreuses qualités, et surtout qui semble au fil du temps toujours très amoureux d’elle. Mais la passion (et peut-être le manque de confiance en elle ?) de cette quadragénaire est telle qu’elle l’amène à un qui-vive permanent et une suspicion dévorante. Ainsi exerce-t-elle un contrôle minutieux des comportements de son mari, le gratifiant d’une surveillance discrète et assidue. À ce petit jeu dont il paraît ne rien remarquer, elle s’épuise (car cette surveillance dévore son temps, donc sa vie) et elle se rend malheureuse. La suspicion constamment entretenue, loin de la rassurer, prend des allures d’engrenage.

Résolument humoristique, ce roman, construit sur l’unité temporelle d’une semaine, se lit très facilement, il est drôle mais pas si léger qu’il peut sembler au premier abord. Sans que les excès de l’héroïne permettent de s’identifier à elle ni d’adhérer pleinement à la conception qu’elle se fait de l’amour, ce texte fait mouche malgré tout et c’est avec curiosité qu’on en attend le dénouement.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Code 612. Qui a tué le Petit Prince ?

Michel Bussi, Code 612. Qui a tué le Petit Prince ?, Presses de la Cité, 2021

– Par Catherine Chahnazarian

J’ai relu Le Petit Prince dans la perspective de découvrir le travail de Michel Bussi, et j’ai bien fait car les allusions et références sont si nombreuses qu’aborder Code 612 sans avoir en tête son inspirateur n’a pas de sens.

Quel sinistre livre, me suis-je dit en finissant Le Petit Prince. Solitude, dangers, incompréhension, séparations, culpabilité, disparition… Je comprends pourquoi ce conte m’avait laissé un sentiment très mitigé quand j’étais jeune : la poésie et les dessins ne compensaient pas ce sinistre sur lequel je peux mettre des mots aujourd’hui. Certes, j’y vois des messages, je perçois des symboliques, c’est un conte philosophique… mais les femmes sont inexistantes (je vous passe le détail de ce que je pense de cette rose), les adultes sont infréquentables (sauf l’allumeur de réverbères ?)… On se demande si l’auteur est misanthrope ou dépressif.

Code 612 est un travail de détective sur le « mystère Saint-Exupéry » pour ceux qui ne peuvent pas admettre qu’il ait simplement été abattu par un aviateur allemand au-dessus de la Méditerranée. Bussi promet d’explorer les deux questions qui taraudent de nombreux adeptes : Qui a tué Saint-Exupéry ? Qui a tué le Petit Prince ? (ça m’a fait un choc car je ne savais pas qu’il était mort), deux questions qui se situent sur des plans différents mais que Bussi mêle et dans lesquelles il s’emmêle parfois un peu (ça a gêné ma rationalité), comme il s’emmêle un peu dans les raisons de l’enquête que mènent ses deux personnages et reste confus sur qui sait quoi, en particulier à la fin où je n’ai pas compris si le commanditaire de l’enquête savait tout depuis le début ou a été lui-même manipulé et pour quelles raisons…

J’ai aussi été dérangée par cette énorme ficelle qui consiste en ce qu’un personnage (l’aviateur) soit le candide auquel l’autre personnage (la jeune détective rousse comme un renard qui sait tout du Petit Prince et de son auteur) va tout expliquer – ainsi donc qu’au lecteur. Les informations nécessaires se situant surtout au début du livre, les chapitres sont, en outre, disproportionnés, certains ne présentant qu’un faible intérêt.

Bref, je l’ai lu jusqu’au bout parce ça m’a amusée d’observer l’influence de la psychanalyse dans les relectures du Petit Prince, et aussi d’exercer ma mémoire pour décoder les références. Mais je n’ai pas été conquise par ce roman – qui est plutôt un conte, ou un étrange mélange des deux.

Peut-être que je n’aime pas les contes.

En tout cas, et l’enfant et la poète en moi vous le disent : le Petit Prince n’est pas mort. (Non mais sans blague !)

Catégorie : Littérature française.

Liens : CODE 612 aux Presses de la Cité ; LE PETIT PRINCE en Folio et en édition de collection ; des documents proposés par Gallimard.

Le Pavillon des combattantes

Emma Donoghue, Le Pavillon des combattantes, Presses de la cité, 2021

— Par Sylvaine Micheaux

Sous ce titre français peu attirant se cache un roman prenant, poignant, parfaitement documenté.

