Labyrinthes

Franck Thilliez, Labyrinthes, Fleuve noir, 2022

— Par Anne-Marie Debarbieux

Autour du crime sordide qui ouvre le récit, vont évoluer cinq femmes : cinq parcours de vie que le lecteur sera invité à suivre en alternance, en comprenant que plus la lecture avance, moins la réalité est nette et la vérité facile à établir. Les labyrinthes, plusieurs fois évoqués au fil des pages, sont aussi ceux dans lesquels Thilliez nous entraîne, et ils sont complexes, tout comme les parties d’échecs qui jalonnent les relations entre certains personnages !

Bien entendu, il faut attendre les dernières lignes pour être éclairé sans être vraiment sûr (en ce qui me concerne du moins) d’avoir tout bien compris des méandres de cette intrigue tordue à souhait !

Bien que la majorité des commentaires soient aussi élogieux qu’à l’accoutumée, je ne partage pas tout à fait l’enthousiasme général pour ce nouveau thriller de Franck Thilliez. Certes, il est très bien construit, il témoigne une fois de plus de la passion de l’auteur pour les mécanismes complexes du psychisme humain, en prenant cette fois pour piliers du récit, la mémoire et ses incroyables capacités à oblitérer, déformer, transformer la réalité. Un labyrinthe dans lequel se perdent les personnages et le lecteur qui essaie de suivre le fil d’Ariane que l’auteur manipule à son gré.

Mais de ce fait on s’attache surtout à tenter d’échafauder des hypothèses et à trouver les bons chemins au détriment d’un véritable intérêt pour les personnages, qui restent toujours comme un peu à distance. On cherche les mécanismes psychologiques qui les animent ou dont ils sont victimes, on veut comprendre, mais on ne s’attache pas vraiment à eux et leurs vicissitudes ne nous émeuvent pas vraiment.

Questionnements, curiosité, jeu d’hypothèses certes, mais pas de réelle empathie donc, même si l’auteur s’attarde, comme il sait le faire, sur des scènes terrifiantes et des milieux plus que glauques où la folie et l’ambition semblent anéantir toute humanité à l’égard des victimes. En dépit de cette réserve, ce nouveau Thilliez se dévore comme les précédents !

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur.

Broadway

Fabrice Caro, Broadway, Gallimard, 2020 (disponible en Folio)

— Par Catherine Chahnazarian

Comme pourrait le faire un acteur de stand-up, l’auteur nous emmène dans le monde névrotique d’Alex, un quadragénaire qui trouve dans son quotidien de multiples raisons de psychoter, de partir dans des délires échappatoires, et de formuler, au détour des anecdotes et des observations que lui inspire son entourage, des aphorismes souvent très bien shootés. En nous prenant à contre-pied ou en rebondissant, dans un chapitre, sur des éléments des chapitres précédents, il accroît notre plaisir et notre complicité, et donne à l’esprit détraqué de son personnage sa pleine intelligence. Maladresses, lassitude, craintes et lâcheté sont enveloppées dans un burlesque savoureux.

Voici donc une bonne récréation pour décompresser sans lire n’importe quoi. Car Fabrice Caro n’est pas n’importe qui : il s’est trouvé, il est fait pour ça.

Broadway est du même tonneau que Le discours, à cette différence près que cette fois le personnage a la quarantaine, une femme, deux enfants, des voisins et des amis. Chacun apporte sa contribution à la névrose d’Alex, mais c’est surtout la Sécu qui déclenche la crise — je vous laisse découvrir comment !

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur ; en Folio.

Ouvre ton aile au vent

Eloi Audoin-Rouzeau, Ouvre ton aile au vent, Phébus, 2021

— Par Sylvaine Micheaux

Il y avait les romans post-attentats, il y a maintenant les romans post-pandémie.

Paris 2049. Vingt ans auparavant, une pandémie type virus aviaire, qu’on ne nomme que comme « les Événements », a décimé des millions et des millions de personnes. Désormais, les oiseaux sont persona non grata ; interdiction de les élever, de les consommer, et ils ne survivent que dans de petites îles abandonnées par les humains. L’Union européenne n’existe plus ; nous sommes revenus au franc-neuf, gouvernés par un président-dictateur à vie ; la pauvreté et la corruption règnent en maîtres.

