Houris

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Littérature francophone
Par Marie-Hélène Moreau

Il faut s’abandonner, se laisser entraîner par la prose quasi hypnotique de Kamel Daoud dans ce roman couronné du prix Goncourt, cela en vaut la peine.

Aube est une victime de la guerre civile qui a sévi en Algérie dans les années quatre-vingt-dix. Miraculeusement rescapée à cinq ans d’un égorgement, elle en garde sur le cou la trace indélébile et ne peut pas parler. Vingt et un an plus tard, jeune femme libre et rebelle, elle reste hantée par la mort. Celle de sa sœur, de ses parents et du millier de personnes ayant péri cette nuit-là. Enceinte, elle retourne sur les lieux du drame, et entame avec sa fille à naître un long monologue pour lui raconter son histoire, l’histoire de son pays, et la raison pour laquelle, en conséquence, elle ne veut pas la garder. Son chemin croisera celui d’un libraire épris de vérité, d’une femme cachée aux yeux de tous car condamnée pour terrorisme, et d’un imam douteux.

Avec ce livre, Kamel Daoud enfreint la loi algérienne qui interdit à quiconque d’évoquer les “années noires” sous peine de poursuite. Il décrit l’oubli collectif imposé à un peuple au nom de la “Réconciliation”. Il décrit cette guerre censée n’avoir pas existé, et la douleur des victimes et survivants qui, en plus des stigmates laissés par la guerre, doivent également endurer le silence. Vertigineux.

Dans un style proche de la psalmodie, empreint d’une poésie sombre et magnifique, Kamel Daoud parvient à restituer l’enfermement dans le silence et la violence subie. Brillant.

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Kamel Daoud
Houris

Éditions Gallimard
2024

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