Halloween 1918, Dublin. La première guerre mondiale se termine, même si le commun des mortels n’est pas encore au courant. Mais un combat, qui s’avérera beaucoup plus meurtrier, se joue : la pandémie de grippe noire que nous appellerons grippe espagnole.

Julia, 30 ans, infirmière sage-femme, vit avec son frère rentré mutique de la guerre, victime de ce qu’on ne nomme pas encore stress post traumatique. Elle devient pour trois jours la responsable — car seule soignante encore présente — d’un service annexe de la maternité de l’hôpital de Dublin, où l’on accueille les femmes prêtes à accoucher mais porteuses de la grippe. Le challenge est d’essayer de sauver les mères malades et leur bébé. On va lui adjoindre Birdie, une jeune orpheline hébergée dans une institution proche de l’hôpital, tenue par des sœurs. Birdie n’y connaît rien ni en grossesse, ni en accouchement, mais elle est vive et pragmatique. En cas de gros soucis, elles peuvent faire appel au Dr Lynn, obstétricienne chevronnée (qui a vraiment existé), mais qui est recherchée par la police pour avoir participé à des manifestations du Sinn Fein.

C’est un combat contre la maladie, avec quasiment rien pour soigner, à part l’aspirine (peu recommandée avant un accouchement), les cataplasmes et le whisky — Irlande oblige. Les femmes sont usées par la maladie, la guerre, la malnutrition et les grossesses à répétition : des accouchements violents avec un manque de moyens patent. Dans ce chaos, l’amitié naît entre Julia et Birdie, qui va finir par confier ses conditions ignobles de vie.

Certaines pages sont particulièrement dures à lire, car l’autrice ne nous cache rien des souffrances de la maladie et des techniques d’accouchement de l’époque. Mais ce roman est aussi un condensé de la société irlandaise : la toute-puissance de l’église et du mari, la pauvreté qui gangrène le pays. Un beau portrait de femme, un bel hommage aux soignantes — qui a été écrit avant le début de la pandémie actuelle.

Catégorie : Littérature anglophone (Irlande-Canada). Traduction : Valérie Bourgeois.

Liens : chez l’éditeur.

Le Train des enfants

Viola Ardone, Le Train des enfants, Albin Michel, 2021

– Par Sylvaine Micheaux

Automne 1946, Naples. L’Italie a perdu la guerre, et la région de Naples est plus pauvre que jamais. Les familles miséreuses ont faim et les représentants de la section communiste locale mettent en place un train qui va emmener des jeunes enfants faméliques du Sud passer 6 mois dans des familles d’accueil de la section communiste du Nord (région de Bologne-Modène). Le but est de les éloigner quelques mois de la misère, après des années de guerre, de peur et de faim, de bien les nourrir pour leur « refaire une santé », et de les gâter un peu.

Amerigo est un de ces enfants, 7 ans, presque 8, élevé par sa seule mère, son père étant parti faire fortune aux USA et ayant oublié de revenir. Il est un petit chiffonnier des rues, ne va plus à l’école car il n’aime ni lire ni écrire, même s’il adore le calcul et la musique, et sa maman a trop besoin de son aide.

Il part avec des centaines d’autres, qui meurent tous de peur car, croient-ils, on ne les emmène pas dans le Nord du pays, mais vers la Russie communiste, chez des Russes qui vont ou les manger tout crus ou leur couper les mains ou les cuire au four. Mais après tant d’angoisse, ils arrivent bien tous à Bologne, et Amerigo se retrouve chez une jeune femme seule et sans enfants. Il va enfin retourner à l’école, manger à sa faim et se retrouver dans un petit cocon protecteur. Mais comme prévu, six mois plus tard, malgré la joie de revoir les siens, c’est le retour à la pauvreté, l’arrêt de l’école et de la musique. Comment Amerigo et tous ces enfants à qui on a fait toucher du bout des doigts une autre vie, plus facile, vont-ils le supporter ? Comment refaire le grand écart dans l’autre sens ?

C’est Amerigo qui raconte son histoire, avec des mots vifs d’enfant des rues plein d’humour — et de tristesse parfois –, avec la gouaille d’un petit poulbot napolitain. On se laisse embarquer par cette histoire basée sur des faits réels, ce train ayant vraiment existé. Un vrai plaisir de lecture.

Catégorie : Littérature italienne. Traduction : Laura Brignon.

Liens : chez l’éditeur.

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