Mais tous les ans, le 31 octobre, une espèce de kermesse est organisée : un canard d’élevage est lâché au-dessus de Paris. Celui qui l’attrape à mains nues et en vie aura non seulement le droit de le déguster à la Tour d’Argent en tête à tête avec le Président, mais surtout touchera un énorme chèque le mettant à l’abri pour plusieurs mois. Les jeux du cirque peuvent commencer, l’excitation et la violence sont partout, tous les coups sont permis.

Et si quelques personnes, ayant gardé un soupçon d’humanité, mettaient quelques grains de sable dans l’organisation de cette course-poursuite ?

Les débuts de ce roman sont un peu poussifs, mais très vite on est pris par cette folle histoire, cette fable sur la transformation de notre société, de plus en plus individualiste et violente. Un premier roman original.

Ce roman fait partie de la sélection du prix Lire Élire des Bibliothèques Pour Tous Nord Flandre.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur ; les Bibliothèques pour tous.

Soleil amer

Lilia Hassaine, Soleil amer, Gallimard, 2021

— Par Sylvaine Micheaux

En 1959, en Algérie, Saïd, marié à Naja, père de trois petites filles, est recruté par l’industrie automobile et est envoyé en région parisienne. Sa famille ne le rejoindra qu’en 1964, après la fin de la guerre d’Algérie. Si les débuts sont très durs, beaucoup d’ouvriers étrangers se tournant vers l’alcool pour tenir le choc face au travail à la chaîne déshumanisé et à la solitude, l’ordinaire semble s’améliorer quand on leur octroie un HLM dans une cité flambant neuve. Naja se retrouve de nouveau enceinte mais garder l’enfant serait difficile vu leur pauvreté…

C’est une chronique plus amère que douce qui s’étale des années 60 à la fin des années 80, sur l’insertion difficile des Algériens en France, sur la dégradation rapide des cités, si jolies au départ, et surtout sur la vie de ces petites filles, nées en Algérie mais grandissant en France, leur difficulté à trouver leur place entre modernité et tradition, parfois confrontées au mariage forcé ; de ces enfants, garçons et filles, qui essaient de prendre l’ascenseur social mais sont confrontés à toujours plus d’obstacles.

Un roman qui se lit d’une traite. Petite réserve quand même : autant j’ai trouvé les années 60 passionnantes et bien traitées, autant je regrette que les périodes suivantes aient été plutôt survolées.

Ce livre fait partie de la sélection du Prix Lire Élire des Bibliothèques Pour Tous Nord Flandre.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur ; les Bibliothèques pour tous.

La dernière fois que j’ai vu Adèle

Astrid Éliard, La dernière fois que j’ai vu Adèle, Mercure de France, 2019 (disponible en Folio)

— Par Florence Montségur

Marion gère difficilement l’adolescence de ses deux enfants : Adèle, qui ne lui parle plus ; Timothée, ses écouteurs toujours sur les oreilles. Lorsque Adèle disparaît, Marion est bien sûr dévastée. Et lorsque des attentats terroristes sont commis à Paris, l’angoisse monte encore d’un cran.

Des flash-backs vont nous donner progressivement accès à cette jeune fille pas comme les autres, puis la multiplication des narrateurs va éclairer sa personnalité en construisant petit à petit le sens de son absence. L’autrice a bien monté son roman et elle a du talent. Les lycéens ne s’y sont pas trompés en lui décernant un prix. Adèle est, finalement, un exemple explicatif de l’inexplicable, et Astrid Éliard a du mérite de s’être attaquée à pareilles souffrances.

Pour tout dire, quelque chose dans la psychologie m’a gênée. Peut-être l’extériorité de ce regard, un peu scolaire et dont l’émotion est un peu fabriquée. Mais c’est peut-être cela qui permet aux jeunes d’entrer dans l’histoire et de la lire jusqu’au bout.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur ; en Folio.

Le carnet des rancunes

Jacques Expert, Le carnet des rancunes, Calmann-Levy, 2022

— Une brève de Sylvaine Micheaux

La vengeance est un plat qui se mange froid, très froid. Un comptable insignifiant, souvent harcelé et humilié, décide de se venger pour ses 50 ans – tout est noté dans son carnet, rien n’est oublié.

