Un appartement à Paris

Guillaume Musso, Un appartement à Paris, Xo, 2016

Stylo-trottoir : dans un bus, femme, une bonne trentaine d’années.

Le problème, quand on interroge une dame qui lit un thriller de l’auteur préféré des Français (encore jeune et beau), c’est qu’elle n’apprécie pas nécessairement d’être dérangée. Les réponses de celle-ci sont brèves et évasives. Si elle pouvait, elle répondrait par onomatopées, peut-être pour ne pas devoir greffer d’autres mots sur les phrases qu’elle est en train de lire, qui s’enchaînent à grande vitesse et dont le flux semble ne pas souffrir d’être interrompu. Alors qu’en ressort-il ? Ils sont deux, mais ce n’est pas un couple. Ils se sont rencontrés par hasard. Ils ne devraient pas s’entendre mais ils sont d’accord de retrouver des tableaux. Il y a des trucs durs dans la vie du peintre.

– Quel peintre ?

– Celui qui vivait dans l’appartement. Plus l’enquête avance plus c’est dur pour tout le monde : les deux héros et nous. Glaçant.

– Est-ce que c’est comme dans… [sur le coup, les titres ne me reviennent pas, c’est horrible] : on croit qu’on a compris, que le truc est ficelé, et puis ça continue quand même, c’est ça ?

– C’est ça.

Et de fait, ça se vend comme des petits pains.

– Alors, ce n’est pas un succès de réputation ?

– Ah ! Non !

Catégorie : Policiers et thrillers (France).

Liens : chez l’éditeur.

La série des Bernie Gunther

Philip Kerr, 12 romans policiers historiques dont le personnage central est Bernie Gunther, Le Masque, 1993-2017

Stylo-trottoir : autour d’une table.

Il est tellement enthousiaste que son expression est hachurée comme un électrocardiogramme qui s’affole.

– Dès la première page, t’es complètement dedans ! J’adore. C’est formidable.

Il est en train de lire La dame de Zagreb (2016), le dixième opus de la série. Il a lu tous ceux qui précédaient. Parce qu’il s’intéresse à la deuxième Guerre mondiale et que tous ces romans tournent autour du nazisme, et parce que les événements auxquels Bernie Gunther est confronté sont non seulement historiques mais très variés.

– Il peut aussi bien s’agir de la montée du cinéma à cette époque que du massacre des officiers polonais à Katyn. Il y a Gunther, et puis les autres personnages sont des personnages historiques. C’est un cynique…

– L’auteur ?

– Mais non, Gunther ! Y a plein d’humour grinçant. Lui, il est anti-nazi, mais évidemment il ne peut pas le dire à tout le monde…

Il hésite un peu, se racle la gorge, réfléchit rapidement et conclut :

– Je ne peux pas en parler. Il faut les lire !

– Il y a un autre auteur qui sévit dans le même genre et dont un journal a dit qu’il était un cran en-dessous, mais ce n’est pas vrai : Mc Callin c’est aussi bon !

Catégorie : Policiers et thrillers (Grande-Bretagne).

Liens : Philip Kerr aux éditions du Masque ; La dame de Zagreb au Masque ; Wikipedia pour en savoir plus sur l’auteur et son oeuvre (qui ne se résume pas aux Bernie Gunther).

La Chambre d’ami

James Lasdun, La Chambre d’ami, Sonatine, 2017

Par François Lechat.

