Vulnérables

Richard Krawiec, Vulnérables, Tusitala, 2017

Par François Lechat.

Ecrit à la fin des années 80, Vulnérables n’a trouvé un éditeur qu’en 2016, « dans le sillage de l’élection présidentielle » comme l’écrit l’auteur dans sa préface. De fait, ce roman a quelque chose de prophétique : il est centré sur les laissés-pour-compte du rêve américain, ceux qui, à côté de la clientèle aisée des Républicains, ont mené Donald Trump à la victoire. Ne craignez pas, pour autant, de lire ici un livre plombé par la politique, ou par la crise économique (même si Billy, l’anti-héros, note qu’en 19 ans de mariage son père n’a économisé que 174 dollars). Les emplois n’étaient pas rares, à la fin des années 80, et les restructurations de l’industrie sont à peine évoquées dans ce roman qui s’en tient à la sphère privée. Celle-ci, par contre, est passée au laser, et on imagine bien la plupart des personnages de Richard Krawiec votant pour Donald Trump, à supposer qu’ils votent. Car ce qu’ils ont d’abord en commun, c’est une profonde misère culturelle, psychologique et affective, un horizon étriqué, un quotidien sans perspectives, des loisirs abrutissants, la peur de manquer et des addictions de toute sorte. Seule fait exception, ici, Sharon, qui ne se laisse pas arrêter par sa polio et par les béquilles dont elle dépend. Mais elle ne peut pas grand’ chose, à elle seule, contre l’enchaînement des motifs qui ont amené Billy à la délinquance et ont conduit ses parents à se claquemurer chez eux et à l’empêcher de voir sa sœur, jusqu’au moment où il lui faut revenir pour aider sa famille. Dans les basses classes d’une petite ville américaine, tout le monde se cogne à tout le monde, au propre comme au figuré. Cela n’empêche pas les cœurs de battre, ni Billy de vouloir s’en sortir, mais les moyens manquent, et le minimum de maîtrise nécessaire pour ne pas rechuter. Tout cela est mis en scène sans excès, sans complaisance, de façon d’autant plus humaine que c’est Billy, le pire de tous, qui se raconte et tente de vaincre ses démons, et y arrivera peut-être. Il n’empêche : d’une plume très sûre, à coup de détails qui font mouche, avec un style nerveux et vivant, Richard Krawiec nous plonge dans une sorte de cauchemar éveillé, heureusement traversé par des éclairs d’humanité.

Catégorie : Littérature étrangère anglophone (U.S.A.). Traduction : Charles Recoursé.

Liens : chez l’éditeur.

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