Intrigue addictive, fin surprenante.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur.

Mémoire de soie

Adrien Borne, Mémoire de soie, J.-C. Lattès, 2020 (disponible au Livre de Poche)

— Une brève de Catherine Chahnazarian

On est au début du XXe siècle dans la France profonde. En se penchant tour à tour sur plusieurs des personnages afin de rendre les différents vécus de la même histoire, ce roman raconte le poids d’un secret de famille et comment les protagonistes en sont arrivés là – des gens simples rendus étranges par le malheur. L’ensemble est sans grande surprise, mais le style sophistiqué plaira aux lecteurs sensibles aux effets recherchés.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez Lattès, au Livre de Poche.

Desperate ménagère de + 50 ans

Anne Noblot-Miaux, Desperate ménagère de + 50 ans, The book edition, 2016

— Par Anne-Marie Debarbieux

Un coup de cœur pour ce petit recueil sans prétention de 25 nouvelles dont j’ai croisé l’auteure par hasard dans un salon du livre. Des textes courts, qui racontent des choses de la vie, des histoires de gens ordinaires. C’est bien écrit, souvent drôle, tantôt touchant voire émouvant, mais jamais mièvre, tantôt ironique voire percutant, mais jamais méprisant. Les registres et tonalités sont variés, le regard est souvent amusé, lucide mais bienveillant. Ainsi va la vie ! L’auteure ne traque que la bêtise et les préjugés et elle ne donne de leçon à personne. Bref, cela sonne juste parce que c’est très humain ! Par exemple, la description apocalyptique des courses à l’hypermarché (qui évoque l’humour irrésistible de certains sketches d’Anne Roumanoff), ou celle de l’ado qui prend naïvement son premier émoi pour le grand amour, ou encore l’évocation de la mère de famille qui attend vainement des compliments pour le repas qu’elle s’est donné tant de mal à préparer.

On peut penser que la carrière d’Anne Noblot-Miaux, effectuée dans l’univers médical, lui a permis de rencontrer beaucoup de gens très différents qui ont pu constituer un terreau fertile pour lui inspirer quelques traits de ses personnages ! Encore faut-il s’intéresser vraiment aux gens ordinaires pour braquer avec bonheur les projecteurs sur eux le temps d’une histoire fictive de quelques pages !

Catégorie : Nouvelles et textes courts.

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La poursuite de l’idéal

Patrice Jean, La poursuite de l’idéal, Gallimard, 2021

— Par Marie-Hélène Moreau

Il est de plus en plus rare de nos jours de lire un roman aussi volumineux (496 pages sous forme de longs chapitres). Et tel n’est pas l’unique gageure de ce livre puisque, à la longueur, il associe la densité du récit.

De quoi s’agit-il ? Sous une forme que l’on pourrait qualifier d’ « Houellebecquienne », l’auteur nous invite à suivre la vie de Cyrille Bertrand (“notre héros” comme il le qualifie), poète putatif, éternel hésitant devant les complexités et opportunités de la vie. À noter cependant que la référence aux personnages de Michel Houellebecq s’arrête là, notre héros étant clairement moins déprimé que ceux de notre gloire nationale !

De son adolescence dans une petite ville de province dans laquelle il se rêve en Baudelaire à son arrivée laborieuse à Paris, nous le suivons au fil de ses amours contrariées, ses tentatives professionnelles hasardeuses, ses amitiés parfois douteuses. Il se cherche, indubitablement, un peu perdu dans ce monde foisonnant, se trouve parfois mais pas pour longtemps, hésite et s’interroge, et nous avec lui. L’occasion pour l’auteur, dans un style extrêmement fluide (même si l’on peut regretter certaines longueurs) d’alterner les considérations intimes (les émois amoureux, les désillusions amicales, les ambitions contrariées…) et sociétales (le capitalisme, le vide intellectuel du monde moderne, le monde de l’entreprise…). Tous sujets qui font échos aux débats actuels en en livrant une vision parfois un peu caricaturale et orientée mais souvent drolatique.