Il n’est pas facile de renouveler le genre du thriller psychologique, surtout quand on prend pour thème un triangle amoureux. L’auteur, ici, joue sur trois astuces. D’abord, il ajoute à ce triangle une dimension familiale (les liens compliqués entre deux cousins), une dimension sociale (un riche banquier face à un cuisinier en difficulté) et un suspense policier (une grosse somme d’argent qui pourrait susciter des convoitises). Ensuite, il embarque deux des membres de son triangle initial dans un autre triangle, sans perdre le troisième de vue puisque c’est le personnage principal à défaut d’être un héros. Enfin, il s’arrange pour que ces triangles n’en soient pas vraiment, car un de leurs côtés n’a pas conscience d’en être – je ne veux pas en dire plus long, évidemment. Sur cette base, James Lasdun impose son art du suspense dès les premières pages, prend ensuite son temps pour creuser les interrogations et les arrière-plans psychologiques de tout ce petit monde, et tisse sans en avoir l’air une intrigue qui culmine dans deux scènes d’une intensité inouïe, dont il semble évident que Hollywood va s’emparer un de ces jours. C’est intelligent, subtil et visuel, un peu introspectif comme souvent dans la littérature américaine. Mais c’est d’abord, sans crier au chef-d’œuvre, un parfait mariage entre le plaisir du polar (le lecteur est en position de voyeur comme l’est un des personnages) et le questionnement existentiel : plus qu’un divertissement mais tout un divertissement. Et une couverture magnifique, au toucher comme à la vue.

Catégorie : Policiers et thrillers (Grande-Bretagne). Traduction : Claude et Jean Demanuelli.

Liens : chez l’éditeur.

Un roman de quartier

Gonzáles Ledesma, Un roman de quartier, L’Atalante, 2009

Stylo-trottoir : dans un bus, dame, anonyme, environ 40 ans.
(Qu’est-ce qu’un stylo-trottoir ?)

Ça se passe à Barcelone. Un type veut en tuer un autre – mais ce n’est pas une affaire de terrorisme, hein ! C’est une affaire de vengeance. Et ça ne se passe pas vraiment dans les quartiers touristiques… C’est un roman policier à suspense et l’ambiance est – comment dit-on ? – « interlope ». La prostitution, tout ça. Le flic qui enquête n’est pas très catholique. (L’auteur a écrit d’autres livres avec le même flic, qui s’appelle Méndez). Et le type qu’on veut tuer ne le mérite pas. Il a perdu son fils et il y a un pathétique formidable dans la manière dont il vit son deuil. Mais il n’y a vraiment pas que ça… C’est glauque, c’est noir, c’est savoureux, plein d’humour. Oui, c’est bien, j’aime beaucoup. Il se passe des choses, le cadre est prenant, les personnages ont de la consistance…

Catégorie : Policiers et thrillers (Espagne). Traduction : Christophe Josse.

Liens : chez l’éditeur. Sur cet auteur prolifique de romans populaires (espagnol).

Dictator

Robert Harris, Dictator, Plon, 2016

Par Catherine Chahnazarian.

Intrigues, alliances et désalliances, ruses diverses, coups bas et coups de maître constituent l’essentiel de l’action politique. Sauf que, lorsque l’ambition personnelle, la mégalomanie voire la folie complète s’en mêlent, les conséquences se comptent en centaines de milliers de morts. C’est ce qui arrive à la Rome de Jules César.

Il est tout à fait intéressant d’être aussi loin des résumés simplistes qu’on a pu lire sur cette époque passionnante qu’est le 1er siècle avant J.-C., d’être comme en coulisses pour apprécier les détails de l’Histoire – même si, ainsi que l’auteur le dit dans son introduction, chaque fois qu’il a fallu qu’il choisisse entre l’Histoire et la fiction, il a privilégié cette dernière. La trilogie de Robert Harris (Imperium, Conspirata, Dictator) est bien romanesque, mais elle s’appuie – sans aucune ostentation – sur une documentation absolument remarquable, et Cicéron a vécu tant d’événements importants et laissé tant d’écrits qu’il est évidemment  le personnage central idéal pour évoquer cette période. Il fait toutefois un héros bien imparfait, pas du tout identificatoire et, malgré une ambiance thriller assez réussie, on peut trouver le roman décevant de ce point de vue. Ce héros à qui il arrive plein d’aventures et qui nous a donné (surtout dans les deux premiers volumes) l’exemple de l’attaque et de la défense par la parole, dans le refus, la détestation de la violence, ce héros est aussi naïf, vaniteux, maladroit, ses succès ne durent pas, il est parfois carrément minable, souvent pathétique et, aveuglé par son goût de la politique, il s’intéresse finalement peu aux hommes. Le lecteur qui tremble néanmoins pour ce héros imparfait peut traverser ce roman avec passion; celui qui prend la distance d’une lecture plus intellectualisée peut être agacé de la multitude de rebondissements, finalement toujours un peu sur le même mode de l’amitié et de la trahison. Mais telle est l’Histoire…

