La panthère des neiges

Sylvain Tesson, La panthère des neiges, Gallimard, 2019

Par Jacques Dupont.

On connait Sylvain Tesson, infatigable marcheur et causeur. Or le voici, immobile et silencieux, à l’affût de la panthère des neiges, par -20° C, sur les versants du haut Tibet.

Mais la panthère des neiges est-elle encore de ce monde, n’a-t-elle pas disparu ? Non, répond plaisamment Munier : elle le fait croire.

Car Vincent Munier, le photographe animalier qui a initié l’expédition, « sait ». Un jour, regardant la photo qu’il avait prise d’un faucon posé sur une anfractuosité, il l’a vue, la panthère, sa tête saillant de derrière un rocher. Il l’a enfin vue, faut-il insister : de l’épreuve, regardée cent fois, il n’avait jusqu’alors vu que le centre, le faucon. Les bords de l’image, ses frontières intérieures et leurs confins lui avaient échappé.

Qu’est-ce donc que « voir » ?  Comment s’y prend-on pour voir une panthère des neiges ? L’histoire, on l’aura compris, n’est pas que d’y retourner, au Tibet, de s’y planquer dans un trou dans la neige, et d’attendre, à l’affût. À dire vrai, nous tenons moins la position de l’affût que celui-ci nous tient. Dans la nature, cent paires d’yeux nous épient, que nous ne voyons pas. Qui, sur la photo de Munier, regardait qui ?

La panthère, tout au long du récit, n’aura de cesse de regarder à leur insu les aventuriers. Son apparition, déchirure blanche dans la toile des paysages enneigés, permettra à Sylvain Tesson de sentir la conversion de son propre regard.

L’affût, c’est un peu régler sa dette envers la beauté du monde, tout simplement en tenant son âme en haleine, c’est une ligne de conduite, qui fait que la vie ne passe pas, comme ça, comme si de rien n’était, l’air de rien.

La panthère des neiges n’est pas un exercice de spiritualité tiré de la pharmacopée new-age. Il est bien plus modeste et pertinent que cela. Gage de bon sens : l’auteur y rit souvent de lui-même, de son goût pour l’emphase, de ses pétards parfois mouillés.

Il est écrit en chapitres très courts, j’ai pensé à des tableaux en vue d’une exposition. Je l’ai lu d’une traite.

Catégorie : Littérature française.

Liens : la page consacrée au livre et une interview de Sylvain Tesson chez Gallimard. Lire aussi la critique d’Un été avec Homère, du même auteur, par Anne-Marie Debarbieux.

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