La fille d’avant

J.P. Delaney, La fille d’avant, Mazarine, 2017

Par François Lechat.

C’est un des thrillers du moment, précédé d’une campagne marketing très efficace. On nous fait savoir que l’auteur est bien connu et publie ici son premier thriller sous pseudonyme, que les droits de l’ouvrage ont déjà été vendus dans 35 pays et que le livre sera adapté au cinéma par Ron Howard. Autrement dit : plaisir garanti, puisque tout le monde y croit. De fait, c’est un excellent roman de plage, mais à conseiller plutôt à un public pas trop aguerri. L’auteur a placé le meilleur au début : une construction en alternance (deux époques, deux femmes) qui tisse habilement le destin de ses deux héroïnes autour d’une même maison et d’un même homme. Tout ce qui est arrivé à Emma trouve son prolongement exact dans l’histoire de Jane parce qu’elles ont loué, l’une après l’autre, une maison inouïe dans la banlieue de Londres, un cube high-tech et minimaliste dans lequel aucun appareil n’est visible à force d’automatisation et de sophistication. Avec un os, néanmoins : pour avoir le privilège d’y habiter, il faut admettre un code de comportement draconien imposé par un architecte mégalomane qui, bien sûr, va rencontrer ses locataires et les embarquer dans une histoire inquiétante… La mise en place est remarquable, l’histoire se déploie ensuite de manière trop maîtrisée, et l’on accueille avec plaisir le moment où quelques retournements de situation remettent du sel dans une histoire qui semblait pliée. Il n’empêche que le final peut décevoir les habitués du genre, qui l’auront sans doute anticipé. Je reviens donc à mon verdict initial : ce livre sans un poil de graisse est à recommander aux lecteurs occasionnels, qui le trouveront épatant. Les autres apprécieront de découvrir un thriller dont le véritable héros est une maison.

Catégorie : Littérature étrangère anglophone (USA).

Liens : chez l’éditeur.

Maman a tort

Michel Bussi, Maman a tort, Presses de la Cité, 2017

Par Marie-Claude Donner.

Une fillette de trois ans et demi affirme que sa maman n’est pas sa vraie maman.

Pourquoi ?

Faut-il la croire ?

Un suspense psychologique, facile à lire ; juste ce qu’il faut pour les vacances.

Catégorie : Policiers et thrillers (France).

Liens : chez l’éditeur.

Quand sort la recluse

Fred Vargas, Quand sort la recluse, Flammarion, 2017

Par Catherine Chahnazarian.

Cette nouvelle enquête du commissaire Jean-Baptiste Adamsberg (ou devrais-je écrire « ces nouvelles enquêtes » ?) joue un peu trop explicitement sur les bulles qu’il a dans la tête, des proto-pensées qui le taraudent et auxquelles il a du mal à accéder. Mais on retrouve avec bonheur ce personnage si particulier et si poétique, de même que ses principaux acolytes : ici Louis Veyrenc, surtout, l’ami proche, le complice ; Violette Retancourt, le fidèle lieutenant ; Voisenet, le zoologiste amateur, et Froissy, qui a toujours une tranche de cake pour les merles.

Il y a, comme souvent chez Vargas, quelque chose d’un peu faible dans l’intrigue, mais qui n’empêche pas de dévorer le livre : originalité de l’idée et de son montage, fluidité du récit, moments de vie intenses et imaginatifs dans lesquels on retrouve des joies et des peurs d’enfant, le Beau et l’abject, un rapport sain à la nature, des relations humaines en tous genres (amitié, fidélité, trahison…) et quelque chose de doux qui arrondit les angles d’une affaire policière pourtant sale – très sale.

Une fois le livre refermé, il faut se faire une raison :  il va de nouveau falloir vivre sans Jean-Baptiste Adamsberg pendant des mois, se contenter de le laisser là, allongé par terre sous son tilleul, le nez dans les étoiles, en attendant un nouvel épisode.

Catégorie : Policiers et thrillers (Belgique).

LiensQuand sort la recluse chez l’éditeur. Critique de l’opus précédent : Temps glaciaires.

La chair

Rosa Montero, La chair, Métailié, 2017

Par Catherine Chahnazarian.

L’auteure est espagnole, l’action se passe à Madrid et le personnage de ce livre, Soledad, ce qui signifie « solitude » en espagnol, se construit au fur et à mesure que l’on avance dans l’intrigue. Car il y a une intrigue – assez forte même – alors qu’au premier abord on pourrait croire qu’on a affaire à un roman psychologique proche du dialogue intérieur. C’est que le personnage est caléidoscopique – ce qui est une autre manière de dire complexe – et que l’écriture l’est aussi – ce qui est une autre manière de dire que la construction n’est pas banale et que les chapitres se suivent de manière parfois très inattendue. Soledad est cultivée, désaxée, imprudente, obsédée par sa soixantaine, sportive et… vraie.

Seul bémol, une traduction qui mériterait d’être revue (quelques fautes d’orthographe, de mauvais choix de conjugaison, quelques coquilles), mais voici un roman prenant et touchant, bousculant un peu aussi, malin, sensible. Je l’ai beaucoup aimé et je ne le conseille pas seulement à ceux qui découvrent les angoisses de la soixantaine.