Catégorie : Policiers et thrillers (Grande-Bretagne). Traduction : Natalie Zimmermann.

Liens : La page dédiée à Dictator chez l’éditeur; la critique (plus positive) de Conspirata sur ce blog ; nos autres critiques de romans de Robert Harris sont renseignées à la rubrique « par auteur ».

Conspirata

Robert Harris, Conspirata, Plon, 2009

Par Catherine Chahnazarian.

Robert Harris excelle dans le thriller historique. Un vrai sens de l’intrigue, une base culturellement épaisse, une fluidité admirablement soutenue par sa traductrice en français, Natalie Zimmermann. Conspirata est le 2e volume d’une trilogie consacrée à Cicéron qui débute avec Imperium (2006) et se termine par Dictator (2016).

L’auteur nous plonge dans l’antiquité romaine du 1er siècle avant Jésus-Christ et fait vivre sous nos yeux Ciceron et ses compatriotes comme si nous y étions. Tiron, secrétaire particulier de Cicéron, est le narrateur des événements. Avocat et politicien aux grands succès oratoires, son maître est un homme ambitieux qui se veut droit et juste dans une Rome partagée entre conservateurs  et populistes. Le point de vue particulier de Tiron sur l’année de consulat du grand homme et les années qui suivirent – celles de la montée en puissance de César – confère au récit une dimension humaine absolument attachante : c’est le regard d’un ami fidèle. De nombreux rebondissements et une tension réelle émaillent le récit mais ceux qui veulent des glaives et des casques à plumes resteront sur leur faim car Cicéron est un homme de réflexion et de discours, il y a plus de manigances politiques que de situations épiques, bien que le danger – y compris physique – soit omniprésent. Le lecteur peut d’ailleurs se demander comment lire. Faut-il être avec Cicéron dans les pires moments ? Comment accepter ses erreurs ? Peut-être est-ce l’occasion de s’interroger sur l’élitisme et le populisme. Il est clair en tout cas que chaque geste politique prête à conséquence, qu’il y a des ambitieux plus honnêtes que d’autres, des riches qui préfèrent le rester, des pauvres que ça révolte, des lois justes et injustes et des libertés à conquérir.

Bien utiles, la liste des personnages les plus importants et le glossaire en fin de volume, pour ceux qui n’ont pas étudié la civilisation romaine ou il y a trop longtemps.

Catégorie : Policiers et thrillers (Grande-Bretagne). Traduction : Natalie Zimmermann.

Liens : chez Plon ; en Pocket ; nos autres critiques de romans de Robert Harris sont renseignées à la rubrique « par auteur ».

Maman a tort

Michel Bussi, Maman a tort, Presses de la Cité, 2017

Par Marie-Claude Donner.

Une fillette de trois ans et demi affirme que sa maman n’est pas sa vraie maman.

Pourquoi ?

Faut-il la croire ?

Un suspense psychologique, facile à lire ; juste ce qu’il faut pour les vacances.

Catégorie : Policiers et thrillers (France).

Liens : chez l’éditeur.

Quand sort la recluse

Fred Vargas, Quand sort la recluse, Flammarion, 2017

Par Catherine Chahnazarian.

