L’inconnue du portrait

Littérature française
Par Daniel Kunstler

Si je devais résumer mon appréciation de ce roman de Camille de Peretti en un seul adjectif, je choisirais le mot “astucieux”. Non seulement l’idée au départ fait preuve d’une grande  originalité – tisser un récit autour de l’identité mystérieuse du sujet d’un tableau de Gustav Klimt – mais, en outre, l’architecture de cette histoire imaginée est tout ce qu’il y a de plus robuste. Tout se tient : les personnages, le contexte historique, etc. 

D’après les historiens de l’art, « Le portrait d’une dame » ne figure pas parmi les chefs d’œuvres de Klimt tels « Le baiser » ; sa célébrité est en grande partie liée au fait divers de sa disparition en 1997 et sa récupération vingt-trois ans plus tard. Néanmoins, à regarder la reproduction (y compris sur la couverture du roman), j’ai été saisi par la tendresse exceptionnelle qui habite le tableau. Je conçois facilement que Camille de Peretti ait été similairement émue.

Si j’ai des critiques à faire, prenez-les pour des mises en garde, et non pour des raisons d’éviter ce titre. L’auteure a indéniablement fait des recherches approfondies pour protéger la vraisemblance d’une histoire par ailleurs entièrement inventée. Par exemple, un protagoniste central du roman, Isidore, prend les rênes d’une entreprise familiale très rentable, fabricante… de dentifrice.  C’est beaucoup moins aléatoire qu’on pourrait supposer, car, en effet, l’hygiène buccale devient une priorité pour les consommateurs à partir des années 1920, résistant ainsi au déclin économique de la Grande Crise.

Ceci dit, l’auteure semble un rien trop empressée d’étaler les connaissances qu’elle a acquises au cours de ses recherches. Est-ce qu’il nous faut vraiment retenir qui était maire de la ville de New York en 1952 ? Truffer le récit de ce genre de détail érode sa portée poignante. Aussi, j’ai trouvé un peu agaçante la substitution de termes anglais pour leurs équivalents parfaitement français. Un “broker” n’est rien d’autre qu’un courtier, un “summer camp” une colonie de vacances. Enfin, l’histoire prend à une ou deux reprises des détours oiseux au détriment de sa fluidité.

Le bilan ? Malgré des faiblesses somme toute mineures, ce livre m’a donné bien trop de plaisir pour le répudier. Je ne voudrais pas en priver d’autres par de maigres objections. Alors, oui, je recommande sans réserve.

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Camille de Peretti
L’inconnue du portrait

Éditions Calmann-Levy
2024

Disponible au Livre de Poche

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