Catégorie : Littérature étrangère (Espagne). Traduction : Myriam Chirousse.

Liens : chez l’éditeur.

Les furies

Lauren Groff, Les furies, éditions de L’Olivier, 2017

Par Brigitte Niquet.

Il est bien rare de partager ses coups de cœur avec des célébrités aussi respectables que Barack Obama. Eh bien voilà, c’est le cas : l’ex-président des Etats-Unis avait élu Les furies meilleur roman de l’année 2015, j’y souscris de tout cœur et j’ajoute que, pour ma part, c’est un des meilleurs romans que j’aie jamais lus. Il « scotche » le lecteur du début à la fin, tant par le contenu (bouleversant) que par le style (époustouflant).

Pour ce qui est du contenu, soulignons d’emblée la parenté entre Groff et Fitzgerald, entre le couple Lotto/Mathilde imaginé par Lauren Groff et le couple mythique Scott/Zelda, bien réel celui-là nonobstant sa dimension littéraire. On pense à Gatsby le magnifique, à Tendre est la nuit… « N’est pas Fitzgerald qui veut », certes, mais qu’elle le veuille ou non, Groff s’inscrit dans cette lignée tout en traçant son propre chemin. Un point commun évident au départ de l’histoire : deux jeunes gens solaires, beaux, talentueux, charismatiques, se rencontrent et tombent éperdument amoureux l’un de l’autre. Dans le roman de Groff, ils se marient au bout de quinze jours et semblent promis à un avenir radieux. Elle est mannequin et abandonne son métier pour se consacrer corps et âme à son grand homme. Il est comédien débutant fauché, puis bientôt dramaturge célèbre brassant beaucoup d’argent et en claquant davantage dans une vie de fêtes sur lesquelles règne Mathilde avec son éternel sourire, Lotto n’ayant qu’à paraître pour enflammer les cœurs et les corps. Où est la faille ? Dans le passé de l’un et de l’autre, sur lequel ils ne se sont jamais menti mais se sont tus. Chaque personne a sa zone d’ombre, paraît-il. Celle de Mathilde est tellement gigantesque que sa révélation obscurcira à jamais la vue de son amant et détruira jusqu’au souvenir du bonheur. La première moitié du roman se lit à travers les yeux de Lotto, la seconde à travers ceux de Mathilde, qui livre peu à peu au lecteur les bribes de ses vingt premières années auxquelles on se demande comment elle a pu survivre.

Quant au style, il est tellement admirable Lire la suite « Les furies »

La Porte des enfers

Laurent Gaudé, La Porte des enfers, Actes Sud, 2008 (2010 en poche « Babel »)

Par Agnès Huynh.

Vous réagiriez comment si votre fils mourait sous le coup d’une balle perdue alors que vous tentez de le protéger en faisant bouclier avec votre corps ? Vous réagiriez comment si votre femme vous demandait de lui ramener son enfant vivant, votre enfant ? Vous réagiriez comment si une de vos rencontres vous proposait de vous mener jusqu’à la porte des enfers pour tenter de retrouver votre petit ?

En tout cas, Matteo doit faire face à toutes ces questions. C’est la destruction de sa famille. C’est la destruction de son univers. Le temps s’arrête. Rien n’existe plus. Sa première réaction est de s’enfermer dans la solitude de son taxi. L’idée de la vengeance germe à son esprit. Il met alors tout en œuvre pour retrouver le tireur de cette balle qui a fauché son fils.

Le fait de retrouver l’assassin est accessoire dans cette histoire. On pourrait croire que tout s’arrête là, avec le face à face. Mais non, ce n’est pas suffisant. Après avoir obtenu réparation, il continue son errance. Car rien en fait rien n’est réparé. Rien n’est plus comme avant et rien ne le sera jamais plus.

Au fil de ses tournées nocturnes en taxi, il va fréquenter un groupe de marginaux : un transgenre, un vieux prêtre en guerre contre le Vatican, un homme qui aime les jeunes garçons. Ce dernier tient des théories étranges, notamment sur les Enfers. Et un soir de désœuvrement, un soir de désespoir, un soir où le besoin d’agir devient nécessité, le petit groupe décide de trouver ce passage pour les Enfers. On assiste alors à une épopée qui n’est pas sans évoquer les Enfers de Dante.

L’auteur se met à flirter avec le fantastique par petites touches, sans jamais nous immerger. Mais il nous embarque dans cette aventure hors du commun. Matteo sera-t-il à la hauteur ? Va-t-il réussir à pénétrer dans ce monde des ténèbres ?

Malgré le thème du deuil qui est omniprésent dans ce roman, cette histoire, ou plutôt cette fable, est pour moi une ode à la vie. La fin donne une note d’espoir et de tendresse superbe. Faut-il mourir pour renaître ? Mais la loi de la tradition persiste ici aussi : une vie pour une vie. Laurent Gaudé nous offre un magnifique texte servi par une très belle écriture avec un style fluide, des mots qui sonnent juste et qui percutent. Un bon moment de lecture garanti.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur ; voir aussi notre critique de Salina.

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