Cette nouvelle enquête du commissaire Jean-Baptiste Adamsberg (ou devrais-je écrire « ces nouvelles enquêtes » ?) joue un peu trop explicitement sur les bulles qu’il a dans la tête, des proto-pensées qui le taraudent et auxquelles il a du mal à accéder. Mais on retrouve avec bonheur ce personnage si particulier et si poétique, de même que ses principaux acolytes : ici Louis Veyrenc, surtout, l’ami proche, le complice ; Violette Retancourt, le fidèle lieutenant ; Voisenet, le zoologiste amateur, et Froissy, qui a toujours une tranche de cake pour les merles.

Il y a, comme souvent chez Vargas, quelque chose d’un peu faible dans l’intrigue, mais qui n’empêche pas de dévorer le livre : originalité de l’idée et de son montage, fluidité du récit, moments de vie intenses et imaginatifs dans lesquels on retrouve des joies et des peurs d’enfant, le Beau et l’abject, un rapport sain à la nature, des relations humaines en tous genres (amitié, fidélité, trahison…) et quelque chose de doux qui arrondit les angles d’une affaire policière pourtant sale – très sale.

Une fois le livre refermé, il faut se faire une raison :  il va de nouveau falloir vivre sans Jean-Baptiste Adamsberg pendant des mois, se contenter de le laisser là, allongé par terre sous son tilleul, le nez dans les étoiles, en attendant un nouvel épisode.

Catégorie : Policiers et thrillers (Belgique).

LiensQuand sort la recluse chez l’éditeur. Critique de l’opus précédent : Temps glaciaires.

Tout n’est pas perdu

Wendy Walker, Tout n’est pas perdu, Sonatine, 2016

Par François Lechat.

Ce thriller est précédé d’une réputation flatteuse, puisque Hollywood s’y est intéressé avant même sa parution. Et de fait, il pourrait donner un excellent film : le début est très prometteur, le sujet est original (la destruction puis la reconstruction volontaire de la mémoire après un traumatisme, en l’occurrence un viol odieux) et le suspense est maintenu jusqu’à la fin. L’auteure, en outre, fait montre d’une qualité typiquement américaine, le sens des dialogues et des détails qui donnent de la chair aux situations et aux personnages, qui nous font vivre l’histoire de l’intérieur, au plus près des protagonistes. Malheureusement, elle a aussi deux défauts typiquement américains. D’abord le goût de l’auto-analyse, du questionnement intérieur, encore accentué ici par le fait que le héros est un psychiatre : séduisant au début, cet aspect devient envahissant, on aurait aimé un narrateur moins bavard. Ensuite l’obsession de la culpabilité, liée à la même tradition puritaine que le premier défaut : comme toute l’humanité est issue de la Chute, tous les personnages ont leur face sombre, leur mauvaise conscience parfois excessive, tandis que le véritable salaud de l’histoire devient l’incarnation du Mal, dont la mort violente est manifestement censée nous réjouir… Ce thriller très efficace est ainsi nappé d’une sauce moralisatrice dont on se serait bien passé.

Catégorie : Policiers et thrillers (USA). Traduction : Fabrice Pointeau.

Liens : chez l’éditeur. Du même auteur, voir aussi la critique d’Emma dans la nuit (par Sylvaine Micheaux).

Une autre vie

S. J. Watson, Une autre vie, Sonatine, 2015

Par François Lechat.

Je n’ai pas lu Avant d’aller dormir, le premier roman de S. J. Watson, mais d’après l’éditeur celui-ci est encore mieux dans le même genre, le thriller psychologique. Honnêtement, ça ne donne pas envie de lire le précédent… Soyons juste : le dernier quart d’Une autre vie est réussi, avec un vrai suspense et une fin surprenante tout en étant assez crédible (moyennant un fameux talent d’acteur de la part de deux des personnages, mais passons). Par contre, ce qui précède… Londres et Paris ne sont que de vagues décors ; la psychologie de l’héroïne, abondamment disséquée, est banale ; et le message implicite qui se dégage du récit est, lui, franchement réactionnaire. En substance : la femme est un être fragile, en proie au remords et à de multiples tentations (la drogue, l’alcool, le sexe), vulnérable face au mâle prédateur et aux technologies qui la dépassent (les sites de rencontre, Facebook, la géolocalisation), et qui risque de perdre son petit bonheur conjugal pour avoir tenté l’aventure. Beurk.

