Derrière la porte

Sarah Waters, Derrière la porte, Denoël, 2015

Par François Lechat.

700 pages qui se lisent très vite, mais qui démarrent lentement. C’est que, au début, il n’y a pas grand’ chose à raconter : dans la banlieue de Londres, après la guerre 14-18, une jeune femme et sa mère doivent louer une partie de leur maison à un jeune couple pour faire rentrer de l’argent. Alors, évidemment, l’héroïne, Frances, a des états d’âme, gamberge, observe, épie, s’interroge, s’adapte difficilement… Jusqu’à ce que des liens se tissent, pas ceux que l’on attendait, et que des événements se dessinent, que l’on sent venir sans tout à fait y croire. Puis qu’une intrigue se noue, simple et forte, puis rebondisse car la situation n’est pas facile, puis prenne des tours surprenants, éprouvants, dramatiques. De sorte qu’on lit les 300 dernières pages d’une traite, tellement elles sont tendues, mais en devant faire quelques pauses pour souffler un peu (un conseil : ne lisez surtout pas la quatrième de couverture !).

Au final, il est évident que l’auteur n’a jamais dévié de sa route : tout est focalisé sur son héroïne, dont les moindres sensations sont exposées, décryptées, soulignées. Mais les détails un peu longuets du début ont fait place, progressivement, à des réactions âpres, passionnelles, charnelles, engageant des instincts et des sentiments contradictoires, un désordre moral fort bien rendu. Avec un final courageux, car l’auteure évite ce qui aurait pu la tenter : faire de la grande littérature.

Catégorie : Littérature étrangère anglophone (Royaume-Uni). Traduction : Alain Defossé.

Liens : chez Denoël.

Le fils

Philipp Meyer, Le Fils, Albin Michel, 2014 (disponible en Poche)

Par François Lechat.

Un roman intelligent, passionnant, impressionnant — et exigeant. Pas tant par le vocabulaire (d’une grande richesse pour décrire la vie au Texas et chez les Comanches) que par le jeu des allusions et des ellipses qui contraint le lecteur à comprendre à demi-mot, à deviner les motivations ou les actes que l’auteur ne veut pas décrire platement. Si l’on joue le jeu, on apprécie cette retenue qui évite d’en rajouter à des événements qui sont déjà hors normes. Car ce roman épique et distant raconte près de deux siècles de la vie d’une famille de Texans confrontée aux Indiens, aux Mexicains, aux concurrents de tous bords et à la transformation d’une société agraire en un gigantesque champ de pétrole. C’est dur, précis, haletant, formidablement organisé autour de trois récits qui alternent, s’imbriquent et se font écho, chacun centré sur une génération différente. Avec de beaux personnages de femme dans un monde d’hommes, et toute la gamme des attitudes que provoque la nécessité de survivre dans une contrée où la violence fait loi.

Catégorie : Littérature étrangère anglophone (USA). Traduction : Sarah Gurcel.

Liens : chez Albin Michel.

Le Chardonneret

Donna Tartt, Le Chardonneret, Feux croisés/Plon, 2014 (disponible en Pocket)

Par François Lechat.

Le roman-phare de l’année 2014 en France, et c’est mérité. Sur près de 800 pages dans l’édition grand format, un roman d’apprentissage comme on n’en fait plus : riche, déroutant, amenant son héros dans des pays et des milieux sociaux fortement contrastés, mêlant analyse psychologique, dissection très concrète des mœurs contemporaines et éléments de thriller frôlant le trash. Avec, pour le héros, un enjeu insolite, rester propriétaire d’une petite toile de maître volée dans des circonstances dramatiques. C’est exagéré de parler de « Dostoïevski sous amphétamines », mais c’est bien l’idée. Le plus réussi : un formidable restaurateur de meubles anciens qui donne envie d’ouvrir illico un atelier, et les pages d’amour les plus déchirantes qu’on ait jamais écrites. Cela vaut donc la peine de franchir le cap des chapitres d’exposition et de quelques autres réussis, mais très psychologiques.

Catégorie : Littérature étrangère anglophone (USA). Traduction : Édith Soonckindt.

Liens : Page consacrée au livre chez l’éditeur. Le Chardonneret (titre original : The Goldfinch) a reçu le prix Pulitzer 2014.

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