Un roman ambitieux donc, portrait de notre époque et ses travers, et dans lequel, si tout n’est pas totalement réussi, on se laisse facilement emporter.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Ce genre de petites choses

Claire Keegan, Ce genre de petites choses, Sabine Wespieser, 2020 (disponible au Livre de Poche)

— Par Catherine Chahnazarian

Bill Furlong livre du charbon, du bois et tout ce qui permet de se chauffer aux habitants de New Ross, Irlande. Il a beaucoup de travail en ce début d’hiver. Il pourrait, et il voudrait se contenter de s’intéresser à son quotidien, à sa femme et ses filles, de faire en sorte qu’elles aillent bien. Mais — est-ce parce que c’est bientôt Noël ? — quelque chose le turlupine alors même qu’il préférerait ne pas y penser. Et puis quelque chose le met mal à l’aise…

C’est ce malaise (et le nôtre) qui fait toute l’histoire de ce court roman, simple et réussi, aux thèmes universels : l’importance, pour chacun, de ses origines, et le choix d’agir ou de laisser faire, d’être courageux ou lâche.

Une belle découverte, qui se dévore d’une traite et donne envie de lire d’autres récits de Claire Keegan.

Mais attention que la quatrième de couverture raconte toute l’histoire ou presque. La lire avant de lire le livre gâterait tout. Un roman, ça se découvre sinon rien !

Catégorie : Littérature étrangère (Irlande). Traduction : Jacqueline Odin.

Liens : Chez Sabine Wespieser ; au Livre de Poche.

Le goût des garçons

Joy Majdalani, Le goût des garçons, Grasset, 2022

— Par François Lechat

D’habitude, on considère que ce sont les garçons qui, à 13 ans, commencent à être obsédés par les filles, leur corps, la sexualité, et à chercher toutes les occasions de découvrir le plaisir. Ici, le propos est inversé, et c’est d’autant plus frappant qu’il se situe au Liban, dans le monde de la bourgeoisie catholique francophone qui envoie ses enfants dans des collèges très stricts, dirigés par des religieuses. La quête de la narratrice ne vise donc pas seulement l’amour et le désir, mais aussi la soustraction à tous les contrôles, familial, religieux, social… Et cette entreprise sera à la fois facilitée et compliquée par ces deux piliers de la vie adolescente, internet et les copines, qui peuvent à tout moment se retourner contre vous.

Joy Majdalani raconte tout cela avec un sens aigu du beau style, peaufinant ses phrases pour y insérer des mots crus ou des détails intimes sans se vautrer dans le vulgaire. Une ligne de crête que l’on retrouve aussi sur le fond, le regard féministe étant contrebalancé par un goût assumé des garçons. Pour autant que je puisse en juger, cela sonne vrai, tout en restant de la littérature. Une curiosité qui vaut le détour.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Fugu

Marie Christine Collard, Fugu, Noir au Blanc, 2018

— Par Anne-Marie Debarbieux

Bouleversée par la révélation d’un secret familial, Caro décide d’anticiper immédiatement  le séjour au Japon prévu un peu plus tard pour la poursuite de ses études. Elle ne part pas tout à fait dans l’inconnu puisqu’elle parle assez bien la langue japonaise et qu’elle a là-bas un ami pour l’accueillir et l’aider à s’insérer. Cependant, vivre dans un pays aussi différent de la France n’est pas si facile et Caro est vulnérable : elle est loin de maîtriser les codes de la culture japonaise et elle est encore sous le choc de l’événement qui a précipité son départ. C’est ainsi qu’elle se trouve rapidement sous l’emprise d’un Franco-Japonais, brillant, séduisant, aux prises avec une double culture qui semble être un poids autant qu’une richesse, et assujetti lui aussi à un passé familial difficile à assumer. Dès lors la passion emporte Caro, en dépit de toutes les mises en garde, et l’amène aux confins de situations extrêmes d’où l’on ne revient pas indemne.

Car Kenji est un homme dangereux, glauque, blessé par la vie, qui cherche à affronter les démons qui le hantent. Perversité ? Machiavélisme ? Excès de souffrance ? Il est bien difficile de cerner le personnage dont la fascination s’exerce aussi sur le lecteur et engendre un vrai suspense psychologique.

En dépit de quelques longueurs peut-être, le suspense est bien ménagé jusqu’au bout et l’intrigue demeure originale dans ce contexte japonais mystérieux, attirant, et très dépaysant.

Catégorie : Littérature française.

Liens : le blog de la maison d’édition, le blog de l’autrice, la page consacrée à Fugu.