Catégorie : Policiers et thrillers (Grande-Bretagne). Traduction : Sophie Aslanides.

Liens : chez l’éditeur.

Temps glaciaires

Fred Vargas, Temps glaciaires, Flammarion, 2015

Par Catherine Chahnazarian.

Je me suis jetée dessus. J’avais adoré Dans les bois éternels et L’Armée furieuse, essentiellement pour leur ambiance, et pour ces personnages désormais récurrents, si typés, autour d’Adamsberg, le commissaire lunaire. Temps glaciaires m’a semblé un peu différent : une intrigue plus travaillée, assez complexe mais qui ne m’a pas passionnée – question de goût certainement -; un ensemble moins poétique et moins fin stylistiquement ; ce qui n’empêche que des ambiances fortes, des originalités bien dans le style de Vargas (comme le personnage de Marc ou l’afturganga – je ne vous dis rien de plus) enthousiasment et rivent le lecteur au livre jusqu’au bout.

Que ce policier de 500 pages – dans une reliure très agréable – soit en tête des ventes, ça ne m’étonne pas ! À lire pour changer d’univers mental.

Catégorie : Policiers et thrillers (Belgique).

Liens : chez l’éditeur. Lire aussi la critique de l’opus suivant, Quand sort la recluse.


L’avis de Brigitte Niquet

Je viens aussi de terminer Temps glaciaires et m’apprêtais à en faire la critique. Catherine m’a devancée. Je partage, ma foi, tout ce qu’elle a dit, en restrictions comme en louanges, ce qui fait que je ne partage pas tout à fait sa conclusion : c’est plutôt un bon livre, mais pas le meilleur de Fred Vargas et pas un chef-d’oeuvre qui justifierait un tel succès public. Mais bon, je dois être trop difficile. Il est vrai que Soumission, de Houellebecq, caracole lui aussi en tête des ventes et même des ventes mondiales et que ce livre-là, franchement, m’est tombé des mains et, en plus (comprenez si vous pouvez), m’a paru souvent écrit avec les pieds, y compris quand l’auteur plagie de manière éhontée (et maladroite) une page d’Aragon.


L’avis de François Lechat

Ce n’est pas le meilleur Vargas, sans aucune doute. Mais c’est un Vargas qui fonctionne à l’envers : la fin est meilleure que le début, le dénouement est plus réussi que l’exposition. Il y a, dans la première moitié, de curieuses fautes de style et des chapitres un peu mous, comme si elle fatiguait à l’idée d’encore « faire du Vargas ». Mais on retrouve finalement sa patte, de beaux chapitres courts et poétiques, un Adamsberg souverain dans son étrangeté, et ses acolytes reprennent de la consistance – avec un Danglard mis en difficulté, pour une fois . Si l’on aime l’Islande ou la Révolution française, on ne peut pas rater ce polar.

Intérieur nuit

Marisha Pessl, Intérieur nuit, Gallimard, 2015

Par François Lechat.

