De chair et de sang

Pour la rentrée, et parce qu’il n’y a pas que les nouveautés qui comptent, quatre petits extras : des critiques enthousiastes de livres plus vieux que d’habitude (d’habitude ceux dont nous parlons ont dix ans d’âge maximum) → Dolce agonia, Fatherland, De chair et de sang, La chambre des officiers.

Michael Cunningham, De chair et de sang, Belfond, 1995

Par François Lechat.

J’ai failli passer à côté de ce chef-d’œuvre, dont le titre et l’auteur me disaient vaguement quelque chose, mais sans plus. J’ai bien fait de suivre mon intuition, de me donner une chance de combler une lacune : c’est une réussite rare, impressionnante de maîtrise.

L’histoire est centrée sur l’évolution et la famille de Constantin, un immigrant grec qui tente de faire son chemin aux Etats-Unis, à Newark. C’est un homme de devoir, ambitieux et dur à la peine, pétri de valeurs traditionnelles, comme sa femme, Mary, une belle Américaine. Mais il a aussi ses failles et ses pulsions – de même que Mary, épouse modèle, s’applique à respecter l’étiquette en toute chose sans pour autant se défaire d’un sentiment d’angoisse et de gêne. Leurs trois enfants sont également déchirés entre le jeu des convenances et des aspirations parfois scandaleuses aux yeux de l’entourage, et donc soigneusement cachées : on n’a pas impunément de tels parents. Comment vivre sans vivre, ou quel prix payer pour sa liberté ? On sent, dans ce récit chronologique, procédant par des coups de projecteur chaque fois centrés sur un des personnages, tout le poids du conformisme américain et d’un sens authentique de la morale. Et puis ce drame propre aux migrants qui consiste à devoir s’élever pour réussir sa vie, à devoir se faire accepter par les autres pour s’accepter à ses propres yeux. Si le récit enjambe 1968 et se poursuit bien au-delà, il s’enracine dans un époque où la liberté était une conquête, où il n’allait pas de soi de vivre comme on l’entend, conformément à sa personnalité.

Michael Cunningham incarne tout ceci dans des personnages subtilement dessinés, qui attirent tous la sympathie malgré ce qui les sépare. Et dont les drames, pour certains, sont rendus avec une force inouïe : un des derniers chapitres, en particulier, est d’une beauté déchirante. Si vous aimez les grands romans du 19e siècle, ne manquez pas cette traversée du 20e.

Catégorie : Littérature étrangère anglophone (U.S.A.). Traduction : Anne Damour.

Liens : sur Lisez.com 10/18 (épuisé en Poche ?)

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