Mona

Pola Oloixarac, Mona, Seuil, 2022

— Par François Lechat

De prime abord, le thème a déjà été traité. Ce n’est pas la première fois, en effet, que l’on réunit des écrivains dans un lieu dédié à la littérature (ici, en vue de la remise d’un prix prestigieux, quelque part en Suède) et que l’on observe leurs comportements à la loupe, entre vanités à peine voilées et tentatives de coucherie.

Sauf qu’en fait, l’angle abordé par Pola Oloixarac est différent. Il flotte dans son roman une ambiance de fin du monde, de crise de la littérature et du sens, d’exténuation de l’envie et de dérèglement des identités. En suivant les événements du point de vue de son héroïne, Mona, Pola Oloixarac fait ressortir les ambiguïtés du féminisme (assumer sa sexualité ou rester rivée au désir masculin ? Prendre les corps comme ils sont ou les embellir ?), la vacuité des discours à la mode et la menace d’une catastrophe environnementale.

Si son récit ne manque pas d’humour, c’est un humour érudit et grinçant qui domine ici, au service d’une certaine noirceur. Encensé par la critique américaine, ce roman se lit d’une traite mais s’adresse à un public d’intellectuels aguerris.

Catégorie : Littérature étrangère (Argentine). Traduction : Isabelle Gugnon.

Liens : chez l’éditeur.

La Rivière Pourquoi

David James Duncan, La Rivière Pourquoi,
Monsieur Toussaint Louverture, 2021
(1983 pour la première édition aux U.S.A., 1999 pour la première traduction en français chez Albin Michel)

— Par Catherine Chahnazarian

Gus Orvsiton a – c’est de famille – un goût immodéré pour la pêche. C’est un ours sauvage et poétique, aussi rationnel que délirant. Car, entre des parents très différents l’un de l’autre et un frère différent tout court, puis un ami original, Gus développe à la fois des connaissances pratiques voire terre-à-terre, un esprit scientifique salvateur et une sorte d’ouverture d’esprit à toutes les imaginations, croyances, fois et déités. Il nous raconte avec un bagou savoureux sa naissance, son enfance, son départ du nid familial et sa manière à lui de devenir un homme : ses expériences solitaires et sociales, ses obsessions et ses tentatives de rester sain d’esprit ; sa vie dans les paysages dynamiques de l’Oregon. Montagnes, forêts attirantes et rivières pleines de méandres, de rapides et de pools poissonneux constituent les décors de ses aventures concrètes (car Gus se mouille !) et spirituelles. Vous verrez que la pêche dans tous ses détails est un remarquable support pour ce qu’on pourrait qualifier de roman d’apprentissage, ouvrant sur l’action et la réflexion, le cocasse et le romantique. On rit, on craint, on espère, on passe par toutes sortes d’états avec ce personnage extraordinaire et improbable, admirablement construit, sans qu’à aucun moment il ne nous lasse ou déçoive. C’est que l’ensemble est riche et impliquant – et d’ailleurs un peu exigeant. La plume de David James Duncan – dont la traduction tient de l’exercice d’acrobatie — doit être saluée pour son originalité et sa capacité à nous ferrer en douceur et ne plus nous lâcher.

Catégories : Redécouvertes, Littérature anglophone (U.S.A.). Traduction : Michel Lederer (revue et corrigée pour cette édition).

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La décision

Karine Tuil, La décision, Gallimard, 2022

— Par Sylvaine Micheaux

Un roman qu’on dévore, sur un sujet plus que délicat, l’héroïne,
Alma Revel, étant juge au pôle antiterroriste à Paris. Elle doit décider de la
remise en liberté ou pas d’Abdeljalil, 23 ans, appréhendé avec femme et bébé à
son retour de Syrie mais clamant n’avoir participé à aucune exaction. Difficile
de se décider (maintien en prison ou libération au bénéfice du doute), surtout
quand on est la maitresse de l’avocat du jeune homme.

Une plongée dans le monde violent et complexe du terrorisme
islamique. Un beau portrait de femme au métier dangereux et épuisant.

Une fin en demi-teinte, à laquelle je ne crois pas vraiment,
mais dont je ne peux parler sans tout dévoiler.

Catégorie : Littérature française.

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