Marisha Pessl s’est fait connaître en 2007 par La physique des catastrophes, beau roman choral typiquement américain. Avec Intérieur nuit, elle s’essaye à un genre différent, plus proche du thriller et plus ambitieux encore. Comme les critiques l’ont souligné, le point de départ est fascinant : Ashley Cordova, la fille d’un cinéaste culte, pervers et underground, disparaît alors que son père ne s’est plus montré en public depuis 30 ans. Un journaliste qui l’a croisée juste avant sa mort enquête sur son passé et sur son père, le cinéaste, relançant ainsi une traque qu’il avait dû abandonner dans des circonstances étranges. Au fil de son enquête, le mystère Cordova ne va cesser de s’épaissir et de prendre des accents de plus en plus maléfiques tandis que sa fille, Ashley, semble tantôt victime et tantôt bourreau. L’atmosphère d’Intérieur nuit est remarquable, de même que le sens du détail : on se croirait chez David Lynch, dans une série à la Twin Peaks. L’Amérique nous colle aux doigts et l’impression de réalisme noir est encore renforcée par les nombreux extraits de presse et de sites internet que Marisha Pessl nous fait découvrir en même temps que son héros. Deux défauts, pourtant, empêchent de crier au génie : l’un réside dans l’usage immodéré d’italiques curieusement placées et l’autre dans le caractère assez quelconque des deux jeunes gens qui assistent le journaliste dans son enquête. Le suspense est maintenu jusqu’au bout et nous vaut des scènes remarquables peu avant la fin, mais le livre, 700 pages bien tassées, semble parfois long et pas toujours haletant, sans doute parce que les personnages les plus forts, Cordova et sa fille, sont précisément ceux que l’on traque et que l’on n’aperçoit que par fragment, par moment. On aurait tort, pourtant, de bouder son plaisir, à condition que l’on aime une certaine noirceur.

Catégorie : Policiers et thrillers. Traduit de l’américain par Clément Baude.

Liens : chez l’éditeur.

Prendre Lily

Marie Neuser, Prendre Lily, Fleuve Editions, 2015

Par François Lechat.

Encensé par certains critiques, cet épais polar mérite effectivement le détour. L’enquête policière racontée ici, la traque d’un tueur en série qui mutile atrocement ses victimes, a le mérite immense du réalisme, entre autres par les nombreuses années qu’il aura fallu aux policiers, non pas pour identifier le coupable, mais pour obtenir des preuves susceptibles de le faire condamner.

Et le suspense est d’autant plus prenant que l’histoire, romancée, est basée sur des faits réels. Une fois le livre refermé, impossible d’oublier la personnalité du suspect ni certaines de ses manies de psychopathe. Par contre, les autres personnages sont un peu falots : on est loin du talent de Fred Vargas ou de la densité psychologique de La fille du train. L’auteur, une femme, éprouve manifestement du mal à entrer dans la peau de son héros, un policier dont la vie privée n’est faite que de clichés, et ne réussit pas davantage à donner du relief à ses personnages secondaires, sauf le nouveau chef du commissariat de cette petite ville anglaise. Un livre, donc, à lire pour ce qu’il est : le récit d’une enquête hors normes qui prend aux tripes car nous voulons tous que justice soit faite.

Catégorie : Policiers et thrillers (France).

Liens : chez l’éditeur.

Je suis Pilgrim

Terry Hayes, Je suis Pilgrim, Jean-Claude Lattès, 2014 (disponible en Livre de Poche)

Par François Lechat.

Un pur thriller d’espionnage, à ne pas rater si on aime ce genre, et même si on n’en est pas vraiment féru. C’est sec, âpre, désenchanté, avec juste ce qu’il faut de psychologie. Il y a davantage d’aperçus géopolitiques à la sauce américaine, ce qui nous vaut quelques tableaux peu reluisants de l’exercice du pouvoir dans les pays musulmans. L’intrigue est forte, sophistiquée à souhait, mais jamais incompréhensible : malgré l’épaisseur du volume, on reste pris par le suspense. C’est évidemment un monde d’hommes, dans lequel les femmes sont perverses ou maternelles – mais fort bien campées. Et l’affrontement entre le héros et son principal adversaire, le Sarrasin, ne manque pas de panache : les deux ennemis se respectent au lieu de se haïr.

Catégorie : Policiers et thrillers. Traduit de l’anglais par Sophie Bastide-Foltz.

Liens : chez Lattès, en Poche.

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